L´expansion territoriale du Brésil, l´ouest et le nord

L´expansion territoriale du Brésil, l´ouest et le nord
L´expansion territoriale du Brésil, l´ouest et le nord

 Comme nous l´avons vu dans le texte précédent, le Portugal et l´Espagne se sont disputés les territoires sud-américains au delà de la ligne définie par le Traité de Tordesillas (1494). Un nouveau traité, celui de Madrid (1750) annulera Tordesillas, mais bien que considéré comme le premier tracée précis des frontières du Brésil, l´expansion territoriale de ce pays va continuer pendant encore plus de 150 ans…

Une Guyane française, ou brésilienne ?

La Guyane française a longtemps été une source de litige avec le Brésil. Territoire sud-américain situé à l´ouest de la ligne du traité de Tordesillas, il revenait de droit à l´Espagne, qui concéda en 1544 un territoire amazonien à celui qui avait découvert l´embouchure de l´Amazone (partit des Andes et après sept mois de navigation en Amazonie), le célèbre conquistador Francisco de Orellana. Toute la région faisait alors partie de la Nouvelle Castille, un territoire gigantesque qui traversait le continent de l´océan Atlantique au Pacifique et que l´Espagne ne parvint jamais à coloniser. Les terres octroyées à Orellana correspondaient à ce qui deviendra le Contesté franco-brésilien, actuellement Etat de Amapá.

S´octroyer ainsi des territoires, c´était sans compter sur les autres puissances coloniales de l´époque, dont la France, qui entendait s´y tailler sa part. On connait la colère de François 1er, qui en prenant connaissance du traité de Tordesillas s´écria « Je voudrais voir le testament d´Adam qui m´exclut du partage du monde ! ». La France allait en effet, tout au long de la colonisation portugaise, essayée de s´implanter au Brésil. Il y aura d´abord la France antartique, fondée en 1555 sur un îlot de la baie de Guanabara à Rio de Janeiro, qui durera cinq ans, puis la France Equinoxiale, avec la fondation de São Luís (St Louis) dans le Maranhão en 1612 et qui durera quant à elle moins de quatre ans. Avec la Guyane, les tentatives auront durées trois siècles. Ce n´est qu´en 1900, au travers d´une médiation suisse, que la France accepte de laisser au Brésil tout le territoire contesté.

La superficie du territoire dit Contesté franco-brésilien est un sujet de controverse et selon les sources elle représentait 550,000 km² à l´origine (taille actuelle de la France), d´autres données avancent 260.000 km² (voir cartes en haut de page et ci-dessous). Ce n´est qu´à partir de 1713, avec la signature du traité d´Utrecht, qui mît fin à la guerre de succession espagnole (les signataires étant la Prusse, l´Espagne, la France, le Portugal, l´Angleterre et le Royaume de Savoie) qu´une partie des frontières de l´Amérique portugaise sont reconnues, dont la zone amazonienne en litige avec la France.

Il apparait dans ce traité que la limite des deux colonies est le fleuve Oyapock, et que les deux rives de l´Amazone sont portugaises. Le problème entre les deux nations est qu´elles ne parlaient pas du même fleuve, pour le Portugal l´Oyapock était celui qui fait frontière avec le Brésil actuellement, pour la France, c´était le fleuve Araguari, situé plus au sud. Cette confusion tient à la fois du nom du fleuve, à l´époque Japoc ou Vicente Pinzón, que les Français n´identifiaient pas comme Oyapock, et bien sûr du manque de reconnaissance géographique de la région. A l´époque, on ne savait pas très bien où se trouvaient les sources et embouchures des fleuves, et encore moins leur parcours précis. Pendant plus de deux cent ans, les deux nations ne parvenant pas à s´entendre sur les limites de cette zone, vivront entre accords non respectés et escarmouches, surtout au 19ème siècle. A partir de 1808 par exemple, la cour portugaise, fuyant les armées de Napoléon s´exile au Brésil. En représailles, les Portugais, aidés par l´Angleterre, envahissent la Guyane et la zone constestée. Ils resteront à Cayenne jusqu´en 1817, date d´un accord signé à Vienne entre la France et le Portugal. Mais cet accord ne règla pas la question du Contesté, une indéfinition qui va durer jusqu´en 1900, profitant aux aventuriers, colons et orpailleurs des deux pays, mais aussi aux esclaves en fuite, qui y circulaient et y s´installaient sans avoir à rendre de comptes à l´Etat, puisqu´on ne savait pas auquel se référer. Cette zone « indéfinie » servit aussi de refuge à de nombreux hors-la-loi, dont des bagnards en fuite.

Au terme de ces siècles de litige, c´est le Brésil qui va étendre encore un peu plus son territoire, puisque la médiation de la Suisse aboutit en 1900 à l´attribution du territoire contesté au Brésil. Celui-ci l´incorpore à l´Etat du Pará. Il devient en 1943 territoire fédéral de Amapá, transfomé en Etat à part entière par la constitution de 1988 avec Macapá pour capitale.

Carte de l´actuel Etat de Amapá et dans les pointillés le Contesté franco-brésilien.

Carte de l´actuel Etat de Amapá et dans les pointillés le Contesté franco-brésilien.

