Pinhão, la pomme de pin comestible

Pinhão, la pomme de pin comestible
Pinhão, la pomme de pin comestible

Le pin du Paraná, Araucaria angustifolia est l´arbre le plus ancien du Brésil. Il s´y trouvait déjà au Jurassique, a cohabité avec les dinosaures et plus tard la mégafaune, il a aussi vu les premiers peuplements humains, il y a environ 12.000 ans. Ce conifère brésilien produit des semences comestibles, le pinhão, un aliment traditionnel qui entre dans de nombreuses recettes dans le sud du pays…

Un arbre en voie d´extinction

Ses origines remontent à plus de 200 millions d´années, ayant pour habitat un vaste territoire dans le sud et sud-est du pays, principalement dans les Etats du Paraná, Santa Catarina et Rio Grande do Sul, puis quelques zones du sud des Etats de São Paulo, Rio de Janeiro et Minas Gerais, et enfin la région des Missions en Argentine. Dans le sud du Brésil, le pinhão constituait un important apport alimentaire aux Indiens, notamment les Kaingang et les Xokleng, auxquels des études récentes attribuent à leurs ancêtres la multiplication de ces arbres sur tout ce territoire, faisant d´eux les premiers sylvicuteurs du pays. Cette espèce d´araucaria est jusqu´à aujourd´hui difficile à cultiver tant son métabolisme est complexe, mais tout indique que les Indiens dominaient les techniques de reproduction de cet arbre, si important pour leur alimentation.

Avec l´arrivée des émigrés, principalement les Européens (Italiens, Allemands, Polonais, etc) qui s´installèrent et développèrent l´agriculture dans cette région à partir de la seconde moitié du 19e siècle, les pins du Paraná ont largement été utilisés pour la construction, la menuiserie et l´ébénisterie, faisant de cet arbre un important produit commercial d´exportation. Son tronc fournit un bois blanc-jaunâtre d´une grande qualité et très apprécié pour sa finesse et maniabilité. Malheureusement, l´arbre est de croissance très lente, il lui faut de 80 à 90 ans pour atteindre l´âge adulte, et de culture compliquée, il a donc été surexploité dans son milieu naturel et sans initiative de reboisement jusque dans les années 70. En 1963, il représentait 92% des exportations de bois brésilien. Si sa raréfaction a mis fin au cycle de son exploitation à l´échelle industrielle, ce n´est qu´à partir des années 80 qu´une loi interdit la coupe d´araucarias de moins de 40 cm de diamètre, et en 1988 l´espèce est placée sur la liste officielle des espèces menacées d´extinction. Ceci étant, le déboisement menace toujours cette espèce, dont la situation est jugée très critique. La superficie des forêts d´araucarias était de 20 millions d´hectares à l´origine, il en reste aujourd´hui moins de 2%, desquels seulement 0,1% de forêts primaires.

Pour les agriculteurs, l´arbre est considéré comme nuisible puisqu´il occupe un espace important, tant par ses racines que par son branchage qui s´étend en largeur ; sachant que si l´abre grandit il leur sera interdit de le couper, ils choisissent de détruire les jeunes pousses. La sauvegarde de l´espèce est donc loin d´être assurée, d´autant plus que 1% des arbres meurt naturellement chaque année et que son taux de reproduction est inférieur à ce chifre. Aujourd´hui, on ne peut compter que sur quelques parcs pour protéger l´espèce.

Un pin du Paraná dominant le paysage

Un pin du Paraná dominant le paysage.

Si grand et si fragile

Une pomme de pin du Paranã peut contenir jusqu´à 500 semences, comestibles elles s´appellent pinhão, elles permettent aussi la multiplication de l´espèce, ou plutôt ses tentatives tant le processus est lent et aléatoire. Il faut en effet quatre ans pour que la pomme de pin, qui peut peser jusqu´à 5 kg, arrive à maturité, éclate et laisse tomber sur le sol ses semences. L´arbre commence à donner ses premières pommes de pin vers l´âge de 15 à 20 ans, la moyenne étant d´une quarantaine par an, certains grands arbres pouvant en produire jusqu´à 200.

Elles sont alors récupérées par des animaux, surtout oiseaux et rongeurs qui s´en régalent pendant 2 ou 3 mois, de mai à juillet, époque où les pommes de pin arrivées à maturité tombent sur le sol. Celles qui ne sont pas dévorées tout de suite constituent des réserves d´aliments pour certains animaux. Ainsi, le principal vecteur de reproduction de l´araucaria est l´agouti (Dasyprocta azarae), appelé Cutia au Brésil, un rongeur insatiable qui enterre de grosses quantités de pinhão qu´il projette de retrouver pendant les mois de disette. Fort heureusement pour l´arbre, l´agouti à l´ambition plus grande que la mémoire, il oublie une partie de ses cachettes, permettant ainsi aux semences de germer. La difficulté c´est que sur les 500 semences que peut contenir une pomme de pin, de 1 à 20 seulement sont fertiles. Comme les animaux en dévorent une grande partie, les chances qu´une graine soit épargnée, enterrée, oubliée, et fertile, sont minimes. C´est toute la fragilité de cet arbre majestueux qui peut atteindre 50 mètres et vivre plusieurs siècles.

