Avianca Brasil, le naufrage

Avianca Brasil, le naufrage

Ceux qui auraient planifié un voyage au Brésil dans les semaines qui viennent avec des vols intérieurs prévus avec la compagnie Avianca, ont certainement quelques soucis à se faire. La compagnie est en faillite, tous ses avions sont cloués au sol.

Avec 13% du marché brésilien, Avianca Brasil  était la quatrième compagnie aérienne du pays en volume, opérant 241 vols quotidiens, avec 40 appareils et 5.300 employés. Son histoire a commencé en 1998, elle était alors OceanAir et ne réalisait que des vols en système de taxi aérien pour des grosses sociétés, principalement du secteur pétrolier. C´est en 2002, qu´elle a commencé dans le secteur public à travers un partenariat avec la compagnie Azul, qui détient quant à elle 20% du marché au Brésil. Puis en 2004, l´homme d´affaire bolivien Germán Efromovitch (il a aussi aussi la nationalité brésilienne, polonaise et colombienne), rachète la compagnie colombienne Avianca, alors au bord de la faillite. En 2010 OceanAir devient Avianca Brasil, une compagnie brésilienne totalement indépendante de la colombienne. En moins de 10 ans la compagnie avait rejoint les quatre grandes du Brésil (LATAM, GOL et AZUL).

Atterrissage forcé

Les gros ennuis financiers commencent pour la compagnie en 2018, quand ses pertes au second trimestre atteignent les 36 millions de dollars. En décembre de cette même année, sa dette s´élève à 122 millions de dollars. La compagnie ne paye plus le leasing des avions, les loueurs en demandent alors la saisie par la justice brésilienne, c´est le début d´une série de tractations et d´annulations de vols, avec une proposition de reprise partielle par Azul, que la justice brésilienne rejette. Au fil des semaines le nombre d´appareils cloués au sol augmente, au total plus de 2.000 vols sont annulés, les rotations se réduisent comme peau de chagrin, des centaines d´employés sont licenciés, puis, le 15 mai dernier, c´est le coup de grâce, la IATA suspend toute émission de billets de la Avianca Brasil. Quelques jours après l´ANAC (agence nationale de l´aviation civile) suspend toutes les opérations de la compagnie.

Aujourd´hui, la polémique enfle autour de cet « atterrissage forcé » de Avianca Brasil alors que Azul mettait sur la table 105 millions de dollars pour en reprendre la majeure partie en garantissant la continuation de tous les vols. Reprise de 30 Airbus (sur 40 appareils), aucune annulation de vols et maintien des tarifs en vigueur, de quoi satisfaire des passagers, qui depuis des mois subissaient directement les déboires de la compagnies. Il semblerait, que l´idée de voir Azul doubler de taille par cette opération n´était pas du goût des deux géantes de l´aviation au Brésil, qui sont LATAM et GOL. Quant à l´ANAC, beaucoup se demande à quoi peut bien servir cette agence régulatrice qui reste passive devant le fracas des compagnies aériennes du pays, comme ce fut le cas il y a quelques années avec VARIG, mais aussi VASP et TRANSBRASIL, pour ne citer que les plus grandes.

Manifestation d´employés d´AVIANCA Brasil en mai dernier.

Manifestation d´employés d´AVIANCA Brasil en mai dernier.

Des consommateurs pris en otages

Exaspérés par le chaos qui a suivi l´annulation des vols, et pour certains le préjudice financier, les consommateurs et les associations de défense demandent des comptes. Beaucoup se demandent où va s´arrêter cette dégradation du secteur, tant le service est mauvais sur les compagnies aériennes locales, annulation de vols, non assistance au sol, etc, alors que les prix sont parmi les plus élevés du monde. L´ANAC est dans le collimateur des victimes, qui ne voient pas à quoi servent ces centaines de fonctionnaires qui se tournent les pouces dans leur gigantesque et luxueux immeuble du centre de Rio pendant qu´eux attendent des heures, parfois des jours, pour essayer d´embarquer, ou au moins récupérer leur argent. Un profond malaise s´est ainsi emparé du secteur, et la fin d´Avianca Brasil est la goutte d´eau qui fait déborder le vase. Il faut dire que, si les consommateurs méconnaissent les problèmes du secteur aérien, un des plus instables à gérer, ils ne sont pas dupes de la réalité locale ; le Brésil a en effet le km volé parmi les plus chers du monde, avec peu d´options de vols et de compagnies (trois principales désormais) dans un pays de taille continentale. Ils craignent, qu´avec un nombre de compagnie en diminution, alors qu´ils s´attendaient au contraire, le prix des billets ne pourra qu´augmenter et le choix des vols et des horaires se réduire encore plus.

