Le carnaval de près et de loin…

Le carnaval de près et de loin
Le carnaval de près et de loin

Comme chaque année le pays tout entier est plongé dans le rythme du carnaval. Certains choisissent d´y participer, d´autres de le fuir, mais pour tous il est difficile d´y échapper…

La très haute saison touristique

La période de carnaval, qui cette année s´étend du 21 au 26 février, est traditionnellement la plus importante du pays pour l´économie des loisirs. Plus de onze millions de Brésiliens vont se déplacer (près de 400.000 étrangers vont aussi entrer dans le pays), soit pour aller vers les villes qui organisent un carnaval, soit pour en sortir et se réfugier loin de la folie. Pour ces derniers, la période n´est pas synonyme de sérénité, car trouver un coin tranquille à des prix abordables est un véritable défi, certains optant même pour des séjours à l´étranger tant la tâche est ardue.

En revanche, la période est jugée vitale pour les professionnels, principalement du tourisme, transport, hébergement et alimentation (bars, restaurants…), mais aussi les municipalités qui en retirent souvent de grosses recettes. Cette année par exemple, Rio de Janeiro attend deux millions de visiteurs pour la période, ce qui devrait brasser plus de quatre milliards de Reais (un milliard d´Euros). A cela s´ajoute les cinq millions de Cariocas fêtards déjà sur place. Bien sûr Rio est la première ville du pays pour le carnaval, mais ses concurrentes ne sont pas en reste, São Paulo, Salvador, Recife et Belo Horizonte, forment avec Rio le peloton de tête des villes en volume financier, plus de sept milliards de Reais (deux milliards d´Euros), ce qui représente 65% du total de la recette du carnaval pour tout le pays. Les autres grandes villes très recherchées cette année pour le carnaval sont : Florianópolis, Fortaleza, Porto Alegre et Natal, et parmi les petites villes Olinda, Ouro Preto et Porto Seguro. Bien entendu il ne s´agit là que des villes dont la demande est la plus forte cette année, car pratiquement toutes les villes organisent un carnaval, y compris les petites et les moyennes.

Pour ceux qui fuient la fête, toutes les destinations sont bonnes à prendre, à commencer par les stations balnéaires, les plages ont la préférence, d´autant qu´on est encore en plein été. L´archipel Fernando de Noronha, ou encore Foz do Iguaçu, sont parmi les destinations les plus demandées cette année. D´une façon générale, ce sont tous les bords de mer du Brésil qui sont pris d´assaut par les estivants, à commencer par les côtes proches des grandes villes, comme le littoral de São Paulo. A l´étranger, les destinations les plus recherchées sont Buenos Aires, Santiago du Chili, Montevideo, Miami, et Lisbonne.

Carnaval à Recife.

Des congés pour le faire…

Bien qu´il n´y ait qu´un seul jour férié pendant le carnaval, le mardi (Mardi-Gras), le pont du lundi est incontournable et l´extension de la période va du vendredi (même du jeudi soir dans certaines villes) qui précède le week-end au mercredi qui la clôture, est elle aussi entrée dans les moeurs, ce qui fait presque une semaine de congés si l´on compte du jeudi au mercredi.

Même si elles le voulaient, les entreprises et les administrations ne pourraient pas fonctionner pendant cette période. Une des raisons est tout simplement la logistique, avec toutes les structures et les défilés qui envahissent les centres villes, les déplacements sont rendus quasiment impossibles. Même chose pour les transports publics qui se voient fortement perturbés par les déviations de leurs trajets habituels. Comment enfin, pourraient-elles fonctionner avec du personnel qui a fait la fête toute la nuit et pendant plusieurs jours ?! Mieux vaut donc s´abstenir de travailler. Ceci étant, dans les secteurs directement liés au carnaval c´est le contraire qui se produit, c´est la période qui connait le plus d´activités et aussi d´embauches, cette année plus de 25.000 emplois temporaires ont été créés pour renforcer les équipes existantes. C´est bien connu, pendant que certains s´amusent, d´autres travaillent…

Fête des prix

Comme on l´a vu, le carnaval touche tout le monde et la seule façon de s´en sortir indemne c´est de rester à la maison, ce qui dans la pratique concerne peu de monde. Alors on se déplace et que l´on aille vers les villes ou que l´on en sorte, il faut payer, à moins qu´on aille loger chez des proches, ce qui est le cas pour une bonne partie des gens. Comme la demande est très forte, les prix flambent, les hébergements essaient d´imposer des forfaits d´un minimum de nuitées avec des tarifs majorés en raison de la période. Les particuliers qui louent des chambres, des maisons ou des appartements en profitent aussi pour mettre la barre très haut, tout dépend bien sûr où leurs biens sont placés. Quoiqu´il en soit, avec le Réveillon, c´est la période la plus chère de l´année pour les hébergements et les déplacements.

