La Serra da Capivara

La Serra da Capivara
La Serra da Capivara

Premier site archéologique des Amériques, avec plusieurs milliers de peintures rupestres, le massif de la Serra da Capivara est non seulement exubérant par ses reliefs et son environnement, il est aussi le centre d´études qui remettent en question le peuplement des Amériques, raisons pour lesquelles le parc est classé depuis 1991 au Patrimoine Culturel de l´Humanité par l´UNESCO.

Peu connue du grand public

La Serra da Capivara est un parc national créé en 1979 avec une superficie qui était alors de 100.000 hectares et qui fut agrandit de 35.000 hectares en 1990 ; il se situe dans l´Etat du Piauí, l´un des plus isolés et pauvres du Nordeste, en plein Sertão et à plus de 300 km de la première grande ville. Le parc s´étend sur quatre municipalités. Ce massif a commencé à faire parler de lui dans les années 1970 grâce aux travaux de recherches de l´archéologue Niède Guidon. Bien que révolutionnaires, ses travaux ne parviennent pas à attirer un flux de visiteurs nécessaire à la bonne situation financière du parc (actuellement autour de 20.000 visiteurs par an), sans doute en raison de l´éloignement du site. Malgré toutes les difficultés, les recherches et la préservation du parc national n´ont jamais cessé, en 2018 un nouveau musée a même été inauguré sur place (voir prochaine partie).

Premiers humains des Amériques

Depuis les années 1920, suite à la découverte d´ossements humains au Nouveau-Mexique (USA) et datés de 13.500 ans, la théorie généralement retenue est que des humains seraient arrivés aux Amériques à cette époque en provenance d´Asie par le détroit de Béring. Cette culture primaire a été baptisée Clovis, en raison du nom de la commune où les vestiges ont été trouvés, et a longtemps été considérée comme la plus ancienne des Amériques. Au cours du XXème siècle, d´autres sites ont été étudiés et de nouvelles datations ont été effectuées sur tout le continent américain, prouvant que son peuplement est bien plus ancien, certains vestiges ont été datés de 22.000 ans (au Brésil) et même de 24.000 ans (au Canada). Le débat sur cette question du peuplement est loin d´être clos, et ce ne sont pas les découvertes faites à la Serra da Capivara qui y mettront fin, bien au contraire.

 

Ici, les datations de vestiges indiquent des périodes dépassant les 26.000 ans. On est donc loin de la culture Clovis et de la théorie du passage par le détroit de Béring, Niède Guidon suggère alors un peuplement en provenance d´Afrique. Une hypothèse confortée par la découverte d´ossements d´une jeune femme dans le Minas Gerais, datant de 12.000 et baptisée Luzia en hommage à Lucy (trouvée en Ethiopie en 1974). La reconstitution de squelette de cette « première » habitante du Brésil, révèle des caractéristiques physiques africaines.

Plus récemment, d´autres vestiges ont été datés de plus de 50.000 ans, ce qui a créé une seconde vague de polémiques au sein de la communauté scientifique mondiale. Cette fois, le débat porte sur l´origine des vestiges, s´agissant de charbon de bois, qui, selon Niède Guidon proviendraient de foyers humains, d´autant qu´ils ont été trouvés à proximité de peintures rupestres, et contenaient des éclats de roche (outils ?) et des pigments (ocre rouge). Pour les détracteurs de cette théorie, le charbon de bois peut provenir d´une combustion naturelle et non d´activités humaines. A la faveur de Niède Guidon, de nouvelles analyses ont été effectuées sur les éclats de roche, prouvant qu´ils ont été façonnés par des humains. Une autre étude indique que si le charbon de bois provenait d´une combustion naturelle, d´autres traces d´incendie devraient se trouver sur le site, ce qui n´est pas le cas.  Enfin, des études de fossiles de parasites retrouvés sur des vestiges humains indiquent que ceux-ci n´étaient pas résistants au froid, n´ayant ainsi pas pu survivre à la traversée du détroit de Béring. Comme ils ne sont pas non plus originaires du Brésil, ces parasites ne pouvaient provenir que d´une autre zone tropicale.

Peintures rupestres de la Serra da Capivara
Peintures rupestres de la Serra da Capivara.

L´environnement

La végétation dominante de la Serra da Capivara est la caatinga, un biotope endémique au Brésil qui s´étend sur plus 735.000 km², dont 70% situés dans l´arrière pays du Nordeste. Cette végétation est essentiellement constituée d´arbustes épineux, d´herbacés, de cactées et d´arbres, pouvant atteindre 12 m de hauteur, au feuillage peu dense et aux feuilles caduques en période sèche (de mai à décembre), les branches et les troncs présentant une couleur gris clair qui parait blanche de loin, d´où le nom indigène de caatinga, qui veut dire forêt blanche. Malgré son apparente infertilité, la caatinga abrite une importante biodiversité, avec plus de 1.400 espèces animales (sans compter les insectes) et près de 2.000 espèces végétales.

Rien que dans le parc national de la Serra da Capivara, on a relevé 208 espèces d´oiseaux, 57 de mammifères, 36 de reptiles et 17 de batraciens.

Une des curiosités de sa faune est le singe macaco-prego (sajou, ou capucin), de la Serra da Capivara (sapaius libidinosus) qui est le seul de son espèce à utiliser des outils en bois et en pierre. Les singes qui utilisent des outils le font généralement pour s´alimenter, mais les sajous de la Serra da Capivara les utilisent aussi pour communiquer entre eux comme instruments sonores, ou encore se défendre des prédateurs.

Les formations rocheuses de la Serra da Capivara s´ajoutent à l´intérêt des sites archéologiques qu´elle abrite. Formant des paysages d´aspects et de couleurs allant du blanc au rouge en passant par tous les tons de gris et d´orange, l´ensemble est spectaculaire et vaut à lui seul le déplacement. Ici l´archéologie se mêle au spéctaculaire du paysage, faisant de la Serra da Capivara un lieu unique an Brésil.

Paysage et formations rocheuses de la Serra da Capivara

Paysage et formations rocheuses de la Serra da Capivara.

A suivre : visiter la Serra da Capivara.

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