Les pièges à touristes du Pelourinho

Les pièges à touristes du Pelourinho

C´est la carte postale de Bahia, berceau de la culture afro-brésilienne, classé au Patrimoine de l´Humanité, la première capitale du Brésil séduit autant qu´elle surprend. Ses maisons coloniales, ses rues escarpées et ses façades colorées, ses animations et ses églises baroques, font du centre historique de Salvador de Bahia un lieu unique, une étape incontournable dans un voyage au Brésil.

On connait ce centre historique comme Pelourinho et s´il étale ses merveilles, il y a aussi l´envers de la carte postale, les pièges a touristes que l´on retrouve partout où l´afflux de visiteurs réveille les convoitises. Tous les touristes connaissent ce problème, qui n´est d´ailleurs pas propre au Brésil, mais qui prend toujours des ampleurs incontrôlées dans une région ou une ville pauvre. Ceci étant, dans le Pelourinho ce n´est pas tant l´insécurité qui est gênante (c´est même le quartier le plus policé de Salvador), mais la présence et l´insistance d´une multitude de vendeurs ambulants et autres « professionnels » spécialisés dans ce qu´il convient d´appeler des pièges à touristes.

Pour bien vivre ce quartier exceptionnel de beauté et d´intérêt, j´ai choisi de donner ici quelques conseils et présenter ces principaux pièges qui attendent le visiteur, qui sont tout à fait évitables quant on est prévenu.

Conseils

Le premier conseil, qui semble évident mais n´est pas toujours compris, c´est de ne pas tenter le diable. On a pas besoin de visiter le Pelourinho avec des bijoux en or ou une montre de valeur. La moindre chaine en or est une proie de choix et ce n´est même pas pour sa valeur qu´on souffre, mais pour la blessure qu´elle peut causer par son arrachement brutal. On laisse donc toutes ses valeurs à l´hôtel. On se méfie aussi avec les téléphones portables ou appareils photos, il y a un marché parallèle pour cela.

On évite les rues désertes et abandonnées, principalement celles qui composent le pourtour du centre historique. Elles sont faciles à identifier car ce sont celles qui n´ont pas été restaurées et servent souvent d´abris aux mendiants et de planques aux voleurs. Ces rues alentours, même celles qui sont commerçantes en semaine, sont particulièrement propices aux vols le soir, le matin tôt, le dimanche et les jours fériés, car sans mouvement de foule et peu de policiers. Si on a des doutes, on peut toujours demander à un commerçant ou à un policier du Pelourinho si on peut emprunter telle ou telle rue avant de s´y engager. Je parle ici des rues qui ne font pas partie du centre restauré, en général ce sont les rues qui mènent à la ville basse ou s´éloignent du centre restauré.

ville et maisons colorées

Pièges et attitude

Ce qu´il ne faut jamais oublier c´est que dans le Pelourinho rien n´est gratuit, même avec le plus grand des sourires et des salamalecs à n´en plus finir, tout ce qu´on vous offre est payant, et le plus souvent après coup, d´où les mauvaises surprises. Cela va des services d´un « guide », aux petits rubans porte-bonheur, aux photos avec les Bahianaises costumées, en passant par les peintures ethniques sur les bras et les jambes, ou encore les massages improvisés. Tout se paye, et parfois très cher. La seule façon d´éviter ces « ventes forcées » de services ou souvenirs c´est de dire non tout de suite, et avec un ton ferme, non c´est non. La moindre hésitation ou le moindre sourire sera interprété comme une acceptation, c´est la force de ces « vendeurs », la politesse, la gentillesse et les scrupules que peuvent avoir les touristes est synonyme de faiblesse.

Bien entendu, il n´est pas question ici de boycotter tous les vendeurs ou autres ambulants, on peut fort bien être intéressé par quelque chose, ou vouloir aider quelqu´un, mais dans ce cas il faut impérativement définir un prix avant d´accepter.