Des guichets AVIANCA vides dans les aéroports brésiliens.

Des guichets AVIANCA vides dans les aéroports brésiliens.

Rien de nouveau dans l´air

En 2018, le gouvernement brésilien autorisait la commercialisation de vols low cost au départ du Brésil (voir article sur ce blog du 22/10/2018) ; faisant suite à cette décision, le Congrès a récemment voté l´ouverture du secteur aérien brésilien aux compagnies étrangères, sans obligation de participation d´un acteur brésilien dans l´opération. C´est ainsi que Norwergian Airlines a commencé en mars dernier avec une ligne entre Rio de Janeiro et Londres à des prix défiant toute concurrence, suivant la période autour de 500 dollars l´aller-retour, ce qui est 2 à 3 fois moins qu´un billet normal depuis le Brésil.

Tout cela est positif, mais l´essentiel du problème au Brésil vient des vols domestiques. Comme mentionné plus haut, le réseau n´est pas suffisament développé, et surtout, les prix sont exhorbitants, d´autant plus que l´avion est bien souvent le seul moyen de se déplacer dans le pays en raison des distances. Un aller-retour Rio-Londres comme le propose la Cie low cost Norwergian Airlines est le prix d´un vol interne entre São Paulo et Recife, par exemple. Avec la fin de Avianca, les prix ont encore augmenté, par effet logique d´une demande plus forte que l´offre. Autrement dit, il y a moins de possibilités sur les vols internes et moins de concurrence, rien de bon pour les consommateurs, alors que le secteur national représente plus de 90% du marché de l´aérien au Brésil (98 millions de passagers en 2017).

Avianca, appareils cloués au sol.

Avianca, appareils cloués au sol.

Un secteur fragile

La fragilité et l´instabilité économique du secteur aérien n´est pas propre au Brésil, on ne compte plus le nombre de compagnies qui ont fait faillite dans le monde, et pas des moindres, ni même celles qui sont passées par des difficultés financières et redressements judiciaires. Rien qu´en 2018, ce sont 22 compagnies aériennes qui ont fait faillite dans le monde. Rien de surprenant donc qu´au Brésil elles connaissent le même sort, d´autant que le pays est réputé pour ses coûts opérationnels élevés et ses lourdeurs administratives. Selon l´association des Cies brésiliennes, en 2018 le carburant à lui seul représentait plus de 40% des coûts des compagnies, suivi des coûts de leasing et de maintenance des avions, et de la masse salariale. Comme ces coûts sont en augmentation permanente, les compagnies ne parviennent pas à les repasser sur les prix des billets sans provoquer une chute des ventes. Dans cette optique, elles ont obtenu récemment la levée des blocages sur le transport des bagages, la réservation de sièges, et autres produits qui ne sont plus inclus lors de l´achat d´un billet. Jusqu´ici, cela n´a guère permis d´enrayer les difficultés mais au contraire a entrainé un mécontement général de la part des usagers. Le secteur, a ainsi une très mauvaise image, alors qu´il y a encore quelques années, il était considéré comme un secteur d´excellence. Les Brésiliens ont encore beaucoup de soucis à se faire, car dans ce domaine il ne semble exister ni solution miracle, ni compagnie d´exception.

2 Comments

  • eric saillet dit :

    J ai achete en mars un aller retour sao paulo foz da iguassu pour ma famille , notre operateur go voyages ne nous dit rien les vols sont pour le 24 juin…
    C est plus qu inquietant , surtout pour nous français les vols ont ils etaient repris par LAtam ou Gol ?

    • Bruno dit :

      Bonjour Éric,
      Effectivement AVIANCA Brasil doit vous placer sur des vols GOL ou LATAM ou alors vous rembourser vos billets. Normalement cela devrait se faire via le site oú vous les avez acheté, revoyez votre contrat avec eux ou leurs conditions. Faites vite car Foz do Iguaçu est une destination très demandée, surtout en période de vacances. A ce jour AVIANCA continue d’avoir du personnel dans les principaux aéroports do Brésil, juste pour assurer un service minimum d’orientation pour leurs passagers, mais personne ne sait jusqu’à quand. La plupart des passagers parviennent à embarquer sur d’autres vols, alors bonne chance et bon séjour au Brésil.
      Bruno

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