Une fabrique clandestine de Ferrari et de Lamborghini découverte près de São Paulo

Une fabrique clandestine de Ferrari et de Lamborghini découverte près de São Paulo
Une fabrique clandestine de Ferrari et de Lamborghini découverte près de São Paulo

La falsification et le piratage industriel font partie d´une économie parallèle bien ancrée dans le quotidien des Brésiliens et dont plus personne ne s´étonne. En revanche, ce n´est pas tous les jours qu´on trouve une fabrique de voitures de luxe. C´est pourtant ce qui vient de se produire, dans la banlieue de São Paulo, et cette fois on ne peut pas accuser la Chine, les Ferrari et Lamborghini  qui y étaient produites sont 100% made in Brazil !

 

Une affaire bien rodée

Les voitures produites dans cette fabrique presque artisanale étaient vendues sur le marché local pour 180.000 Reais (environ 45.000 Euros), une somme qui est l´équivalent du prix de la taxe annuelle (vignette) pour une de ces voitures originales. Quand on sait qu´un de ces modèles coûte 5 millions de Reais  (1,2 millions d´Euros) chez un vrai concessionnaire, on comprend que le carnet de commandes de cette fabrique clandestine était bien rempli. Sur place, la police a découvert quatre véhicules en cours de montage, toute la partie interne était fabriquée dans une seconde unité, toujours dans les environs de São Paulo, et c´est une société de design qui en réalisait les plans, en conformité avec les modèles originaux. Les principaux clients, qu´il va falloir maintenant identifier, étaient des petites sociétés d´évênementiels, elles louent ces voitures pour des mariages, des anniversaires, des transferts, etc. Une façon moins risquée d´utiliser les véhicules, car bien sûr les acheteurs étaient conscients de la fraude. Quant aux immatriculations, comme c´est souvent le cas pour les voitures « modifiées » ou contrebandées au Brésil, ce sont en général des plaques de véhicules anciens retirés de la circulation depuis longtemps qui étaient utilisées.

 

Ferrari à l´origine de la plainte

Sans l´intervention des avocats de Ferrari, la police brésilienne ne se serait sans doute jamais doutée de cette fraude, tellement ça semble impossible. Mais la marque Ferrari est déjà confrontée à ce problème, en Asie, où il est difficile d´agir, mais aussi en Espagne, où une fabrique clandestine a récemment été découverte. Au cours de l´opération trois personnes ont été arrêtées, elles risquent une peine de prison ferme pouvant aller jusqu´à un an.

 

N´est-ce pas une peine légère ?

La piraterie au Brésil est un crime, mais elle est punie en fonction du produit falsifié, ce qui veut dire qu´on a certainement pas prévu les voitures de luxe et qu´il faudra donc assimilé cette contrefaçon à une autre, comme les pièces de voitures, les sacs, les vêtements de luxe, etc.

Autrement dit, ce cas ouvre un précédent dans le pays. A ce jour, la piraterie considérée comme la plus grave au niveau pénal est celle des CD et DVD car elle touche directement les droits d´auteur, et on sait qu´au Brésil, pour un CD original, cinq copies illégales sont vendues. Les peines dans ce cas peuvent aller jusqu´à cinq ans de réclusion. Ceci dit, rares sont ceux qui vont en prison, la justice considérant l´aspect social du revendeur (non solvable, sans emploi, chargé de famille, sans domicile fixe, etc). Cette relative tolérance de la justice face au piratage vient du fait qu´elle considère que le premier lésé est l´Etat, puisqu´il ne perçoit aucun impôt sur la recette du piratage, pour que la peine et les poursuites soient plus effectives il faut qu´il y ait plainte, soit d´un consommateur (ce qui est rarissime puisqu´il est conscient de la contrefaçon), soit d´une marque, comme c´est le cas avec Ferrari.

Tous les gouvernements ont échoué dans leur lutte contre cette économie parallèle, qui représentait en 2018 près de 17% du PIB du pays (l´équivalent du PIB de l´Afrique du Sud ou d´Israël). Tous les spécialistes proposent des solutions pour enrayer ce phénomène, cela passe par l´éducation et la formation professionnelle, des secteurs largement défaillants, mais aussi par la production sur place de produits équivalents. Mais la tendance est plutôt à la désindustrialisation, puisqu´aujourd´hui, en raison des contraintes administratives et du coût du travail, il revient moins cher d´importer des produits manufacturés.

En attendant un hypothétique revirement de ce contexte socio-économique, ce qu´on appelle ici l´ economia informal fournit des revenus de base à une population qui ne survivrait pas sans elle, c´est le cas de 11 millions de chômeurs et 24 millions de travailleurs indépendants. Pour mieux comprendre l´ampleur du phénomène, le nombre d´entreprises informal dépasse les dix millions, ce qui est l´équivalent de celui des entreprises légales (enregistrées auprès du registre du commerce). L´Etat a beau présenter régulièrement les chiffres du préjudice porté au pays (deux millions d´emplois perdus, 40 milliards d´impôts non perçus, etc), il reste réaliste, durcir le ton et les mesures sans contreparties (création d´emplois, aides sociales, gratuité de services publics de base, etc), plongerait le pays dans un chaos social incontrôlable.

Produits de la contrebande saisis par les agents du fisc.

