Le guaraná

Le guaraná
Le guaraná

Le Brésil est le seul producteur mondial de guaraná, un petit fruit qui ressemble à des yeux, et contient 3 à 4 fois plus de caféïne que le café. Utilisé par les Indiens d´Amazonie depuis toujours, il est largement consommé au Brésil, ses grains moulus sont exportés comme produit naturel..

Un produit miracle

On lui attribue de nombreuses vertus, stimulant, antioxydant, aphrodisiaque, amaigrissant, anti-vieillissant, anti-inflammatoire, sont les classiques qui ont fait sa réputation. Mais de récentes études, menées par l´université de São Paulo, indiquent que ses bienfaits sur la santé seraient plus étendus qu´on ne le pensait. Ainsi, le guaraná contiendrait bien plus de catéchines (puissants antioxydants) que le thé vert, jusqu´ici considéré comme le produit champion dans ce domaine et connu pour ses propriétés cardioprotectrices et sa participation dans la réduction du diabète de type 2. Selon cette étude, grâce à sa teneur en catéchines, le guaraná aurait des effets positifs dans la réduction du stress oxydant, un des principaux responsables des maladies neurodégénératives et cardiovasculaires, mais aussi du cancer, du diabète, de l´athérosclérose et du vieillissement précoce.

Par ailleurs, les scientifiques essaient d´établir un lien entre sa consommation dans la ville amazonienne de Maués, qui est la capitale du guaraná et où la boisson est quotidienne, et l´exceptionnelle longévité de ses habitants. En effet, l´espérance de vie au Brésil est actuellement de 76 ans (moyenne nationale), elle n´est que de 72 ans en Amazonie, mais à Maués, elle est de 79 ans, rejoignant ainsi l´espérance de vie de l´Etat de Santa Catarina, dans le sud du Brésil, la meilleure du pays. Une autre donnée indique l´exception de Mauès, la municipalité possède le double d´octogénaires que la moyenne des communes du pays (0,5% de la population nationale), 1% de ses habitants a plus de 80 ans.

 

Commercialisation et dosage

On trouve le guaraná le plus souvent en poudre, il doit alors être dilué dans un verre d´eau ou un jus de fruit, ou autre boisson, ou encore dans un yaourt. La dose recommandée est une cuillère à café par jour, si on a pas de problème avec la caféïne on peut aller jusqu´à trois cuillères en prises espacées. On doit évité de le prendre dans les heures qui précèdent le moment où l´on va dormir car la caféïne peut provoquer des troubles du sommeil. Le guaraná est également disponible en gélules, et au brésil on le trouve en grains ou en bâton à râper, dans des syrops et des boissons tonifiantes, et bien sûr des sodas, qui n´ont, quant à eux, rien de naturel.

Au Brésil, on trouve le guaraná dans beaucoup de ces sodas, avec des grandes marques, même Coca Cola s´y est mis, dont le plus connu est le Guaraná Antártica (il existe depuis 1921), qui était jadis commercialisé comme « Champagne sans alcool », tant il pétille et en a la couleur. On vient aussi de lancer le Fanta guaraná, enfin, il existe des versions diet de ces marques. En plus des grands classiques, on compte de nombreuses marques régionales, comme par exemple le Guaraná Jésus (il existe depuis 1927 et appartient aujourd´hui à Coca Cola), qui est vendu dans le Maranhão et a la particularité d´être rose, comme le petit Jésus. En Amazonie, région d´origine du guaraná, plusieurs marques artisanales sont vendues et c´est un des rares endroits où il est possible de boire un guaraná naturel, c´est à dire un jus fait à partir de pulpe de fruits et de la poudre de guaraná. Des petits kiosques en proposent à Manaus et autres grandes villes de la région.

La récolte du guaraná

La récolte du guaraná.

 

La plante et le processus d´utilisation

Le guaraná (Paullinia cupana) est une liane qui à l´état sauvage se développe en grimpant sur les arbres et peut ainsi atteindre plusieurs mètres de hauteur. Afin de faciliter la récolte des fruits, qui se présentent en grappe, les producteurs taillent la plante qui reste à l´état de buisson. Ce format « domestique », ainsi que la couleur des fruits et l´aspect des feuilles, rappellent le caféïer, mais ces deux plantes ne sont en rien apparentées.

A l´état sauvage on trouve le guaraná uniquement en région amazonienne, qui en est l´un des principaux producteurs avec l´Etat de Bahia. Chaque année, le Brésil produit autour de 3.500 tonnes de poudre de guaraná, dont 90% sont destinées à la fabrication des boissons. Environ 800 tonnes de poudre sont exportées. La récolte se fait d´octobre à janvier. Pour se développer la plante a besoin d´une température moyenne de 26° et de 85% d´humidité, avec une pluviométrie annuelle de 2.000 mm. Elle se contente de sols pauvres, comme c´est généralement le cas en Amazonie, mais bien drainés.