Du côté des transports, c´est surtout l´aérien où, sans jeu de mots, les prix s´envolent. A titre d´exemple, pour un départ le vendredi 21 février de Rio de Janeiro à Salvador, et un retour le mercredi 26, il faut compter autour  de 400 à 500 Euros pour une personne (2 heures de vol direct). Même tarif de Belo Horizonte à Recife (1h45 de vol direct). On peut bien sûr trouver un peu moins cher sur des vols non directs ou à des horaires nocturnes, mais ces vols sont toujours complets très longtemps à l´avance. Juste pour comparer, en partant en plein mois de mars, pour une durée équivalente, ces mêmes vols de Rio à salvador, couteraient autour de 100 Euros.

Bloco à São Paulo

Bloco à São Paulo.

Le carnaval de rue supplante les défilés

Si, parmi les grandes villes, Rio et Salvador sont en première position en matière de Carnaval, depuis quelques années d´autres grandes villes les rattrapent, c´est surtout le cas de São Paulo, mais aussi de Porto Alegre et de Belo Horizonte. Pour cette dernière, c´est même une véritable révolution puisque le carnaval n´y existait plus depuis les années 1990. Pour faire la fête il fallait alors se déplacer vers la petite ville coloniale de Ouro Preto, ou alors à Rio, Salvador, etc. C´est en 2009 que le carnaval fut relancé à Belo Horizonte, à la base plutôt comme une manifestation pacifique contre l´équipe municipale, mais qui a ressuscité l´esprit du rassemblement festif dans cette grosse ville industrielle.

A São Paulo, où il y a toujours eu un défilé des écoles de samba, le carnaval restait concentré à cela, on disait même qu´il ne faisait qu´imiter celui de Rio. Même si au fil des années les écoles de samba de São Paulo et les défilés se sont organisés et professionnalisés, cela restait concentré aux seuls défilés d´école de samba et à la population qui n´a pas les moyens de quitter la ville. Une bonne partie des fêtards quittait alors cette métropole pour rejoindre des carnavals plus axés vers les fêtes de rues, comme Salvador, Recife, etc. Aujourd´hui, São Paulo est devenue une destination de carnaval, dans les cinq premières du pays, et Porto Alegre suit la même tendance.

On doit ce revirement dans les destinations de carnaval à la multiplication des blocos de rua, qui sont des formations de musiciens, de tous les styles, qui se regroupent sur les places ou dans les rues, très souvent aussi défilent dans les quartiers entrainant derrière eux la population. Le phénomène n´est pas nouveau, c´est même l´origine du carnaval, mais il revient en force depuis quelques années, attirant plus de public que les traditionnels défilés d´écoles de samba.

Le grand succès de ces carnavals de rue pourrait se résumer en un mot : liberté ; avec les blocos on est libre de se déguiser comme on veut, ou ne pas se déguiser, de choisir son style de musique, sa « tribu », sans se laisser imposer l´éternelle samba, et tout cela sans contraintes. De plus, tout cela est gratuit (sauf pour certains blocos payants, voir plus bas), s´amuser plus en dépensant moins, cela explique aussi le succès des carnavals de rue.

Bloco à Rio de Janeiro.

Quant aux blocos, malgré leur apparente « anarchie », ils sont en réalité très organisés, ont des lieux pour se présenter et défiler, des trajets définis, des horaires à respecter, et comme ils sont nombreux, plus de 700 rien que dans la ville de Rio cette année, dont plus de 400 défilés, et sont actifs jour et nuit, ils permettent de passer de l´un à l´autre, bref circuler de fête en fête, ce qui n´est pas le cas avec les défilés d´écoles de samba qui sont confinés au sambódromo (arène officielle du défilé à Rio) ou aux avenues fermées pour l´occasion. Bien sûr certains blocos ont des thèmes, des costumes, et demandent une participation en vendant des abadás (tunique aux couleurs du bloco), mais on peut aussi choisir un bloco gratuit.