 

L´aumône

Le Pelourinho n´échappe pas à la règle de la mendicité que l´on retrouve dans de nombreuses villes. Entre pauvreté et drogue, les populations les plus vulnérables se retrouvent sur ce site où circulent de nombreux touristes, qu´elles essaient toujours de sensibiliser pour récolter un peu d´argent. Le plus souvent, ces quémandeurs font comprendre qu´ils ont faim et demandent en général un pack de lait en poudre. En réalité, ce n´est pas pour le consommer mais pour le revendre ou l´échanger contre du crack, véritable fléau ici. Il est donc recommandé de ne pas donner d´argent mais d´offrir plutôt un sandwich ou un autre aliment périssable, car tout ce qui ne l´est pas est tout de suite revendu, même les canettes de sodas, il faut donc les ouvrir avant de les donner, sinon elles seront destinées elles aussi à l´acquisition de crack.

 

Les vendeurs ambulants

Comme le nom l´indique, ce sont les vendeurs qui déambulent dans les rues et abordent les visiteurs pour vendre colliers, bracelets, et autres souvenirs, le plus souvent artisanaux. Ces vendeurs ambulants sont enregistrés à la mairie, ils porte un gilet bleu avec un numéro et un badge avec leur nom. Le problème c´est qu´ils sont eux-mêmes parasités par des ambulants non enregistrés et ce sont ceux-là qui posent problème. Il est donc fortement conseillé de n´acheter qu´à ceux qui portent le badge et surtout le gilet. Mais même comme ça, si on ne veut rien acheter, on ne doit rien accepter, si on essaie un collier ou un bracelet il y a de fortes chances qu´on finisse par se sentir obligé de l´acheter. Là encore, soit on achète en demandant le prix, soit on refuse fermement.

 

Les Bahianaises costumées

Elles font partie du folklore, et du décor, avec leurs jupes bouffantes et dentelles, leurs colliers de perles et leurs coiffes colorées. Souriantes et enjouées ces jolies femmes s´offrent toujours pour des photos en compagnie des touristes. C´est de bonne guerre, qui ne veut pas ramener son portrait auprès d´une bahianaise en costume typique ? Aucun souci, mais pour éviter les surprises il est fortement conseillé de demander le prix avant de faire la photo, il n´y a pas de tarif, c´est à la tête du client. A noter que certains magasins ont une Bahianaise à l´entrée pour attirer la clientèle, dans ce cas on ne paye pas pour la photo.

Bahianaises costumées pour les photos

Bahianaises costumées pour les photos.

Les guides

Au Brésil le métier de guide est un activité légale qui demande un enregistrement auprès du ministère du tourisme. Les guides professionnels ont suivi des cours, ils sont inscrits auprès d´un syndicat professionnel, sont rémunérés sur la base d´un barême et payent des charges sociales et impôts comme toute activité officielle. Ils parlent souvent des langues étrangères, et sont préparés pour présenter leur ville et ses attractions. Mais là encore, les guides sont souvent court-circuités par des faux guides, en général qui vendent leurs services à la sauvette devant les monuments ou sur le trajet des visiteurs. Ces faux guides n´ont aucune autorisation pour excercer ce métier, ils sont totalement illégaux et le plus souvent n´annoncent pas le tarif au départ. Certains sont mêmes prêts à dire n´importe quoi aux touristes, le but étant juste de les escroquer à la fin de la visite.

Les guides officiels portent un badge où il est inscrit leur nom et numéro d´enregistrement, et qui doit surtout émaner du Ministério do Turismo. Attention, les faux guides portent aussi des badges improvisés, mais en général sans la mention ministère du tourisme. Une autre règle, en général les vrais guides n´abordent pas les touristes dans la rue, ils sont sollicités par une agence, un hôtel, ou autre organisme.

 

Les peintures ethniques

C´est la dernière arnaque en date et un filon largement exploité par quelques dizaines de « peintres » qui font référence à l´un des groupes de carnaval parmi les plus populaires de Bahia, la Timbalada. Ces « artistes » improvisés s´approchent des visiteurs aux bras et jambes nus sur lesquels ils peignent en blanc quelques motifs ethniques (ou tribaux) sans distinction d´âge et de nationalité. On peut trouver cela très pittoresque, mais ça l´est beaucoup moins quand vient l´addition, c´est parfois tellement excessif que ça peut se terminer au commissariat de police.

