Les délires environnementaux de Bolsonaro

Les délires environnementaux de Bolsonaro
Les délires environnementaux de Bolsonaro

Au pouvoir depuis un peu plus de six mois, le président Jair Bolsonaro est devenu le roi de la polémique. Elles éclatent comme des bombes au rythme d´une par mois et dans tous les domaines, mais ces derniers jours c´est l´environnement qui est atteint. Cette fois il veut transformer une réserve naturelle près de Rio en un pôle touristique sur le modèle de Cancun, mais aussi augmenter le nombre de touristes dans l´archipel Fernando de Noronha…

 

Quelle est la politique environnementale de Bolsonaro ?

Il n´en a pas, ou plutôt il en a une qui consiste à nier les menaces qui pèsent sur l´environnement. Il est dans ce domaine, comme dans bien d´autres, en plein accord avec Donald Trump, son modèle. Pour lui, l´espace naturel c´est de l´argent, c´est du potentiel de développement, il faut donc y investir, que ce soit dans le tourisme ou dans l´exploitation de ses ressources naturelles. Ceci étant, il reste en parfait accord avec ce qu´il est et avec ce qu´il a dit pendant la campagne présidentielle. Bolsonaro est très clair là dessus et le fait savoir, il est tout le contraire d´un écologiste, les écolos sont ses enemis, qu´il qualifie d´ailleurs d´activistes terroristes.

 

Concrètement ça donne quoi ?

Sur les grandes lignes, il projetait de faire sortir le Brésil de l´Accord de Paris sur le climat. Pour le moment ce projet est suspendu puisque les Européens ont lié son maintien à la signature des accords commerciaux entre le Mercosur et l´Europe. Plus inquiétant encore, son ministre de l´environnement Ricardo Salles, projette d´utiliser les ressources du Fundo Amazônia, un fond créé en 2008 pour lutter contre la déforestation de l´Amazonie, et qui reçoit des dons internationaux, les principaux donateurs étant l´Allemagne et la Norvège. Bolsonaro et son ministre veulent que ces fonds soient utilisés pour indemniser les propriétaires terriens qui ont perdu des terres lors de la création de réserves naturelles. Notons au passage que la plupart des terres en question avaient été envahies illégalement par ces agriculteurs avant la délimitation des réserves, d´où leur expulsion. Bien entendu, les donateurs internationaux ont déjà fait savoir qu´ils cesseraient de financer ce fond si ce projet est adopté.

Si certains avaient encore des doutes sur la politique environnementale de Bolsonaro, ils comprendront par de telles intentions de quel côté il penche. Une évidence qui se confirme aussi par les décrets qu´il a signé concernant les institutions environnementales d´Etat (équivalentes à des ministères ou secrétariats), telles que l´IBAMA et l´Instituto Chico Mendes. Leurs pouvoirs et leurs moyens ont été fortement réduits, mais surtout la législation, qu´elles étaient sensées appliquer, a été assouplie à la faveur des contrevenants.

Deux exemples très concrets l´illustrent bien, d´une part la diminution drastique des règles environnementales, cela concerne principalement l´agriculture, plus de flexibilité dans l´utilisation de pesticides, du déboisement, de l´occupation des réserves indiennes, ou encore la construction et l´implantation d´infrastructures publiques ou privées. Ainsi, on est désormais moins exigeant pour la construction de barrages, installations portuaires, routières ou ferroviaires, ce ne sont là que des exemples.

Enfin, une autre mesure est la révision ou l´annulation, des amendes et pénalités pour crimes environnmentaux. Bolsonaro a d´ailleurs surnommé l´IBAMA (chargé des contraventions)  « d´industrie de l´amende ». Dans la foulée, une autre mesure en cours est la suppression du CONAMA, le conseil de l´environnement composé d´équipes gouvernementales (fédération et Etats), municipales, de représentants d´entreprises et d´une participation de la société civile, à travers les ONG ou les représentants indigènes.

 

Et le projet Cancun ?

C´est l´une des bombes environnementales lancées par Bolsonaro ces dernières semaines. L´idée, est de transformer une réserve naturelle, située dans l´Etat de Rio de Janeiro, en un nouveau Cancun. Selon le président un « Cancun du Brésil, encore mieux que celui du nord » (entendons du Mexique) qui générerait des millions de dollars. On l´aura compris, en matière de développement touristique Cancun est comme Donald Trump, un modèle pour Jair Bolsonaro.

Vue aérienne de Cancun (Mexique).

Vue aérienne de Cancun (Mexique).

