Serro, la tradition haute en couleur

Serro, la tradition haute en couleur

Serro, au coeur du Minas Gerais, est sans doute la ville historique la moins connue du Brésil, elle est pourtant la première du Minas Gerais à avoir été classée au Patrimoine National Historique (en 1938). C´est aussi celle où se déroule chaque année la procession du Rosaire la plus traditionnelle et colorée du pays.

 

Serro, splendeur et décadence

C´est au début du 18e siècle, en plein cycle de l´or dans le Minas Gerais, que le site est découvert par des Bandeirantes, ces aventuriers, mercenaires et pionniers au service de la couronne portugaise, qui organisaient des expéditions vers l´intérieur des terres à l´époque coloniale. On mentionne ce site comme Serro Frio, ou Serro do Frio (montagne du froid), car en raison de son altitude (entre 835 m et 2002 m) et du vent froid qui y souffle, les températures oscillent entre 27 degrés en été et 12 en hiver (les mois les plus froids sont mai et juin), avec des sensations thermiques autour de 5 degrés. Riche en or, le froid n´a pas empêché le site d´être intensément exploité, en 1714 un premier village y est fondé. Dès 1715 la découverte de diamants sur des sites environnants bouleverse le rythme de développement du site. Le pouvoir colonial essaie d´en contrôler l´exploitation, il y installe une fonderie aurifère qui reçoit bientôt tout l´or de la région. L´afflux d´aventuriers et de contrebandiers est inévitable, mais aussi d´investisseurs et de professionnels de toute sorte. Il faut construire, il faut divertir, le village devient un important centre économique et culturel qui rayonne sur toute la région. Ce cycle des richesses va durer un siècle, au début du 19e la raréfaction de l´or et des diamants plonge Serro Frio dans le marasme, la population s´en va, les habitants qui restent essaient d´y survivre par l´agriculture, mais la géographie du lieu n´y est guère propice. Pourtant, plus de 700 maisons y subsistent, ainsi que des églises, le village compte environ 3.000 habitants en 1838, date à laquelle il devient municipalité à part entière. Dès cette époque Serro est connu pour ses fêtes religieuses, dont celle du Rosario (Rosaire) une tradition qui a résisté au temps et est aujourd´hui l´une des plus authentique du pays.

Centre de Serro

Centre de Serro

Ayant perdu tout attrait économique, Serro reste en marge de la modernisation du pays au 19e siècle, principalement après la proclamation de la république en 1889. La route et le chemin de fer l´oublient dans leur tracée, favorisant les grands axes qui vont reliés la toute nouvelle capitale du Minas Gerais, Belo Horizonte, ville entièrement planifiée et inaugurée en 1897. A 92 km au nord, c´est une autre ville de style coloniale qui lui raffle le devant de la scène, Diamantina, qui jusqu´au 19e siècle a abrité le plus grand gisement de diamants au monde, d´où son nom. Aujourd´hui, Diamantina possède plus du double d´habitants que Serro, elle est devenue une ville universitaire oú le tourisme est une source essentielle de revenus. Mais, l´isolement de Serro lui a aussi permis de préserver son authenticité, ici rien n´est fait pour les touristes, ses fêtes et traditions se déroulent par, avec, et pour ses habitants.

La fête du Rosário

L´hommage au Rosaire est sans doute l´une des plus anciennes cérémonies religieuses du Brésil. Elle puise ses racines au plus profond de l´ère coloniale en brassant, à l´image du pays, les différentes influences, portugaises, africaines et indiennes. A Serro, cette procession rassemble toute la population, de la plus pauvre à la plus riche, avec la totale participation des autorités locales, de l´église, des commerçants, et des secteurs associatifs et éducatifs.

Les hommages débutent neuf jours avant le premier dimanche du mois de juillet, une période de messes et prières que l´on appelle Novena et qui culmine en apothéose avec un défilé où circulent de nombreux groupes et personnages dans les rues de la ville. C´est sans nul doute la procession la plus animée et colorée du pays, chacun y rivalise de créativité pour illustrer au mieux le thème, mais aussi la foi qui l´habite, le plus souvent avec peu de moyens. Un des autres aspects des plus intéressants dans cette fête, est le mélange des thèmes et traditions, qui s´unissent en un seul hommage. C´est ainsi qu´on retrouve les Portugais, dans les groupes appelés Marujos (matelots) qui simulent la bataille navale de Lépante (Grèce), où en 1571 la flotte chrétienne remporte la victoire sur les musulmans (Ottomans) malgré l´infériorité de sa force. Ce n´est là qu´un élément du rôle des Marujos dans la fête, car ils doivent aussi illustrer le légende de l´apparition de la Vierge du Rosaire, sur les eaux de la mer.

A la Vierge apparût sur l´océan, ils auraient demandé qu´elle se rendît sur la terre ferme, mais elle n´écouta pas leur demande. Une fois sur terre (arrivés au Brésil), ils racontèrent cette histoire aux Indiens, qui, demandèrent la même chose, mais à leur tour ne furent pas entendus. Ces Indiens sont les Caboclos de la fête.  Ce n´est que quand les esclaves africains prirent le relais en invoquant la Vierge avec leurs percussions, que celle-ci apparût enfin sur la terre ferme. Ces esclaves sont représentés dans la cérémonie par les groupes appelés Catopés. Cette légende est à l´origine, au Brésil, de Nossa Senhora do Rosário dos Pretos (Notre-Dame du Rosaire des Noirs), devenue protectrice des Africains amenés comme esclaves.