Des territoires négociés en paix

Au nord et au nord-ouest, entre 1853 et 1907 le Brésil récupère des territoires par accords avec la Colombie et le Venezuela. C´est le traité de Bogota (1907) qui entérine ces accords frontaliers, ce qui permet au Brésil d´agrandir son territoire de près de 400.000 km² sur ses frontières avec ces deux pays. A l´époque, la Colombie disputait dans la région des territoires amazoniens avec l´Equateur et le Pérou et ne se voyait pas ouvrir un autre front avec le Brésil. Un précédent traité avait été signé en 1859 avec le Venezuela, puis ratifié en 1929, ce pays étant en litige avec les Anglais sur le Guyana voisin, et comptait sur l´appui du Brésil, mais celui-ci restera toujours neutre sur cette question. Le Guyana est d´ailleurs le seul échec du Brésil dans l´expansion de ses frontières ; en effet, en 1904 la médiation du roi d´Italie lui fait céder 19.630 km² de territoire, à ce que l´on appelait la Guyane britannique, sur les 33.200 km² que le Brésil revendiquait.

Malgré ce petit échec, le Brésil s´en sortira bien, à l´époque la diplomatie brésilienne était menée d´une main de maître par le baron do Rio Branco, ministre des affaires étrangères de 1902 à 1012, très habile négociateur qui privilégiait toujours la paix pour parvenir à ses fins. Il est surtout connu pour ses négociations avec la Bolivie afin d´obtenir d´importants territoires sur la frontière du Mato Grosso. Il réussit à lui seul et pratiquement sans conflit, à agrandir considérablement le pays, ou à confirmer des frontières qui ne seront plus jamais remises en question.

Carte de l´Amérique du sud à l´indépendance du Brésil en 1822

Carte de l´Amérique du sud à l´indépendance du Brésil en 1822 (à comparer avec la carte actuelle en fin de texte).

La conquête de l´ouest  

Parmi les clauses qui déterminaient les limites du traité de Madrid (1750), on se souvient que l´occupation des terres y tenait un rôle important. Tout l´ouest du Brésil au 19ème est connu et a été visité par les Bandeirantes, ces aventuriers et pionniers qui en ont ouvert les routes. Cet état de fait permet au Brésil de revendiquer les territoires du Acre, situés aux confins du Pérou et de la Bolivie. Le plus surprenant dans cette conquête c´est que ces territoires sont négociés entre la Bolivie et le Brésil, alors qu´ils appartiennent de droit au Pérou. Mais sur le terrain c´est le Brésil qui l´occupe et l´industrie naissante du caoutchouc pendant la seconde moitié du 19ème l´intéresse au plus haut lieu. La région de Acre est divisée en deux parties, une brésilienne  (en bleu dans la carte ci-dessous), à l´origine bolivienne mais que le Brésil obtient en 1867 pendant la guerre du Paraguay après une négociation avec la Bolivie, qui lui cède aussi une partie du Mato Grosso (en bleu aussi dans la carte ci-dessous). La dernière partie du Acre (en violet), est aussi convoité par la Bolivie. Sentant qu´un conflit pesait sur elle, la population locale, en majorité composée de seringueiros (récolteurs de caoutchouc), se rebelle et proclame l´indépendance du territoire en 1899. Pour régler la question, en 1901 la Bolivie décide de « louer » ce territoire à une compagnie américaine en lui octroyant d´amples pouvoirs. Pour le Brésil ce n´est pas tolérable, il décide de mettre au pas l´éphémère République de l´Acre . La Bolivie vole au secours des indépendantistes mais, mal armée et peu présente sur le terrain, elle est défaite par l´armée brésilienne en 1902, celui-ci, fort de sa victoire oblige la Bolivie à négocier puis indemnise la Cie américaine pour les pertes encourues et l´abandon du projet de concession sur ce territoire.

En 1903, le baron do Rio Branco signe avec la Bolivie le traité de Petrópolis, en offrant à ce pays deux millions de livres sterling et la promesse de la construction d´une ligne de chemin de fer frontalière qui permettrait à la Bolivie d´écouler ses marchandises via le fleuve amazone. Parmi les clauses du traité, le Brésil s´engageait aussi à lui laisser l´accès à ses cours d´eau, car privée d´accès maritime par le Chili après la Guerre du Pacifique en 1884, elle pourrait ainsi rejoindre l´océan Atlantique (ce qui dans les faits ne se produira jamais).

Les territoires perdus par la Bolivie, en bleu et en violet au profit du Brésil

Les territoires perdus par la Bolivie, en bleu et en violet au profit du Brésil. 

En 1909, un nouvel accord est signé à Rio de Janeiro avec la Bolivie, il permet de consolider l´accord précédent et de reconnaitre un échange de territoires avec le Pérou dans cette région. Par ces traités avec la Bolivie, le Brésil agrandit son territoire de plus de 150.000 km² et fixe définitivement ses frontières (carte ci-dessous).

Depuis le traité de Tordesillas, le Brésil a plus que doublé son territoire, profitant de conflits directs, ou indirects, s´imposant au fil de son histoire par les armes, la diplomatie ou la faiblesse et l´infortune de ses voisins, pour devenir un géant territorial, cinquième pays du monde avec une superficie de 8 514 876 km2, occupant aujourd´hui quasiment la moitié du sous-continent sud-américain.

En 1500, en abordant ce qu´il croyait être une île, jamais le navigateur Pedro Alvares Cabral n´aurait imaginé qu´une telle immensité se cachait au-delà de sa découverte et jamais le Portugal, petite nation européenne, n´aurait rêvé qu´il donnerait naissance à un pays 92 fois plus grand que lui…

Carte actuelle de l´Amérique du sud

Carte actuelle de l´Amérique du sud

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