La réserve en question, connue comme Estação Ecológica dos Tamoios (photo en haut de page), se trouve à Angra dos Reis, à 170 km de Rio de Janeiro, une aire de 94 km² composée de 29 îles dans la baie de Ilha Grande. Constituée en réserve depuis 1990, un centre de recherches scientifiques y est installé afin d´évaluer l´impacte du complexe nucléaire de Angra, situé à quelques encablures, sur l´environnement et y protéger les espèces vivant dans son périmètre.

Selon le président Bolsonaro « on ne protège rien du tout dans cette zone, car il n´y a rien ». Il ajoute y être allé et n´en garder que le souvenir d´une amende (voir plus bas)… Pour crime environnemental !

En réalité, Bolsonaro connait très bien la zone puisqu´il y possède une résidence secondaire. Il est vrai que tous ceux qui connaissent la région sont d´accord pour dire qu´il s´agit d´une des plus belles côtes du Brésil, avec de véritables petits paradis, comme Ilha Grande ou encore la ville de Parati, à seulement 96 km de Angra dos Reis.

On appelle cette région la Costa Verde, d´un côté l´océan avec des centaines d´îles et de criques, de l´autre la forêt tropicale, la Mata Atlântica, qui recouvre les îles, les mornes et le versant de la chaine montagneuse qui s´étend jusqu´à l´Etat de São Paulo.

Bien qu´il n´y ait « rien dans la zone » (selon le président), la réserve dos Tamoios, essentiellement marine, protège 200 espèces de poissons. Le seul obstacle à la réalisation de ce projet, ce sont les statuts de la réserve, a priori, au Brésil on ne revient pas sur les statuts d´une réserve. Mais le président a déjà répondu à tous ceux qui l´interpelaient là-dessus, que « cette affaire peut se régler d´un seul coup de crayon ». Autrement dit, par la signature d´un décret présidentiel.

La baie de Ilha Grande.

 

Et cette contravention pour crime environnemental ?

Elle a peut-être quelque chose à voir avec le caractère rancunier du président, et par extension la suppression des amendes pour crimes environnementaux qu´il a récemment décrété, comme expliqué plus haut. Il suffit alors de l´imaginer cherchant à se venger d´avoit été interpellé comme un vulgaire malfrat par la police environnementale, lui qui était alors député fédéral. A l´époque, en 2012, on l´avait sanctionné par une amende de 10.000 Reais (2.500 Euros) pour l´infraction commise, il pêchait dans une zone strictement interdite.  En « bon » citoyen et en politicien averti, il ne s´est jamais acquitté de l´amende, elle a d´ailleurs été annulée en décembre dernier (donc après son élection). Par la même occasion l´agent qui l´avait verbalisé a été écarté de la corporation. Un hasard bien sûr.

 

Et l´archipel Fernando de Noronha ?

C´est l´autre grande polémique environnementale du moment, elle concerne le parc national de l´archipel Fernando de Noronha, situé en plein océan Atlantique, à 400 km du continent. Gros morceau cette fois, avec ses 21 îles et son ecosystème unique, l´archipel est classé au Patrimoine Mondial par l´UNESCO. Le président veut y supprimer les taxes d´accès, qui, soit dit en passant, financent plus de 70% de l´entretien du parc. Selon Bolsonaro, c´est à cause de telles taxes qu´il y a si peu de touristes au Brésil, et à Fernando de Noronha en particulier. Cette argumentation ne tient bien évidemment pas la route, le montant des taxes n´est pas un obstacle au tourisme (à Fernando de Noronha elles sont actuellement à 42 Euros pour les nationaux et 68 Euros pour les étrangers). Sur place c´est la mobilisation générale des défenseurs du parc, mais aussi des professionnels du tourisme, car l´archipel est limité en capacité d´accueil, elle est d´ailleurs dépassée, ce qui cause de nombreux problèmes, notamment dans l´approvisionnement en eau douce et en électricité (des puits artésiens et une centrale thermique fournissent l´essentiel de ses besoins).

L´année dernière l´archipel a reçu 100 000 visiteurs, alors que la capacité maximale est évaluée 89 000. Comment le président compte s´y prendre pour régler ces problèmes reste un mystère, mais sans doute que des investisseurs ont déjà des solutions. Quel modèle, Cancun, ou les Galapagos ?

En tout cas, cette mesure de suppression des taxes d´accès ne cadre pas avec sa logique de privatisation, puisque le secteur privé implante justement des taxes, ou les augmente quand elles existent déjà.

Bolsonaro en 2012 lors de son interpellation dans la réserve dos Tamoios

Bolsonaro en 2012 lors de son interpellation dans la réserve dos Tamoios.

 

Pas assez de touristes au Brésil ?

