Quand le Brésil faisait danser la planète

Quand le Brésil faisait danser la planète

En 1989 la lambada « chorando se foi », du groupe Kaoma, devient le tube de l´été en France. En quelques mois ce tube va conquérir le monde, avec 25 millions de disques vendus, Kaoma fera une tournée mondiale qui va durer quatre ans, pratiquement aucun pays n´échappe au phénomène lambada. Toutes les discothèques et fêtes s´y mettent, les écoles de danse se spécialisent et se multiplient, cette danse sensuele aux origines diverses semblait bien parti pour détrôner tous les rythmes latinos.

Que reste-t-il de ce fulgurant succès ?

Il faut d´abord remettre les choses à leur place. La lambada que tout le monde connait est avant tout un tube « Chorando se foi » du groupe Kaoma, une chanson devenue l´une des plus populaires de la planète, puisque tout le monde s´en souvient, ou en tout cas l´a déjà entendu, toutes générations confondues. A la base, c´est une chanson composée par Los Kjarkas, un groupe bolivien de musique andine, qui s´est fait connaitre en 1981 au carnaval de Cochabamba (Bolivie) et qui sera oublié par les producteurs du groupe Kaoma pour le paiement des droits d´auteur, cela se réglera plus tard par un procès en faveur du groupe bolivien. Les producteurs de Kaoma ont récupéré et adapté cette chanson bolivienne en rythme de lambada, avec une orchestration différente et des paroles en portugais. Une réussite totale, qui ne se reproduira pas, puisqu´aucune des autres lambadas enregistrées par la suite n´obtiendra ce succès, pas même celles du groupe Kaoma, qui a essayé de surfer sur la vague encore pendant quelques années en sortant d´autres titres.

(ci-dessus la version originale de Los Kjarkas, chantée en espagnol et en quechua).

On peut dire aujourd´hui que la lambada, même si elle n´a pas disparu, est revenue à la place qu´elle occupait avant le succès de Kaoma, en tout cas au Brésil, où l´on entend plus parler d´elle, ou très peu. A l´international elle a gagné sa place parmi les autres rythmes latinos, mais plutôt sous des formes fusionnées, comme la lambazouk, mariage de lambada et de zouk, qui a surgi dans les années 2.000, toujours à Porto Seguro. Aujourd´hui, s´il reste des aficionados de la lambada, souvent d´ailleurs en dehors du Brésil, elle ne fait plus danser que dans les fêtes où les rythmes latinos sont à l´honneur. On la retrouve aussi dans les clubs de plage pour touristes en mal de tropiques, et dans les animations qui les accompagnent. Quelques écoles de danse continuent de proposer des cours, mais il faut bien l´avouer, la lambada n´est plus au goût du jour.

(ci-dessus la version du groupe Kaoma, chantée en portugais).

La lambada n´était pas connue au Brésil avant Kaoma ?

Elle n´était connue, mais pas populaire, que dans certaines régions, notamment dans l´Etat du Pará et dans le sud de Bahia, sur la côte. C´est d´ailleurs Bahia qui la revendique, puisque c´est à Porto Seguro, station balnéaire très connue pour ses soirées et fêtes dans les années 80 et 90, qu´elle serait née, selon les Bahianais. En réalité, elle est venue du Pará, dont la capitale est Bélem, où elle serait née dans les années 70, car c´est en 1976 que le mot lambada apparait pour la première fois, avec une chanson de même nom dont la musique est une version modernisée du carimbó, une danse traditionnelle du Pará. Le carimbó est un rythme qui plonge ses racines dans les trois groupes ethniques qui ont fait le Brésil, Indiens, Blancs et Africains. La lambada en serait donc issue, après avoir reçu des influences des Caraïbes, comme le merengue, via la Guyane, dont le Pará est frontalier. Du nord du Brésil elle aurait longée la côte vers le sud, pour arriver à Porto Seguro, toujours en quête de nouveautés pour animer ces nuits d´été. Elle a donc eu un succès très local au début, dans le sud de Bahia, et c´est là que des producteurs français l´ont repéré. Par la suite, la lambada s´est répandue et devenue populaire dans tout le Brésil qu´après le succès international de Kaoma avec son tube « Chorando se foi ».

La danse carimbó, traditionnelle de l´Etat du Pará.

La danse carimbó, traditionnelle de l´Etat du Pará.

Qu´est-ce qui explique un tel succès de Kaoma et de la lambada ?

Très certainement l´alchimie instrumentale particulière et la mélodie de « Chorando se foi », qui ont trouvé le bon équilibre, les instruments, un rythme exotique dansant et sensuel, bref ce quelque chose d´inexplicable qui fait mouche. A tout cela s´ajoute l´attendrissant couple d´enfants danseurs du groupe Kaoma, Chico et Roberta, qui a beaucoup contribué au succès de cette lambada. Comme précisé plus haut, aucune autre lambada n´a eu un tel succès par la suite, celle-ci avait quelque chose de spécial qui a plu au monde entier. Il faut donc distinguer la lambada en général comme danse locale de certaines régions du Brésil, et celle de Kaoma, devenue tube international. La lambada correspondait aussi très bien à son époque « bahianaise », c´est à dire les années 80/90, une danse sensuelle, parfaite pour les nuits torrides de Porto Seguro. De plus, elle était la première danse au corps à corps très explicite, avec les cuisses et les ventres des danseurs qui se frottent, tout en montrant complètement les dessous féminins, à savoir la petite culotte, à peine voilée par la mini-jupette qui tournoie allégrement à chaque mouvement de hanche. Comment résister ? La réponse explique sans doute son succès.

(ci-dessus la lambazouk à Porto Seguro).

Qu´est devenu le groupe Kaoma  ?

Après une longue tournée mondiale et l´enregistrement de quelques autres lambadas, le groupe s´est dissous en 1999. La chanteuse Loalwa Bras, a ouvert une pousada sur la côte de Rio, sa région d´origine, mais a connu un fin tragique puisqu´elle y a été sauvagement assassinée par des braqueurs en 2017. Quant aux enfants, Roberta est aujourd´hui mariée et vit à Brasilia où elle travaille comme gérante d´une clinique vétérinaire. Elle ne danse plus la lambada. Chico quant à lui est devenu pasteur évangélique, il est aussi un peu musicien et chanteur mais uniquement au sein de son église, où la lambada n´est certainement pas la bienvenue.

Le groupe Kaoma à l´apogée de son succès.

Le groupe Kaoma à l´apogée de son succès.

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