Cette difficile fertilité était naturellement compensée par le nombre, beaucoup de pins du Paraná et beaucoup d´agoutis, un équilibre qui a bien fonctionné jusqu´au déboisement intensif qui s´est opéré au cours du XXe siècle. Peu, ou pas, de forêts, signifie aussi peu d´agoutis, ce rongeur étant lui aussi, comme son grand partenaire végétal, menacé d´extinction.

Quant aux caractéristiques de l´arbre, qui habite sur des sols secs et profonds à des altitudes de 500 à 2.200 mètres, comme on l´a vu il peut atteindre 50 m de haut, la moyenne étant plutôt à 35 mètres, pour un diamètre pouvant atteindre 2,50 m. Son écorce est très épaisse, jusqu´à 15 cm, ce qui le protège des basses températures en hiver, il résiste jusqu´à – 5° degrés, bien que la température normale de son habitat se situe entre 10° et 18°. Son écorce le protège aussi du feu, les incendies d´origine naturelle étant assez communs dans son habitat. Les branches s´étendent comme un parasol suivant son exposition à la lumière.

Un agouti dévorant un pinhão

Un agouti dévorant un pinhão.

 

Pinhão sur table

Ingrédient traditionnel de la cuisine régionale, il existe au moins une centaine de recettes (salées et sucrées) réalisées avec le pinhão. La cueillette des pommes de pin n´est autorisée que pendant  la période de maturité, du 15 avril à début juillet. Cette récolte est effectuée par des grimpeurs spécialisés tant l´accès aux pommes de pin est difficile, en plus de la hauteur il faut atteindre le feuillage dur et piquant en rampant sur des branches rugueuses et horizontales. Avec certains arbres on utilise des perches, moins risquée cette technique complique le choix des pommes de pin, car si les pinhões ne sont pas mûrs ils ne sont pas bons pour la cuisine. Les moins téméraires choisissent de récolter directement les semences tombées sur le sol, on a ainsi la certitude qu´elles sont bien mûres. C´est la technique la plus simple, encore faut-il être plus rapide que les agoutis et autres animaux qui attendent la même chose et ont l´avantage d´être nocturnes…

La texture du pinhão rappelle celle de la châtaigne européenne (ou marron), tout comme elles on peut faire cuire le pinhão bouilli dans de l´eau ou grillé, il est alors grignoté en appéritif et est souvent présent lors des réunions de famille ou d´amis, accompagnant même les grillades du dimanche. Parmi les recettes régionales, la plus connue est le Entrevero qui peut se décliner en un nombre presque infini de versions, il s´agit d´une poëlée dont l´origine est espagnole, dans le sud du Brésil on la prépare avec le pinhão qui cuit avec des petits morceaux de viandes, des légumes, des champignons, etc. Crèmes et veloutés de pinhão sont aussi surprenants que délicieux, sans oublier les nombreux desserts, gâteaux, crèmes, puddings, etc.

Chaque pinhão mesure de 5 à 7 cm de long, pour 1 à 2 cm de diamètre. Calorifique, il possède de nombreuses propriétés nutritionnelles, comme protéïnes, graisse, fibre, carbohydrate, acide ascorbique (vitamine C), calcium, fer, phosphate, magnésium, potassium, zinc, cuivre, manganèse et sodium.

Oú voir les dernières forêts d´araucarias du Brésil

Plusieurs parcs nationaux, régionaux ou municipaux permettent de découvrir les pins du Paraná dans leur milieu naturel, en voici quelques uns :

Dans l´Etat de Santa Catarina

Parque Nacional das Araucárias, créé en 2005, 128,5 km², sur les municipalités de Passos Maia et Ponte Serrada.

Parque Nacional de São Joaquim, créé en 1961, 483 km², sur les municipalités de Bom Jardim da Serra, Grão-Pará, Lauro Müller, Orleans et Urubici.

Estação Ecológica da Mata Preta, créé en 2005, 65,70 mk², sur la municipalité de Abelardo Luz.

Reserva Florestal EMBRAPA/EPAGRI de Caçador, créé en 1997, 18 km², sur la municipalité de Caçador. C´est ici que se trouve le plus ancien araucaria du monde, son âge est estimé à 900 ans, il mesure 40 m de haut, pour 7,70 mètres de circonférence et 2,40 m de diamètre.

Parque Natural Municipal João José Theodoro da Costa Neto, créé en 2005, 23,4 km², sur la municipalité de Lages.

Etendu sur deux Etats de Santa Catarina et Rio Grande do Sul

Parque Nacional de Aparados da Serra, créé en 1959, 102,5,4 km², sur les municipalités de Praia Grande (SC) et Cambará do Sul (RS).

Dans l´Etat du Paraná

Floresta Nacional de Irati, créé en 1968, 3,8 km², sur la municipalité de Fernandes Pinheiro.

Parque Natural Municipal das Araucárias, créé en 1991, 10 km², sur la municipalité de Guarapuava.

Dans l´Etat de São Paulo

Parque Natural Municipal Morro do Ouro, créé en 1998, 40 km², sur la municipalité de Apiaí.

Forêt de pins du Paraná

Forêt de pins du Paraná.

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