L´expansion territoriale du Brésil

L´expansion territoriale du Brésil
L´expansion territoriale du Brésil

Abordé pour la première fois en l´an 1500 par les Portugais, le territoire qui revenait à ces derniers suite au Traité de Tordesillas (1494), comprenait moins d´un tiers de ce qu´il est aujourd´hui. Si la colonisation portugaise s´est essentiellement développée sur la côte, cela ne l´a pas empêché d´explorer l´arrière pays et de profiter d´une période de rattachement à l´Espagne pour repousser toujours plus loin ses frontières.

Du traité de Tordesillas (1494) à l´Union Ibérique (1580/1640)

Dès la découverte de l´Amérique par Christophe Colomb en 1492 (ce qu´il croyait être les Indes occidentales), un véritable dilemme se posa pour les deux nouvelles puissances maritimes qu´étaient l´Espagne et le Portugal. Ce dernier, avait d´ailleurs une longueur d´avance puisqu´il cherchait la Route des Indes en contournant l´Afrique, ce qu´il réussit à faire en 1498 avec Vasco de Gama. La question du partage du monde, entendons les nouvelles terres découvertes au gré des expéditions océaniques, se posa alors entre les deux nations. Un premier accord, connu comme Bula Inter Caetera, fut trouvée en 1493 grâce à la médiation du pape Alexandre VI. Etrangement, le Portugal en demanda presque aussitôt la révision afin de repousser la ligne de partage plus à l´ouest, ce qui aboutit au traité de Tordesillas en 1494.

Les Portugais avaient-ils abordé les Amériques en secret juste après l´accord de 1493 ? Quoiqu´il en fut, Tordesillas lui octroya une bonne partie de la côte brésilienne, une ligne que l´on pourrait aujourd´hui tracer comme allant de Bélem au nord (Etat du Pará), à Laguna au sud (Etat de Santa Catarina). Tout ce qui se trouvait à l´ouest de cette ligne devant appartenir à l´Espagne, mais sur le terrain, le traité de Tordesillas était loin d´être respecté.

L´espace obtenu par ce traité (voir carte ci-dessous), permit au Portugal, dès 1504, de diviser les terres en capitaineries héréditaires, dont certains noms rappellent les Etats actuels. Chaque capitainerie avait une façade maritime et s´enfonçait en profondeur vers l´ouest jusqu´à la ligne fixée par Tordesillas. La colonisation effective de ces capitaineries n´a commencé qu´à partir de 1534, mais face aux tentatives frustrées d´y prospérer, en 1548 le Portugal décide d´y implanter un gouvernement général pour l´ensemble de la colonie. Son siège est Salvador, dans la Baía de Todos os Santos, fondé à cet effet en 1549 par Tomé de Souza, premier gouverneur du Brésil et représentant de la couronne portugaise. A partir de 1720, les gouverneurs du Brésil porteront le titre de vice-roi et cela durera jusqu´en 1808, quand la cour du Portugal (fuyant les armées de Napoléon) s´installe à Rio de Janeiro.

En vert à l´est de le ligne de Tordesillas, les terres portugaises, à l´ouest en beige les espagnoles

En vert à l´est de la ligne de Tordesillas, les terres portugaises, à l´ouest en beige les espagnoles.

En 1578, le roi du Portugal, Sebastião 1er, disparait dans une expédition malheureuse contre le sultan marocain, Abu Marwan Abd al-Malik, lors de la bataille de l´Alcácer Quibir, comme il n´avait pas d´héritier c´est son grand-oncle, le cardinal Henrique, qui est couronné comme Henri 1er du Portugal, dit Henri le Chaste. En tant que religieux, ce roi-cardinal n´a pas non plus d´héritier mais assume le trône. Sa mort en 1580 plonge le pays dans une indéfinition autour du trône qui attise alors la convoitise de Felipe II d´Espagne. Il attaque et annexe le Portugal puis proclame l´Union Ibérique, récupérant ainsi tous les territoires d´outre-mer portugais, dont le Brésil qui sera ainsi espagnol pendant 60 ans.

L´Union Ibérique et le traité de Madrid (1750)

Au Brésil, l´Union Ibérique permet aux aventuriers et colons de franchir et d´occuper les terres au-delà des limites de Tordesillas sans être inquiétés par l´Espagne. Ils s´étendent alors vers le sud jusqu´à l´actuel Uruguay, puis vers l´ouest dans le Mato Grosso et au nord dans la région amazonienne. C´est pendant cette période que se multiplient les expéditions vers l´intérieur du pays, des hordes d´aventuriers, les Bandeirantes, vont tracer les premiers chemins et repousser toujours plus loin les frontières des terres portugaises.