On retrouve cet engouement pour les blocos un peu partout, à Belo Horizonte, à Porto Alegre et bien sûr à São Paulo, où cette année plus de 600 d´entre eux animent la ville et où 15 milions de personnes devraient faire la fête. En réalité, avec les blocos on revient aux racines du carnaval, qui se voulait une fête de rue pour tous. Le succès de certains carnavals comme celui de Salvador ou de Olinda s´explique justement car ils sont des carnavals de rue, même s´il faut payer pour suivre les trios elétricos (camions qui défilent avec les chanteurs et les orchestres), on a aussi le choix de vivre le carnaval en dehors des circuits balisés. Des défilés de blocos de rue, souvent de quartiers, y sont aussi très présents, surtout pendant la période qui précède le carnaval, ce qui est aussi une bonne façon de s´échauffer un peu avant l´apothéose.

Cette année 2020 confirme aussi une autre tendance, celle de l´écologie dans le carnaval. Si depuis quelques années des blocos et des municipalités ont implanter des programmes tels que le recyclage des déchets, c´est désormais le tour de toute une industrie qui s´y met. On verra donc des confettis biodégradables, des paillettes comestibles, des déguisements en matériaux recyclés, des plumes synthétiques, ainsi que toute une série d´objets utiles non jetables, comme des pochettes ou des gobelets.

 

Lexique du carnaval de rue :

Pipoca : le vrai sens du mot c´est pop-corn, mais on l´utilise pour la foule qui fête le carnaval en dehors des circuits organisés. Comme tout le monde sautille au rythme de la musique ça rappelle les pop-corns qui saute dans la casserole.

Blocos : groupes qui défilent dans les rues avec des musiciens entrainant la foule avec eux. Certains blocos sont suivis par des milliers de participants et sont devenus une véritable tradition. Depuis quelques années des milliers de petits blocos ont surgi dans tout le pays, dans tous les styles musicaux. Certains grands blocos demandent une participation, ce qui se fait par l´achat d´un abadá (voir plus bas). Enfin, il y a les blocos qui défilent derrière des trios elétricos (surtout à Salvador), ceux-ci sont payants. Ceux que l´on appellent Blocos de rua sont en général gratuits.

Camarote : ce sont les loges installées aux abords des défilés, il y en de plusieurs catégories, suivant le confort et les services fournis (boissons, repas, etc).

Arquibancada : les gradins, pour ceux qui ne peuvent pas s´offrir un camarote.

Afoxé : groupe de percussions, surtout au Pernambuco et Bahia, dont le rythme est inspiré du candomblé.

Banda : groupe de musiciens, orchestre.

Abadá : tunique aux couleurs d´un bloco, achetée pour participer au défilé en étant séparé  de la foule (de la pipoca) par des cordes.

Folia, Folhões : la folia est une fête bruyante, le sens s´est généralisé au carnaval et les fêtards du carnaval sont appelés les foliões.

Fantasia : déguisement, il peut être imposé, comme dans les écoles de samba, ou libre pour le carnaval de rue.

Purpurina : paillettes.

Pre-carnaval : ce sont toutes les fêtes et défilés qui sont organisés avant la période officielle du carnaval.

Ressaca : le sens du mot est “gueule de bois”, on l´utilise aussi pour les fêtes qui ont lieu après la période officielle.

Lepo lepo : un mot qui vient de bahia et qui désigne quelqu´un qui n´a pas de moyens financiers mais qui en revanche sait bien se servir de ses attributs masculins. Par extension le mot est aussi utilisé pour dire « bien faire l´amour », bien remuer, être bon, ou bonne, mais toujours dans un sens sexuel ou coquin.

Pular : le mot veut dire « sauter » mais on l´utilise pour dire s´amuser, participer, danser.

Camisinha : le préservatif, on ne sort pas sans.

Carnaval à Salvador, un trio elétrico et dans les cordes les participants en abadá

Carnaval à Salvador, un trio elétrico (camion) et dans les cordes les participants en abadá (jaune).

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