De la fusion dans l´air

De la fusion dans l´air
De la fusion dans l´air

Le géant Boeing et le Brésilien Embraer, troisième fabricant d´avions au monde, viennent de confirmer la formation d´une société commune par les deux compagnies. Boeing en détiendra 80%, Embraer 20%, cette nouvelle société est évaluée à 4,75 milliards de dollars. Mais est-ce réellement une bonne affaire pour le Brésil ?

Qui est Embraer ?

L´entreprise brésilienne d´aéronautique a été créée en 1969, à l´époque par les militaires qui étaient au pouvoir, elle restera sous contrôle de l´Etat jusqu´en 1994, date à laquelle elle a été privatisée. En 50 ans d´existence Embraer a produit 42 modèles dans trois catégories : les avions de ligne (57,7% de ses recettes actuelles), les jets privés (25%) et l´aviation militaire (16,3%) ; Embraer est le premier fournisseur de l´armée brésilienne. En 2017, son chiffre d´affaires approchait les 6 milliards de dollars. Même si Embraer fait figure de nain en comparaison à Boeing (93,3 milliards de U$D en 2017), ou Airbus (66,7 milliards de U$D en 2017), la compagnie brésilienne n´en reste pas moins très stratégique sur le marché des petits et moyens porteurs, où elle est actuellement la troisième du monde en nombre d´appareils en service : 2.391 avions (Bombardier est juste derrière avec 2.324). L´entreprise emploie directement 18.000 personnes et possède deux sites principaux de production installés dans l´Etat de São Paulo. Son carnet de commande en 2017 était de 437 appareils.

Pourquoi Boeing et Embraer ?

Avec cet accord, Boeing répond à la récente association de Airbus et Bombardier, renforçant son statut de leader mondial de constructeur d´avion pour les gros porteurs. Avec Embraer, spécialisée quant à elle le marché des petits et moyens porteurs, Boeing se renforce sur un secteur où Embraer domine avec 53% du marché pour les avions de 61 à 120 places, secteur en pleine expansion depuis le développement des compagnies low cost dans le monde. Jusqu´ici, Boeing avait obtenu que le gouvernement américain impose de lourdes taxes sur l´entrée des avions Bombardier sur le marché national, mais la fusion avec Airbus permet désormais à Bombardier de produire aux Etats-Unis (site Airbus dans l´Alabama), l´accord avec Embraer va permettre à Boeing d´affronter cette concurrence sur le marché américain, le plus gros du monde.

La position de l´Etat brésilien

L´Etat brésilien maintient un droit de veto sur les décisions stratégiques de la compagnie Embraer, une clause «action privilégiée  » exigée lors de sa privatisation en 1994 et cela principalement en raison de la technologie et production militaire développée par l´entreprise. L´annonce de cette fusion a ainsi provoqué des remous au sein du gouvernement, d´autant que les deux derniers mois de 2018 constituaient la période de transition entre le président sortant et le nouvel élu, Jair Bolsonaro. Celui-ci s´est d´abord opposé à cet accord, dès son investiture en janvier il a déclaré qu´il ne vendrait pas Embraer, mais était favorable à un partenariat. Pourtant, les deux compagnies viennent d´annoncer l´accord, qui devrait être signé dans les prochaines semaines et pour lequel le président a donné son aval. L´Etat conservera son droit de veto sur Embraer, qui continuera d´exister pour le secteur militaire et des jets privés, et non pas sur la nouvelle société avec Boeing.

Site de production Embraer près de São Paulo.

Site de production Embraer près de São Paulo.

Et dans la pratique  ?

La direction de la nouvelle société (joint venture) restera brésilienne, mais Boeing va controler la partie opérationnelle et la gestion financière. Les 18.000 employés des deux sites principaux et du siège, ne sont pas menacés de licenciement, la majeure partie sera transférée dans la société commune qui occupera les deux principaux sites de Embraer dans l´Etat de São Paulo, plus précisémment à São José dos Campos et Taubaté. Près de 7.000 autres employés sont répartis sur des sites plus petits, toujours dans l´Etat de São Paulo, ceux-ci continueront avec Embraer puisque les secteurs militaires et des jets privés restent dans son giron, même si dans la foulée un partenariat avec Boeing a été conclu pour la commercialisation du KC-390, un avion de transport militaire brésilien. Le secteur militaire de Embraer ne pouvait faire partie de la fusion pour des raisons stratégiques, mais aussi parce-qu´elle est engagée dans un partenariat avec la SAAB pour la production du Gripen NG, qui, on s´en souvient, a été choisi par le Brésil à la place du Rafale français. Par ailleurs, les deux entreprises, collaboraient déjà, principalement avec un centre commun de recherches sur les biocarburants pour l´aviation, installé depuis 2015 près de São Paulo.

Le KC-390 de Embraer.

Le KC-390 de Embraer.

Cet accord est-il une bonne affaire pour le Brésil ?

Si on met de côté les aspects de fierté nationale et de souveraineté, cette fusion avec le plus gros avionneur mondial va permettre à Embraer de mieux affronter la montée d´une concurrence qui se profile comme une vraie menace et promet d´être féroce pour la prochaine décennie, c´est le cas de Sokhoi (Russie), Comarc (Chine), ou encore Mitsubishi (Japon).  Pour les spécialistes, la fusion avec Boeing ne peut être que bénéfique pour le Brésil, principalement parce-que Embraer est plus importante en matière de développement technologique qu´en revenu financier. Boeing peut donc peser de tout son poid dans la commecialisation, et de cette façon engendrer de la richesse pour le pays. Pour les détracteurs de l´accord, c´est bien sûr l´avenir des milliers d´employés qui inquiètent. Même si pour le moment il n´est pas question de licenciements, rien ne permet d´assurer que la gestion Boeing ne choisisse pas un mode de fonctionnement plus « américanisé », délocalisation, robotisation, optimisation de la main d´oeuvre, avec 80% des parts de la société elle est en position d´exiger tous les changements qu´elle jugera bénéfique à l´entreprise.

Le Embraer E195-E2, fleuron du moyen porteur avec un maximum de 144 sièges.

Le Embraer E195-E2, fleuron du moyen porteur avec un maximum de 144 sièges.

~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.