Sur l´aspect territoriale, cette union a bénéficié le Portugal qui à la fin de l´Union Ibérique n´a pas rendu les territoires conquis sur les terres espagnoles, ce qui provoquera de nombreux conflits et litiges entre les deux pays. Par ailleurs, c´est en partie grâce à cette Union que le Portugal réussit à préserver son empire d´outre-mer, pour un temps sous tutelle espagnole ; sans l´appui de l´Espagne il en aurait sans doute perdu la majeure partie au profit des Hollandais, des Français et des Anglais qui le convoitaient.

En rouge le tracée du Traité de Madrid, à l´ouest de la ligne de Tordesillas

En rouge le tracée du Traité de Madrid, à l´ouest de la ligne de Tordesillas.

Au 17ème siècle, l´affaiblissement de l´Espagne face aux autres puissances maritimes européennes (Hollande, France, Angleterre), la multiplication des attaques de pirates et corsaires qui la privait d´importants revenus en or, argent et épices, et les guerres couteuses qu´elle menait en Europe, incite le Portugal à reprendre son indépendance. Aidé de l´Angleterre, puis de la Hollande (qui se feront largement rétribuer par de juteux contrats commerciaux), le Portugal se libère en 1640 de l´Espagne, celle-ci en reconnaîtra officiellement l´indépendance par le traité de Lisbonne en 1668.

Renforcé par ses alliances, le Portugal obtient de l´Espagne un accord frontalier sur les colonies sud-américaines, c´est le traité de Madrid, qui, signé en 1750, prétendait mettre fin aux conflits qui opposaient les deux pays depuis la fin de l´Union Ibérique 70 ans plus tôt. A travers cet accord, le Portugal se vit reconnaître sa souveraineté sur un important territoire à l´ouest de la ligne de Tordesillas (voir carte au-dessus). Le tracée du traité prenait alors en compte les limites naturelles, cours d´eau, montagnes, etc, mais se basait aussi sur une clause du droit romain uti possidetis, ita possideatis (qui possède de fait, doit posséder de droit) tout à fait appropriée aux Portugais qui exploraient ces contrées depuis des décennies, alors que les Espagnols étaient affairés dans des colonies plus rentables.

L´expansion vers le sud

Par le traité de Madrid, l´épineuse question du Rio de la Plata, source de conflits entre l´Espagne et le Portugal, semblait réglée. L´Espagne proposa au Portugal l´actuelle région du Rio Grande do Sul en échange de l´abandon de la colonie de Sacramento (actuel Uruguay), fondée par les Portugais en 1680 sur la rive nord du Rio de la Plata, juste en face de Buenos Aires, afin d´y développer un commerce auquel les Anglais (alliés des Portugais) prenaient part.

Comprenant que jamais l´Espagne ne céderait sur son monopole de la région de la Plata, le Portugal accepta l´offre espagnole moyennant l´expulsion « des peuples des missions » (Indiens et jésuites) du territoire proposé. Sur le terrain, l´accord fut très mal reçu, les Portugais de Sacramento n´entendaient pas céder cette colonie si prospère, et de leur côté, les jésuites et les Indiens refusaient de quitter les missions. Il s´en suit toute une série de conflits et de nouveaux traités sans cesse remis en question. Les deux nations finirent par s´unir pour écraser les peuples guaranis, mettant fin aux conflits avec les missions en 1756. Avec le Traité de Madrid, le Portugal avait cédé Sacramento et renonçait à ses prétensions sur l´estuaire de la Plata, en échange il recevait le Rio Grande do Sul, une partie du Santa Catarina et du Paraná. Mais il restèrent à Sacramento jusqu´en 1777 et il fallut que les Espagnols prennent l´île de Santa Catarina (où se trouve actuellement Florianópolis) pour mettre la pression sur les Portugais. Malgré ces accords, les deux pays ne réglèrent pas concrètement la question territoriale de cette région du Brésil, une nouvelle guerre éclata et ce n´est qu´en 1801, s´unissant cette fois contre Napoléon en Europe, que l´Espagne et le Portugal cessèrent les hostilités dans leurs colonies.

En 1817, le roi João VI du Portugal décide de reprendre la colonie de Sacramento et en 1822, avec l´indépendance du Brésil c´est tout le territoire de l´actuel Uruguay qui est incorporé à ce nouveau pays, l´Empire du Brésil. Il faudra attendre 1828, pour que la proclamation de l´indépendance de l´Uruguay mette définitivement fin aux prétentions brésiliennes sur cette province de la Plata. Les frontières allaient pourtant encore bouger dans le sud du Brésil avec la Guerre du Paraguay (voir texte sur ce blog, avril 2017), de 1864 à 1870, dont le Brésil sort vainqueur et par laquelle il agrandit une fois de plus son territoire. Cette fois il récupère plus de 90.000 km² (la taille du Portugal) étendus sur trois Etats, le Mato Grosso do Sul, le Paraná et Santa Catarina (voir carte ci-dessous).

En gris foncé dans les pointillés les territoires perdus par le Paraguay

En gris foncé dans les pointillés les territoires perdus par le Paraguay.

 

 A suivre : l´expansion territoriale du Brésil, vers l´ouest et le nord.

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