Le Brésil Champion du jus d´orange

Le Brésil Champion du jus d´orange
Le Brésil Champion du jus d´orange

On connaissait le Brésil pour son café, mais bien moins pour ses agrumes. Pourtant le pays est le premier exportateur mondial de jus d´orange, il fournit à lui seul plus de la moitié de ce produit dans le monde. L´essentiel de la production se concentre dans l´Etat de São Paulo et son transport et exportation en camions et navires-citernes engagent des moyens dignes de l´industrie pétrolière.

Histoire et expansion

Originaire de Chine, l´orange est arrivée en Europe à l´époque des Romains, qui l´ont sans doute découvert auprès des caravanes au Moyen-Orient en provenance d´Asie. S´étant parfaitement adapté au climat méditerrannéen, l´oranger est devenu au cours des siècles, l´un des arbres frutiers de premier plan en Afrique du nord, dans le sud de l´Italie, en Espagne et au Portugal. C´est donc avec ces derniers que l´oranger traverse l´océan Atlantique pour s´acclimater cette fois aux Amériques. Les Espagnols le cultivent d´abord au Mexique et dans le sud des Etats-Unis, les Portugais au Brésil, principalement dans le Nordeste et les régions sud et sud-est..

La première usine de production de jus d´orange est créée pendant la Seconde Guerre Mondiale dans la ville de São Paulo, mais ce n´est qu´en 1961 qu´a lieu la première exportation, à l´occasion vers les Etats-Unis. Un an plus tard, les orangeraies de Floride sont ravagées par des gelées exceptionnelles, plus de treize millions d´orangers périssent. Le Brésil profite alors de la forte demande américaine, c´est le début d´une expansion qui dès les années 70 placera le pays parmi les premiers producteurs mondiaux. Lors de la décennie suivante il dépasse les Etats-Unis et prend la première place. En 2018 le Brésil a produit 1,23 million de tonnes de jus d´orange, les Etats-Unis 327.000 tonnes, et le Mexique 210,000, ces trois premiers producteurs mondiaux sont suivis par l´Union Européenne et la Chine.

Une production à l´échelle industrielle

Considéré comme d´excellente qualité sur le marché international, le jus d´orange brésilien est exporté sur des navires-citernes (tankers) sur le même principe que le pétrole, le Brésil possédant une flotte unique au monde pour ce transport, composée de plus de 60 navires. L´essentiel de la production se fait dans l´Etat de São Paulo (plus de 80% de la production nationale), où c´est aujourd´hui la première ressource économique de 322 municipalités dans cet Etat. Le second producteur brésilien est le Minas Gerais, où 11 municipalités dépendent de cette production agricole. Ce secteur emploie directement plus de 400.000 personnes au Brésil.

Récolte des oranges dans l´Etat de São Paulo

Récolte des oranges dans l´Etat de São Paulo.

Pour répondre aux normes internationales et exigences des clients, l´exportation est soumise a des contrôles très rigoureux qui commencent dès la plantation. Les oranges sont classées par couleur, maturité, goût et acidité, puis vont vers les usines pour être transformées en jus et composer des blends élaborés selon la demande de l´importateur, les marchés dictant la teneur en sucre ou en acidité. Rien qu´à São Paulo, plus de 600 camions-citernes assurent le transport de ces jus jusqu´aux zones portuaires, dont les principales sont Santos et Guarujá, situées sur la côte de cet Etat. Le jus y est retravaillé avant d´être embarqué par les conduits qui alimentent directement les cuves frigorifiées des navires. Le jus d´orange est livré en vrac et mis en conditionnement par les acheteurs à destination ; le plus gros demandeur étant l´Europe, dont quatre pays sont les premiers consommateurs, le Royaume-Unis, où 80% du jus consommé est brésilien, l´Allemagne, la Hollande et la France. La route maritime du jus d´orange la plus utilisée est Santos-Gand, en Belgique. Les Etats-Unis sont le second importeur de jus d´orange brésilien.

Camions-citernes dans l´Etat de São Paulo

Camions-citernes dans l´Etat de São Paulo.

Les variétés de laranja (orange en portugais)

Au Brésil on cultive une dizaine de variétés d´oranges, mais pour la production de jus on retient quatre espèces dont les appellations locales sont : laranja Pêra, Natal, Valência et Hamlin. Cette dernière est la plus précoce, on la récolte en juillet et en août. La laranja Pêra, considérée comme orange de mi-saison produit de juillet à octobre, les variétés tardives sont les Natal et Valência, dont la récolte se fait de septembre à janvier. A noter que les oranges sont récoltées à la main, d´une part car il n´y a pas encore de machines pour le faire, mais aussi car cela permet de les cueillir selon leur degré de maturité et sans abîmer les arbres.

L´orange étant un fruit introduit par les Européens, il n´existe pas d´espèce locale. Ceci étant, la laranja Pêra (orange poire) est considérée comme une variété obtenue au Brésil par le croisement de plusieurs espèces, mais la traçabilité de ses origines reste incertaine. C´est aussi l´orange la plus commune dans le pays, elle est consommée en jus ou entière, ni acide ni très sucrée, elle a la particularité de garder la peau verte très longtemps tout en étant mûre à l´intérieur. Cette variété compose à elle seule 40% des blends destinés à la fabrication des jus.

Navire-citerne brésilien pour le jus d´orange

Navire-citerne brésilien pour le jus d´orange.

Sur la table des Brésiliens

Comme dans la plupart des pays, l´orange occupe la première place des jus consommés par les Brésiliens, et elle n´est détrônée que par la banane en tant que fruit. Près de 90% du jus d´orange brésilien est destiné à l´exportation, mais sur place il gagne du terrain avec une augmentation de sa consommation de 10% par an. Les Brésiliens ont pourtant longtemps préféré les fruits locaux, comme la pomme-cajou, le fruit de la passion, la goyave et l´ananas, ces quatre fruits étant natifs du Brésil, où ils sont toujours très consommés. Ce regain d´intérêt pour le jus d´orange est d´une part le résultat d´un intense marketing, où ce jus est associé au bien-être et un certain raffinement (on ne voit jamais dans les novelas ou la publicité d´autres jus que celui d´orange), alors que dans les pays développés sa consommation s´est stabilisée et donne même des signes de réduction. Très attentifs aux tendances du marché, les producteurs brésiliens ont ainsi compris qu´il fallait investir dans le marketing local et principalement dans le secteur des jus naturels, la demande pour le pur jus bio étant en permanente progression.

Récolte manuelle au Brésil

Récolte manuelle au Brésil.

Un autre facteur important, surtout en période de crise, l´orange est le fruit le moins cher du marché puisqu´au détail un kilo de laranja Pêra coûte en moyenne 50 centimes d´Euros, parfois moins selon la région et le lieu d´achat. Très souvent on achète ces oranges par sac de 100 unités au bord des routes ou auprès de vendeurs qui circulent avec des camionnettes dans les rues.

Le grand succès du jus d´orange au Brésil, que l´on trouve partout dans les casas de sucos (bar à jus de fruits), les lanchonetes (petits snacks populaires au service rapide), ou auprès des vendeurs de rue, vient aussi du fait que l´on utilise pas d´eau pour en faire du jus. C´est donc du 100% orange pressée, de la vitamine C en quantité et l´assurance de ne pas absorber une eau dont on est pas toujours sûr de la propreté.

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