Produits de la contrebande saisis par les agents du fisc.

 

Y-a-Il beaucoup de contrefaçon au Brésil ?

Tous produits confondus, le Brésil est le quatrième consommateur au monde de produits pirates, juste derrière les Etats-Unis, L´Inde et la Russie, ce qui inclu les produits musicaux, cinématographiques, télévisuels et éditoriaux. Chaque année, l´équivalent de 2,3 milliards de dollars de ces produits sont vendus dans le pays. Le Brésil est aussi le premier au monde pour la piraterie de download. On estime que 71% des Brésiliens se fournissent régulièrement en produits contrefaits, soit 147 millions de consommateurs.

 

Quels sont les principaux produits ?

Il est difficile de connaitre la part exacte de chaque produit, mais on peut se faire une idée des volumes à travers les saisies. Les produits informatiques et électroniques arrivent en tête (ordinateurs, téléphones portables, pièces et accessoires…). Viennent ensuite les véhicules (voitures, motos, camionettes, camions, machines agricoles…), près de 8% du total des saisies. Les cigarettes sont aussi l´un des produits phare de la contrebande. Une autre gamme de produits concerne les vêtements et accessoires (sacs, chaussures, lunettes de soleil, montres, articles de sport, vêtements de marque, stylos, tissus, briquets…) ; et pour les accompagner, les parfums et cosmétiques. Les jouets occupent une place importante dans la contrefaçon. Bien plus inquiétant sont les médicaments, 19 % du total consommé dans le pays serait contrefait. Le ministère de la santé alerte régulièrement la population sur le danger que représente ces médicaments de la contrebande et déconseille de les acheter sur Internet et dans la rue. Même inquiétude pour les pesticides, herbicides, fungicides, insecticides, et désinfectants qui envahissent le marché depuis quelques années.

Les boissons alcoolisées, surtout les distillées, sont aussi très appreciées. Enfin, un commerce clandestin et doublement illégal, est celui des machines à sous. Non seulement elles sont un produit de la contrebande mais en plus les jeux d´argent sont interdits au Brésil. Les armes et les munitions sont elles aussi le fruit d´une importante contrebande.

Saisie de cigarettes à la frontière paraguayenne.

Saisie de cigarettes à la frontière paraguayenne.

 

D´où viennent tous ces produits et comment rentrent-ils dans le pays ?

Presque tous ces produits sont fabriqués en Chine, près de 70 % du total. D´autres fournisseurs sont la Thaïlande et l´Inde, c´est de cette dernière que proviennent les médicaments. La Turquie quant à elle fournit les cuirs, les vêtements et les cosmétiques. Pour parvenir dans le pays, les produits transitent en général vers Hong Kong, Macao, Singapour, les Emirats Arabes ou encore le Maroc et l´Europe, notamment l´Albanie et l´Ukraine. En Amérique latine, le Panama est la plaque tournante pour écouler ces produits vers l´Amérique du nord, pour le sud du continent c´est le Paraguay, avec lequel le Brésil partage 1.300 km de frontière. C´est donc par cette frontière que l´essentiel de la contrefaçon entre au Brésil.

 

Un combat difficile

Devant l´ampleur du marché parallèle, les moyens mis en oeuvre pour le combatte sont loin d´être à la hauteur. Trois ingrédients principaux facilitent ce marché : la demande, les prix, et l´impunité.  La demande est grandissante dans un pays où l´industrie est en panne (le Brésil est un marché de 210 millions d´habitants), surtout à des prix accessibles à l´ensemble de la population, un produit contrefait y coûte moins de 10% qu´un original. Le prix est un facteur décisif pour les Brésiliens, qui connaissent bien les marques, dans ce pays hyper médiatisé et où la publicité directe et indirecte est partout. La population veut des marques, les légitimes lui étant inaccessibles, elle se contente des contrefaçons. Par ailleurs, l´arsenal juridique, fiscal et policier, est largement dépassé par ce que tous considèrent comme un problème social. Comme évoqué plus haut, la majeure partie de la population brésilienne est pauvre, l´économie parallèle représente ainsi un secteur d´activités qui la maintient à flot.

Un autre aspect est celui des contrôles, s´il n´est pas simple de controler les milliers de km de frontières terrestres du pays, il l´est moins encore de le faire auprès des commerçants irréguliers, que l´on appelle ici des camelots. Toutes les villes du pays possèdent ce type de commerce, qui le plus souvent envahit les rues avec des petits stands ou étalages facilement transportables. Mais la contrebande a aussi pignon sur rue, elle est vendue dans des magasins, en général dans les quartiers populaires (souvent les centres villes), ou encore dans les favelas où les contrôles sont inexistants. Un autre phénomène, récent celui-là, est le commerce online. Il ne cesse de croître dans le pays et une bonne partie des produits proposés proviennent de la contrebande, tous les produits sont concernés, y compris les médicaments. Le commerce online permet une vente directe entre soit-disant particuliers ou revendeurs qu´il est souvent impossible de localiser physiquement. Il permet aussi la contrebande directe en provenance de pays tiers.

C´est un constat, au Brésil la contrebande est une activité d´avenir.

Médicaments provenants de la contrebande saisis par le fisc.

Médicaments provenants de la contrebande saisis par le fisc.

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