Lá encore, si on accepte de se faire peindre il faut négocier le prix avant le premier coup de pinceau. Attention aussi aux allergies et bactéries, on ignore la qualité et la provenance des peintures utilisées.

Rubans de Bonfim dans le Pelourinho

Peintures ethniques improvisées dans le Pelourinho.

Les massages

Fort heureusement ce n´est pas une activité répandue, mais certaines masseuses sévissent depuis des années dans le Pelourinho sans jamais avoir été inquiétées. La technique est simple, elles s´approchent d´un air très convainquant en faisant comprendre que votre posture n´est pas bonne. Si on se laisse toucher, c´est fini, on est bon pour un massage éclair et une séance d´ostéopathie des plus rapides et des plus saccadées, mais loin des plus professionnelles. Ces masseuses n´ont aucune capacité ni autorisation pour pratiquer cette activité, ça frôle même la pratique illégale de la médecine tant elles manipulent les corps sans la moindre connaissance préalable de la condition physique du « patient », pour ne pas dire de la victime. Là encore, c´est loin d´être gratuit, mais le prix n´est annoncé qu´après le massage. Bien que fortement déconseillé, si on est prêt à prendre le risque de se faire démettre un membre ou une vertèbre, qu´on négocie le prix avant le « massage ».

En voiture

Même si ce n´est pas très commun, il se peut qu´on choisisse de louer une voiture pour circuler dans la ville. Ce n´est pas ce qu´il y a de plus pratique dans le Pelourinho puisque de nombreuses rues y sont piétonnières. Dans ce cas, il faut savoir qu´il n´est pas permis de stationner dans le Pelourinho, nulle part, et n´importe quel jour et heure. Il y a pourtant toute une ribambelle de « placeurs » et « gardiens » de voitures, connus ici comme flanelinhas (en raison de leur chiffon qui essuie les pare-brises). Certains portent même des gilets, jaunes ou oranges, afin de passer pour des agents de la circulation, ils allèguent aussi qu´il est permis de se garer, cela malgré les panneaux qui indiquent le contraire. Mais ils se font payer d´avance, car comme on est pas sûr de retrouver sa voiture au retour, la fourrière passe régulièrement, mieux vaut qu´ils garantissent leurs revenus. Pour éviter les problèmes, il faut savoir qu´il existe plus de 1.300 places de parkings dans le Pelourinho, dont les plus grands sont accessibles par la grande rue commerçante connue comme Baixa dos Sapateiros (rua J.J Seabra), ensuite un ascenseur mêne directement au Pelourinho. Il en coûte pas forcément plus cher (forfait journée ou tarif par heure),  surtout si on compare avec les prix des contraventions et de la fourrière.

Rubans de Bonfim dans le Pelourinho

Rubans de Bonfim dans le Pelourinho.

En vrac

Les rubans porte-bonheur, ou fitas do Bonfim, sont omniprésents sur les points touristiques à Salvador, le plus souvent des jeunes garçons les « offrent » aux visiteurs en disant que c´est un « petit cadeau », le coup classique, ensuite il faut donner la pièce ou acheter quelques rubans. Bien sûr ce n´est pas une arnaque significative, tout juste une petite contribution quand on est touriste et ça se termine toujours dans la bonne humeur. Même chose avec la capoeira pratiquée dans la rue pour les touristes, il est évident qu´on passera le chapeau après le spectacle et on se verra presque obligé de participer, surtout si on a fait des photos.

Pour conclure, il faut savoir que l´intérêt du Pelourinho est bien supérieur à tous ces petits pièges à touristes, qui, bien que nombreux, ne doivent pas empêcher de profiter du site. Le but ici est simplement d´informer le visiteur afin qu´il puisse les éviter et vivre ainsi son séjour sans inconvénients. Il n´est pas non plus question de prôner ici le boycott du gagne-pain de toute une population qui compte sur la participation des touristes pour survivre, mais au contraire de les défendre en dénonçant ceux qui les court-circuitent et mettent à mal le tourisme par leurs pratiques abusives.

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