Il y a trois parties dans le fruit du guaraná, la pulpe rouge et blanche, qui ressemble à un oeil, la partie noire étant le grain. Ce même grain contient un noyau, c´est lui qui est utilisé pour la consommation. Comme pour le café, une fois récoltés les grains sont séparés de la pulpe, puis lavés, séchés et torréfiés pendant plusieurs heures. Les grains, qui ressemblent alors à des petites châtaignes, sont ensuite concassés afin de faciliter l´extraction du noyau. Ces noyaux sont pilés et réduits en poudre, c´est elle qui est utilisée directement, sans aucune addition d´autre produit. Avec cette poudre on obtient deux autres produits, le bâton et l´extrait sous forme liquide. Le bâton a l´aspect d´un cigare, ou d´une saucisse sèche, il est obtenu à partir de la poudre qui est alors humidifiée afin d´en faire une pâte qui sera modelée pour former le bâton. Il est ensuite fumé, afin de sècher et être vendu sous cette forme. On l´utilise alors en le râpant, tout simplement pour obtenir la poudre.

L´extrait quant à lui est obtenu à partir de la poudre, il est additionné à du sucre et mis en flacon, il sert à l´industrie pharmaceutique, par exemple pour la fabrique de syrops, mais surtout pour les grandes industries de boissons gazeuses. Dans ce cas, elles s´approvisionnent en sacs de grains séchés, comme le café, et font elles-mêmes le procesus de transformation en poudre puis en extrait.

Le lavage des fruits et séparation des grains, et la torréfaction

Le lavage des fruits et séparation des grains, et la torréfaction.

 

Les fils du guaraná

Les Sateré-Mawé (ou Maués) sont les Indiens d´Amazonie qui ont été les premiers à découvrir le guaraná, qu´ils utilisent depuis des siècles et en connaissent tous les secrets, à tel point qu´on les appelle aussi les « fils du guaraná ». Ce peuple vit dans l´est de l´actuel Etat de Amazonas et le long de la frontière avec l´Etat du Pará. Cette ethnie compte aujourd´hui autour de 9.000 membres. C´est auprès d´eux, qu´en 1669 les premiers européens à explorer la région ont découvert à leur tour le guaraná.

Bâton de guaraná au râpage

Bâton de guaraná au râpage.

Dans la langue sateré-mawé (apparentée au tupi) ce petit fruit s´appelle waranã et le processus de production est le même depuis toujours. Les explorateurs du 17e siècle rapportent que ces Indiens « râpaient les grains après les avoir séché pour les réduire en poudre ». Puis ils ajoutent : « une poudre qui a pour eux la même valeur que l´or pour les blancs, qu´ils mélangent à de l´eau et boivent pour obtenir une grande résistance pour partir à la chasse et passer le jour et la nuit sans ressentir la faim, et qu´en plus de faire uriner, la boisson fait disparaitre la fièvre, les maux de tête et les crampes ».

Plus tard, en 1819, c´est le naturaliste Carl Von Martius qui sera le premier á étudier le guaraná. A l´époque il remarque que les Sateré-Mawé entretenaient un important commerce de guaraná avec d´autres tribus, parfois très éloignées jusque dans le Mato Grosso et en Bolivie. Ce commerce ne s´est jamais interrompu, bien au contraire, les Sateré-Mawé comptent parmi les premies producteurs de la région et sont surtout connus pour la qualité de leur guaraná. Depuis 1995, ils se sont organisés en coopérative et possèdent leur propre ligne de produits, considérés comme la plus naturelle, c´est aussi la plus exportée. Le territoire sateré-mawé est un terroir où l´excellence de la qualité est reconnue sous les appelations Guaraná das terras, Guaraná do Marau, et Guaraná das terras altas.

Le guaraná et les yeux de l´enfant

Le guaraná et les yeux de l´enfant.

Dans le processus traditionnel d´exploitation du guaraná des Sateré-Mawé, les femmes ont un rôle qui se limite à l´épluchage des grains pour en extraire les noyaux des grains crus ou torréfiés. Les fillettes peuvent participer aux activités, mais seulement jusqu´aux premières règles, ensuite elles doivent se limiter à l´épluchage comme les femmes adultes. En revanche, les femmes interviennent dans la plus délicate des opérations, qui est le lavage des bâtons (appelés aussi pains) de guaraná. Cette restriction proviendrait du mythe d´une femme chamane qui avant l´existence de la tribu aurait laver le cadavre de son fils avec des plantes magiques et sa propre salive. Le fils revient alors à la vie pour devenir le premier Sateré-Mawé, en même temps que naît la première plante de guaraná.

Parmi les autres tribus, la version la plus connue veut qu´un couple qui n´arrivait pas à procréer, demanda l´aide de Tupã, le dieu des Indiens, afin qu´il leur donne un fils. Un jeune Indien naîtra quelques temps après, aimé de tous car considéré comme le fils de dieu. Mais il est retrouvé mort dans la forêt, mordu par une créature des ténèbres qui jalousait Tupã et voulait lui nuire, s´était transformée en serpent pour tuer le jeune Indien. Tupã demanda alors aux parents désespérés d´enterrer les yeux de l´enfant. C´est à cet endroit que naquit une plante dont les fruits transformèrent complètement la vie de la tribu. Le guaraná lui apportera la prospérité, la santé et le bonheur, ils sont les yeux du jeune Indien qui veille sur son peuple.

Quand on boit un guaraná aujourd´hui, on est loin d´imaginer tout ce qui s´est tramé autour de lui…

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