COVID-19, le Brésil se ferme…

COVID-19, le Brésil se ferme
COVID-19, le Brésil se ferme

Avec 34 décès à ce jour, le pays prend enfin des mesures pour enrayer l´épidémie qui avance à un rythme qui a dépassé celui de l´Italie. Il y avait trois cas confirmés le 03 mars, ils sont 1.995 aujourd´hui, un nombre qui double tous les trois jours. 

Président versus gouverneurs

L´ambiance est à la brouille, pour ne pas dire à la guerre ouverte, entre certains gouverneurs et le président de la république. D´un côté celui-ci minimise le problème, alors même qu´une bonne partie de ses conseillers politiques sont contaminés, des députés et sénateurs sont diagnostiqués positifs, et l´on apprend ce matin que le chauffeur personnel de Bolsonaro est aussi contaminé. Pourtant, le président tape du poing sur la table et rappelle en public que le Brésil est une fédération et que les Etats ne sont pas indépendants. Il critique et rejette les mesures prises dans certains Etats, comme Rio de Janeiro et São Paulo, qui sont pourtant les plus atteints par l´épidémie, mais aussi ceux qui composent la région Nordeste (la seule où les gouverneurs sont tous dans l´opposition).

Bolsonaro s´énerve, pour lui ce n´est qu´une « petite grippe » et il faut penser d´abord à l´économie. Il signe donc des décrets contre les mesures prises par certains Etats, le dernier en date est Bahia, qui venait de mettre en place des tests de températures pour vérifier la fièvre des voyageurs dans les aéroports. La semaine dernière c´était les restrictions dans les transports routiers qu´il condamnait ainsi que la quarantaine à Rio et São Paulo…

Les mesures aux frontières

Concrètement le pays s´est fermé, tout d´abord avec ses voisins sud-américains et depuis ce lundi 23 mars avec une bonne partie des autres pays, à savoir : tous les pays d´Europe, la Chine, le Japon, la Corée du Nord, la Malaisie, et l´Australie. Tous les vols vers ces pays sont suspendus et les ressortissants de ces pays qui se hasarderaient à débarquer au Brésil seraient immédiatement refoulés, ou mis en quarantaine forcée. Seuls les Brésiliens et les étrangers qui résident dans le pays sont autorisés à rentrer. En revanche, les Etats-Unis ne sont pas touchés par cette fermeture des frontières, le président expliquera aux journalistes qui l´interpellaient sur ce choix « que le pays ne peut pas se fermer complètement ». Pourtant, son modèle Donald Trump avait mis le Brésil sur la liste des pays avec lesquels il a décrété de suspendre les liaisons aériennes.

Les mesures internes

Elles sont très variables d´un Etat à l´autre, et même parfois d´une ville à l´autre, puisque les autorités réagissent le plus souvent en fonction du nombre de cas confirmés et non par une stratégie globale.

Parmi les mesures à peu près unanimes sur tout le territoire, il y a eu d´abord la fermeture des écoles, collèges et universités. Dans un second temps ce sont les salles de spectacles, cinémas, théatres, musées, etc, les shows, puis les événements sportifs. Rio et São Paulo ont été les premiers à fermer les centres commerciaux, les bars et restaurants (parfois seulement en limitant le nombre de clients). A partir de demain, ces mesures devraient se généraliser à tout le pays. Seules les pharmacies, supermarchés et postes à essence devraient restés ouverts, ainsi bien sûr que les services de santé et les secteurs alimentaires et les transports individuels.

Aéroport de Rio de Janeiro.

Aéroport de Rio de Janeiro.

Santé à deux vitesses

Si le Brésil est à la pointe dans certains domaines de la recherche scientifique, et notamment médicale, il est aussi défaillant dans son système de santé. Celui-ci fonctionne bien lorsqu´il est privé mais est très en dessous de ses besoins dans le secteur public. Beaucoup de spécialistes craignent que l´épidémie ne gagne les favelas et les zones rurales défavorisées, où pratiquement aucun service de santé ne serait à même de répondre à la demande. A cet effet, le gouvernement vient de rappeler en renfort une bonne partie des médecins cubains que Bolsonaro s´était empressé d´expulser dès son arrivée au pouvoir.

Une des préoccupations du corps médical en ce moment se situe au niveau du nombre de lits en soins intensifs et des respirateurs artificiels. Car, si d´une part le pays est bien équipé avec 55.000 lits en soins intensifs (dont 27.500 dans le public), 78% sont actuellement occupés. En cas de recrudescence des cas graves de coronavirus, le pays sera vite saturé.  Par ailleurs, il dispose de 65.400 respirateurs artificiels (don 47.000 dans le public), pour une population de 210 millions d´habitants. Là encore leur distribution est inégale, 60% des villes brésiliennes ne possédant aucun respirateur.

Chloroquine et confinement

Se référant à l´exemple américain, le président Bolsonaro veut jouer à fond la carte de la chloroquine. Il prend même l´initiative d´en libérer la vente sans ordonnance, ce qui a provoqué une ruée de la population vers les pharmacies provoquant la pénurie de ce médicament utilisé pour d´autres pathologies et dont les porteurs ont aujourd´hui du mal à s´approvisionner. Son ministre de la santé, Luiz Henrique Mandetta (qui est médecin), reste quant à lui très prudent sur ce médicament. Comme l´ensemble du corps médical et scientifique il prône le confinement, ses fréquentes interventions télévisées renforcent l´information dans ce sens. Ce n´est pas sans irriter Bolsonaro, qui déclare publiquement que son ministre de la santé exagère en prônant la quarantaine et conseillant de reporter les élections municipales d´octobre.

Luiz Henrique Mandetta, actuel ministre de la santé.

Luiz Henrique Mandetta, actuel ministre de la santé.

A quoi faut-il s´attendre ?

On l´aura compris, face à l´épidémie le Brésil est plongé dans la confusion. D´un côté un président qui depuis le début minimise le problème et pense pouvoir le résoudre à base de chloroquine, d´autant que le Brésil produit ce médicament bien connu et peu couteux. Le président est aussi, et surtout, inquiet pour l´économie, et pour cause, c´est le seul thème sur lequel sa politique serait à peu près défendable dans une prochaine campagne électorale ; mais accompagnant la tendance mondiale la bourse de São Paulo, s´est effondrée et le dollar s´est envolé, dépassant la barre des 5,00 Reais (l´Euro est arrivée à 5,60 R$). Le ministre de l´économie qui a insisté sur une croissance positive malgré la crise provoquée par la pandémie a même annoncé un taux de croissance qui serait en fin d´année de 0,02%,  un chiffre qui a fait la risée des économistes qui parlent quant à eux d´une croissance inévitablement négative.

D´un autre côté, le corps médical défend une étendue de la quarantaine, une ligne suivie par une majorité de la classe politique. La population quant à elle est ballotée entre la crainte d´être contaminée et celle de ne plus pouvoir faire face à ses besoins de base. Car malgré quelques mesures qui ont été prises en faveur des plus démunis, comme une aide 200 Reais par mois (moins de 40 Euros) et des entreprises en leur offrant des prêts et des réductions de taxes, rien ne semble suffisant pour affronter un arrêt des activités, ni pour les employeurs ni pour les employés (ici le chômage partiel n´existe pas)…

Le choix du Brésil dans les jours à venir est des plus incertains, une chose est sûre, ce n´est pas le moment de venir s´y promener…

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