Le président l´a déclaré « il n´y a quasiment pas de tourisme au Brésil », il voulait bien sûr dire « pas assez », car six millions de touristes par an (dont la moitié sont des Argentins qui passent la frontière) c´est effectivement peu pour un pays aux dimensions continentales. Mais est-ce en privatisant les parcs et réserves et en construisant des resorts et des mégas infrastructures qu´on va changer cela ? La réalité c´est que le pays ne s´est jamais intéressé au tourisme, ça représente trop peu dans sa balance commerciale, il ne s´est jamais doté d´un office du tourisme efficace, qui aurait pu faire un vrai marketing au niveau international, sans parler de tous les problèmes, parfois très simples, qui ne sont jamais réglés, je pense notamment à la sécurité, à l´entretien et à la restauration de centres historiques, le plus souvent en état d´abandon, que seule l´initiative privée s´efforce de maintenir à flot. Par ailleurs, aucune destination touristique ne se développe sans un bon réseau aérien, hors le Brésil fait figure de parent pauvre sur le continent en raison des tarifs et des limitations de vols. C´est là qu´il faut s´attaquer aux taxes, comme sur le kérosène, qui est le plus cher du monde, puis au coût du travail et aux lourdeurs administratives, aux monopoles et à la main mise des politiques sur tous les secteurs d´activités importants. Ce n´est certainement pas en détruisant ce qui reste de nature préservée qu´on va augmenter le tourisme.

 

D´autres projets de ce type en cours ?

Plusieurs parcs nationaux et réserves sont sur sa liste des privatisations, et pas des moindres, comme par exemple celui des Lençóis Maranhenses ; tous devraient passer sous gestion privée dans les prochains mois. C´est déjà le cas de deux parcs nationaux dans le sud du pays, en avril dernier Bolsonaro a signé leur transfert au secteur privé, tous les deux sont situés dans l´Etat du Rio Grande do Sul, le parc de la Serra Geral et celui de Aparados da Serra.

 

 

Pour l´environnement, les accords commerciaux Mercosur-Europe peuvent aider  ?

Au niveau de l´environnement c´est non. Même si les défenseurs de cet accord expliquent que c´est un moyen de faire pression sur le gouvernement brésilien, on voit mal comment l´Europe pourrait intervenir. C´est un accord d´éclopés, d´une part une Europe qui se débat dans ses problèmes et ses contradictions, et de l´autre un Mercosur dont les deux principaux acteurs sont plongés dans une crise économique qui s´éternise, l´Argentine est en faillite, le Brésil ne décolle pas, quant à l´Uruguay et au Paraguay ils sont économiquement insignifiants ; reste à savoir si deux éclopés qui se donnent la main avancent mieux, ce n´est pas sûr. D´ailleurs, il y a bien longtemps qu´on ne parlait plus du Mercosur par ici, c´est cet accord avec l´Europe qui vient de le ranimer. En cas de dérapages du Brésil sur l´environnement (en supposant qu´ils soient identifiés), l´Europe se limitera à quelques blocages, quelques réprimandes, mais ça restera marginal. Les grands problèmes de fond ne feront que s´accentuer car si les accords fonctionnent à plein, le Brésil développera son agriculture, son secteur minier et industriel, et cela au détriment de l´environnement, d´autant qu´il est doté d´un gouvernement qui le pousse dans ce sens.

Que ce soit clair, pour agir efficacement pour l´environnement il faut produire localement, hors ce genre d´accord fait exactement le contraire. Bolsonaro s´en frotte les mains et ses compères de l´agrobusiness aussi, eux seuls en seront les bénéficiaires, pas l´environnement.

L´archipel Fernando de Noronha

L´archipel Fernando de Noronha.

1 Comment

  • Amine & Aude dit :

    Merci pour cet article, je ne me prononce jamais en publique sur des questions politique, Je ne dis pas non plus qu’avant c’était beaucoup mieux qu’aujourdhui, mais trop c’est trop Bolsonaro est a l’environnement ce que Bush est a l’Iraque. un Criminel j’ai l’impression qu il est toujours en roue libre qu’il n’as pas de conseillés ni committee advisor. sur le tourisme il est d’un amateurisme fou fou fou, annuler le visa pour les US. et les autres en pensant que cela vas augmenter le nombre de touriste est tout simplement absurde. Le problème au brésil c’est qu’il ya ni droite ni gauche une fois qu’il arrive au pouvoir ils servent les intérêt de ceux qui les ont elus. pas nous le peuple mais les grand lobby qui tienne ce pays. Ni un president de  »gauche  » ni un de  »droite » ne pourra changer les choses. car le problème est beaucoup plus profond que ca c est un problem institutionnel.

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