La musique brésilienne championne des reprises

La musique brésilienne championne des reprises
La musique brésilienne championne des reprises

On s´attendait à ce que la « Garota de Ipanema » arrive en tête dans le classement des musiques brésiliennes les plus reprises au niveau planétaire. Et bien non, la célèbre « The girl from Ipanema » de Vinicius de Morais et Tom Jobim n´arrive qu´en 3ème position, supplanter par « Aquarela do Brasil », une samba composée en 1939 par Ary Borroso, également connue comme « Brazil » et qui a été reprise 399 fois, sans compter plus d´une trentaine de musiques de films. Ce sont les chiffres officiels des versions enregistrées, que vient de publier la centrale brésilienne des droits d´auteurs (ECAD). 

Une samba patriote

En composant “Aquarela do Brasil” em 1939, Ary Barroso invente um nouveau style de samba (il y en a plus d´une vingtaine), appelé samba-exaltação en raison de son chauvinisme « exaltant ». Accusé à l´époque de glorifier la dictature de Getúlio Vargas, cette composition n´en reste pas moins celle qui a introduit plus de raffinement dans le rythme, permettant d´adoucir et d´ouvrir la samba à d´autres influences musicales. C´est le chanteur Francisco Alves, une des stars de la première moitié du XXe siècle qui l´enregistre pour la première fois en 1939 (version ci-dessous). Le succès n´est pas au rendez-vous, malgré d´autres interprétations, comme celle de Aracy Costa (sa première interprète), autre star de l´époque, et comme ce fut souvent le cas avec des musiques brésiliennes, il faudra attendre qu´elle ait un succès mondial pour être « exaltée » au Brésil, (ce sera le cas pour la bossa nova et plus tard la lambada).

Francisco Alves, premier enregistrement de Aquarela do Brasil en 1939.

Saludos Amigos (au Brésil “Alô Amigos”)

En 1942, Walt Disney en fait le thème de son dessin animé « Saludos Amigos » (Watercolor of Brazil), « Aquarela do Brasil » s´y distingue avec une autre musique qui deviendra célèbre « Tico-Tico no Fubá », reprise à l´international comme « Tico-Tico ».

A l´époque, Walt Disney se déplace à Rio de Janeiro avec son équipe, secrètement encouragé par le gouvernement américain qui cherchait à rallier les pays indécis à la cause des Alliés. Pour se faire, rien de tel qu´une bonne « exaltation » de « l´admiration » qu´avaient les Etats-Unis pour le Brésil (comme dans la fable du corbeau et du renard), mettant en valeur ses beautés, ses caractéristiques et bien sûr sa musique, tout cela incarné par un personnage créé pour l´occasion, Zé Carioca, un perroquet forcément beau parleur, qui se sort de toutes les situations grâce à son espièglerie, sa malice, mais aussi sa sympathie.

couv album musique bresil

Pour la petite histoire, dans la même « mission » Walt Disney ira en Argentine, où Dingo deviendra El Gaucho Goofy, au Chili et au Pérou, où Donald aura maille à partir avec un lama. Personne ne sait si la sortie du film le 24 août 1942 est liée à la déclaration de guerre du Brésil aux pays de l´Axe (Allemagne, Italie, Japon) deux jours plus tôt. Ce que l´on sait en revanche, c´est que grâce à lui « Aquarela do Brasil » fera une carrière internationale, marquant un premier pas fondamental pour la musique brésilienne dans le monde.

Des reprises dans tous les genres

Depuis 1939, « Aquarela do Brasil » aura été reprise dans pratiquement tous les genres musicaux, de la samba à la musique classique, du lyrique à la variété et du rock au disco, toutes les interprétations, et dans toutes les langues en ont été faites. Parmi les plus célèbres il faut bien sûr citer les brésiliennes de Carmen Miranda (1943), Erasmo Carlos (1970), Tom Jobim (1970), Elis Regina (1975), João Gilberto (1980), Gal Costa (1980), Ney Matogrosso (1987), Emílio Santiago (1988), Tim Maia (1995), Martinho da Vila (2004), Daniela Mercury (2005), on pourrait encore citer Caetano Veloso, Toquinho, Simone et bien d´autres.

A l´international se distinguent Xavier Cugat (1943), Django Reinhardt (1947), Frank Sinatra (1957), Bing Crosby (1958), Ray Conniff (1960), Paul Anka (1963), The Shadow (1965), Kate Bush (1985), Harry Belafonte (1990), Pink Martini (1997), Daniel Barenboim (2000), Placido Domingo (2005), la liste est longue… Et en français, c´est Jean Sablon, un amoureux du Brésil, qui l´enregistre en 1964 sous le titre « Brésil », peut-être en hommage à Ary Barroso qui décède cette même année. Sur le même disque on retrouve la « Fille d´Ipanema », en français aussi (45 tours, voir photo ci-dessous).

 

En attendant une version Hip-hop ou Funk, on peut toujours revoir la scène du film de George Sidney, de 1956 « The Eddy Duchin Story” (en français « Tu seras un homme mon fils »), avec Tyrone Power et Kim Novak, dont l´interprétation de « Brazil » est considérée comme l´une des meilleures en version instrumentale (ci-dessous).

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