Groupe des Marujos

Groupe des Marujos – ©Andres Jolly

Le déroulement de la fête

Après la période de Novena, les festivités débutent très tôt le samedi matin (premier samedi de juillet) avec une formation musicale composée de trois flûtistes et deux percussionistes qui passent dans les rues et sonnent le rassemblement de maison en maison. Les deux percussions sont appelées caixa de assovio (boite à sifflet), elles sont recouvertes de cuir. L´orchestre termine son parcours devant l´église du Rosário, où il demande la permission d´entrer en tambourinant à ses portes. Une fois les portes ouvertes, les fidèles y pénètrent pour prier. Ensuite, tout le monde resdescend vers la ville et invite les participants à manger et à boire dans les maisons, où des mets ont été préparés pour l´occasion. Après cela, les musiciens et les fidèles se rendent chez le mordomo, qui est le gardien de la bannière de Nodre-Dame du Rosaire, afin qu´il la remette à la foule. Elle sera hissée en fin de journée sous des feux d´artifice.

Le dimanche commence par une messe où sont couronnés le roi et la reine du Rosaire de l´année, qui sont aussi pour l´occasion le roi et la reine congo, une tradition appelée Congada et que l´on retrouve dans différentes fêtes au Brésil. Il s´agit d´une allégorie du couronnement des monarques du royaume du Congo, qui a incorporé des éléments portugais, mais conservent son essence africaine. Ici, ces groupes qui accompagnent les monarques s´appelent congados, ils sont composés d´ambassadeurs et forment une cour qui va réaliser la scène de la Barca (le bateau), sensée représenter l´asservissement des Africains (la traite négrière). Les congados intègrent le groupe des catopés.

Le cortège des monarques du Congo

Le cortège des monarques du Congo

Tout au long du dimanche les différents groupes défilent dans la ville selon un ordre hiérarchique bien défini. Les premiers sont les Marujos, donc les Portugais, ils sont suivis des Cabolclos, qui sont les Indiens, et ce sont les Catopés, donc les Africains, qui défilent les derniers car considérés comme supérieurs aux autres en raison de leur relation privilégiée avec Notre-Dame du Rosaire. Ce sont eux qui accompagnent le roi et la reine, mais aussi la cour et les juges qui les ont élu parmi d´autres couples royaux en compétition. Chacun de ces trois groupes possède son propre rythme musical et ses instruments, les Catopés étant accompagnés de flûtes dont le son représente les lamentations des esclaves. Les festivités se terminent le lundi.

Les Caboclos

Les Caboclos. – ©Andres Jolly

Côté pratique

Serro se trouve à 158 km de Belo Horizonte en ligne droite. Malheureusement il faut compter quasiment le double de distance (331 km) quand on s´y rend par les lignes régulières d´autocars qui desservent la ville depuis Belo Horizonte. Le trajet dure six heures, et même en louant une voiture pour emprunter les routes secondaires, on mettra autant de temps en raison du mauvais état des routes et des innombrables virages. Le plus simple et le plus sûr est donc d´emprunter les lignes d´autocars qui partent de la gare routière de Belo Horizonte. Deux compagnies font ce parcours, Viação Serro et Saritur. On peut aussi choisir de séjourner à Diamantina, qui offre une meilleure infrastructure hôtelière et touristique et passer la journée à Serro qui est n´est qu´à 92 km (64 km par les routes secondaires). Mais, l´intérêt majeur de Serro étant la fête du Rosaire, on a tout intérêt à y séjourner au moins deux jours, le premier week-end du mois de juillet, pour participer à la fête. Attention cependant, il y a peu d´hébergements sur place, 4 ou 5 pousadas (confort basique) tout au plus, il faut donc s´y prendre à l´avance pour les réservations. Si on a pas la chance de s´y trouver à cette époque, Serro organise d´autres festivités, comme l´anniversaire de la ville le 29 janvier, la fête du cheval (exposition et rodéos) la première semaine de mai, le carnaval bien sûr (date fluctuante), la fête du Divin qui se déroule 50 jours après Pâques, la fête de N-D de la Conception, le 8 décembre, ou encore la fête du fromage, produit et symbole de la ville qui se déroule la première semaine de septembre (Serro et ses alentours sont connus pour la qualité de leur fromage).

Pour les amateurs de nature et de randonnées, la région est très appréciée pour ses paysages, ses cascades et ses pics montagneux. Les villages de Milho Verde et São Gonçalo do Rio das Pedras, le pic de Itambé et le parc naturel de Aguas Vertentes sont les plus recherchés, tout cela se trouve entre 20 et 30 km de Serro. Pour ces activités de nature, il est recommandé de passer par les services de professionnels (clubs ou agences de tourisme).

homme déguisé au brésil

©Andres Jolly

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Une partie des photographies de cet article ont été prises par mon ami Andres Jolly.

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