La jangada

La jangada

Embarcation emblématique du Nordeste, la jangada a été utilisée pendant  des siècles pour la pêche et le transport de marchandises. Sa version traditionnelle en rondins de bois est abandonnée et appelée à disparaître, d´autres matériaux ont pris le relais et la jangada est entrée dans une nouvelle ère avec le tourisme et les compétitions. 

 

Aspect et origines

La construction rudimentaire et sa forme plate, classe la jangada dans la catégorie des radeaux. C´est un radeau sophistiqué puisqu´il utilise une rame gouvernail et une voile triangulaire, connue aussi comme voile latine, qui exige des utilisateurs une bonne connaissance des vents. Le modèle traditionnel est très proche d´embarcations que l´on retrouve dans d´autres régions du monde, notamment en Asie. Le principe du radeau est connu depuis le néolithique (9.000 à 3.300 ans av.J.-C.) et les Indiens du Brésil l´utilisaient déjà bien avant l´arrivée des Portugais au 16ème siècle. Ce sont ces derniers qui auraient baptisé ce radeau de jangada, un mot qu´ils ont rapporté de leurs comptoir de la  côte du Kérala (Indes), remplaçant ainsi les mots periperi ou igapeba utilisés par les Indiens pour désigner ce type d´embarcation. On a aucune trace de ces radeaux avant l´arrivée des Portugais au Brésil, mais l´on sait qu´un mélange de techniques a donné naissance à la jangada, principalement l´apport de la voile par les Européens.

La base de la jangada est composée de six troncs d´arbres provenant de bois qui flottent bien, (une dizaine d´espèces servaient à l´époque mais ont toutes quasiment disparues des forêts côtières), d´une longueur de 5 a 8 mètres et qui une fois assemblés forment une plateforme d´en moyenne 1m50 de large. Bien entendu, la taille varie selon l´utilisation, les plus grandes étant destinées aux sorties en haute mer, et les plus petites à la navigation côtière, à l´embouchure des fleuves et dans les mangroves. A la grande époque des jangadas de pêche, il n´était pas rare qu´elles s´aventurent à plus de 100 km des côtes ; dans ce cas, plusieurs jangadas partaient ensembles, chargées de vivres pour plusieurs jours, chaque jangada pouvant transporter jusqu´à cinq hommes d´équipage.

Une jangada traditionnelle en rondins de bois et son ancre

Une jangada traditionnelle en rondins de bois et son ancre.

Fabriquée en bois poreux, le durée d´une jangada est en moyenne de deux ans. Aucun métal n´est utilisé, tout est assemblé par un système de tenons et mortaises, et maintenu par des cordes en fibres naturelles. L´ancre de la jangada est très particulier, il consiste en un assemblage de morceaux de bois au milieu duquel est placé une grosse pierre (photo ci-dessus).

joli bateau au bresil

Une tradition du Nordeste

La jangada est une embarcation du nordeste, on la trouve depuis le sud de Bahia et jusqu´au nord du Ceará. Cette présence dans cette région s´explique par la spécificité de ses côtes peu propices à la navigation en raison des courants marins, des bancs de sable ou des récifs qui ont limité le développement d´une marine de gros tonnage et la construction de grands ports. Il est intéressant de constater que pratiquement tous les ports du nordeste ont été construits à l´époque coloniale et sont restés des ports secondaires jusqu´à aujourd´hui. A cela s´ajoute le fait que la marine royale portugaise controlait la navigation sur toute la côte du Brésil et y interdisait la circulation d´embarcations non immatriculées afin qu´aucun impôt ne lui échappe. Elle s´est donc concentrée dans le sud-est et le sud de la colonie, plus propices à la navigation et installation de ports, laissant le nordeste relativement préservé de ses contrôles.

On sait que dès l´arrivée des premiers africains au 16ème siècle, des esclaves utilisaient des jangadas pour aller pêcher, soit parce-qu´ils avaient appris leur maniement par les Indiens, soit parce-que ce type d´embarcation leur était familier depuis l´Afrique. En tout cas au Brésil, la jangada va tenir le haut du pavé jusque dans les années 1940-1950, son déclin commence avec l´utilisation de matériaux et de techniques plus industriels. A partir de cette époque on commence à utiliser des planches taillées en menuiserie, et non plus des rondins bruts provenant des troncs d´arbres. La peinture fait son apparition, toute comme les voiles colorées et synthétiques. Aujourd´hui, certaines jangadas sont même équipées de moteur. Mais rares sont celles qui partent pour la pêche ou le transport de marchandises, c´est le tourisme qui fait vivre désormais les jangadeiros, ces pêcheurs et marins attachés à leur jangada depuis des générations. De nombreuses villes et stations balnéaires proposent des sorties en mer en jangada (photo en haut de page), comme Fortaleza, Porto de Galinhas, Macéio, Natal et bien d´autres encore.

Jangadas touristiques à Porto de Galinhas

Jangadas touristiques à Porto de Galinhas (70 km de Recife)

Comme on l´a vu, la jangada est une embarcation traditionnelle avec des critères qui lui sont propres. Ceci étant, il existe de nombreuses variantes du modèle de base, toutes adaptées à des navigations bien particulières.

Sur plus d´une centaine d´embarcations typiques du Brésil, on dénombre plusieurs types de jangadas, comme par exemple la paquetinho, ou paquete,  de la côte du Ceará, le bote, le piquête ou encore la jangada grande, qui peut être construite avec 7, 8 ou même 10 rondins.

Jangada paquetinho

Jangada paquetinho.

Enfin, des jangadas sont aujourd´hui équipées de voiles plus grandes et plus solides pour les compétitions qui se déroulent régulièrement dans diverses villes et stations balnéaires du nordeste. Il s´agit de régates où seules les jangadas sont admises et doivent obéïr à des règles bien strictes. Les plus connues de ces régates sont celles de Paulista, près de Recife, ou le Cearense de Jangadas à Fortaleza, une course de 22 km qui est ouverte à deux types de jangadas, la classique et la paquete.

Régate de jangadas

Régate de jangadas.

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2 Comments

  • alain delos dit :

    Cher Bruno, en Ethiopie la année dernière j’ai vu sur le lac Chamo rempli de hippopotames et de crocodiles une embarcation sans voile mais qui ressemblait beaucoup plus aux jangadas de Bahia des années 60 que je voyais sur la plage de Tituba. Photo envoyée vers villa Bahia…
    Alain Delos, à bientôt de vous rencontrer fin janvier !

    • Bruno dit :

      Merci Alain pour cette information, pas surprenant qu´on retrouve ce type d´embarcation ailleurs, finalement c´est le principe du radeau qui date du néolithique. Par contre à Pituba, il y a bien longtemps
      qu´il n´y a plus de jangadas… Dommage
      Bruno

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