Vols low cost sur le Brésil

Vols low cost sur le Brésil
Vols low cost sur le Brésil

La première compagnie aérienne low cost vient de recevoir l´autorisation d´opérer sur le Brésil et devrait proposer des vols à prix réduits à partir de janvier 2019. Il était temps, en Amérique latine le pays fait figure de parent pauvre dans ce domaine.

Question : pourquoi un tel retard dans ce domaine ?

Bruno Guinard :  il y a plusieurs raisons à cela, tout d´abord des verrouillages administratifs qui bloquaient la vente de services séparés du billet d´avion, comme les bagages, le choix des sièges, l´alimentation à bord et autres « extras » qui permettent aux compagnies low lost de compenser les bas prix des billets. Fin 2016 la législation brésilienne s´est assouplie dans le sens d´une libéralisation de ce secteur et les compagnies aériennes locales ou étrangères ont commencé à commercialiser ces services extras. Le contexte est donc à l´assouplissement des règles, malgré de fortes oppositions d´une partie du Congrès et des procès qui circulent contre la facturation d´extras, jugée abusive par les associations de consommateurs. Malgré cela, la tendance s´impose et l´arrivée de compagnies low cost sur le territoire confirme qu´il se passe quelque chose dans le secteur aérien au Brésil. Deux autres raisons expliquent le retard du pays dans ce domaine, et non des moindres, il s´agit d´une part du coût du combustible, le kérosène au Brésil est l´un des plus cher du monde, mais aussi le coût de la main-d´oeuvre alourdi par la rigidité de la législation du travail et le poids de la bureaucratie. Aujourd´hui, le coût opérationnel pour une compagnie aérienne au Brésil est 27% supérieur qu´en Europe et 40% qu´aux Etats-Unis, pas très attrayant pour les compagnies.

Question : ces obstacles ont disparu ?

BG :  on l´a vu la vente de services hors billet d´avion est désormais possible, c´est un premier pas. Mais il reste beaucoup à faire, les compagnies qui opéreront prochainement vont se limiter aux vols internationaux, conserver leurs bases hors du Brésil leur permet de diminuer les coûts opérationnels. Pour le moment il n´est pas question pour elles de s´installer au Brésil, elles y seraient contraintes aux mêmes législations que les compagnies brésiliennes, donc avec des coûts de fonctionnement trop élevés pour faire du low cost. Enfin, pour verrouiller encore un peu plus le marché, le capital des compagnies aériennes brésiliennes n´est toujours pas ouvert aux étrangers, un projet de loi circule dans ce sens depuis des années à Brasilia, mais il est sans cesse bloqué.

avion et valises

Question : quelles sont les compagnies qui vont y opérer prochainement ?

BG :  la première, dès janvier 2019, est Norwegian Air avec au début un vol entre São Paulo et Londres, sans doute suivi de Rio de Janeiro et qui pourrait très vite proposer des ponts aériens avec l´Argentine, pays où cette compagnie est déjà bien implantée. D´autres compagnies low cost sont intéressées, comme l´argentine Avian Lineas Aéreas, qui a déjà reçu l´autorisation d´opérer sur le Brésil, puis la Sky Airline (Chili), Flybondi (Argentine), Flycana (Rép. Dominicaine) et Air Asia (Malaisie). Toutes ces compagnies opèrent déjà dans la région, les plus gros marchés étant le Chili, l´Argentine et le Mexique, qui sont les premières économies de l´Amérique latine, et bien sûr le Brésil, mais qui commence à peine à s´ouvrir.

Question : Norwegian ne risque-elle pas de se casser les dents sur le Brésil ?

BG : Norwegian Air est une compagnie solide et qui a déjà une bonne expérience de la région. C´est  actuellement la troisième compagnie low cost d´Europe, avec 130 destinations et 20 millions de passagers (en 2017), c´est donc un poid lourd qui arrive au Brésil. Ceci étant, le Brésil est un pays compliqué et instable au niveau juridico-fiscal, les lois changent sans cesse, la machine à créer de nouvelles normes et taxes ne s´arrête jamais et à cela s´ajoutent les coûts opérationnels, comme déjà expliqué. Il est indéniable en effet que bien des compagnies se sont cassées les dents sur ce pays, avec des faillites spectaculaires de grandes compagnies comme la Vasp, la TransBrasil et surtout la Varig, tout cela dans les années 90 et 2000, et on pourrait aussi citer les nombreux charters, toutes les tentatives s´étant soldées par des échecs.

 

Question : le Brésil est un gros marché, qui y opère actuellement ?

BG : c´est le plus gros marché d´Amérique latine avec plus de 200 millions d´habitants et un territoire immense avec des distances qui peuvent dépasser les 5.000 km d´un point extrême à un autre, le transport aérien y est donc essentiel. En 2017, les compagnies aériennes brésiliennes ont transporté 98 millions de passagers, dont plus de 90 millions sur les vols domestiques, un croissance de 2,2% sur le marché national et de 11,6% sur l´international. Actuellement quatre compagnies principales se partagent ce marché, Latam, Avianca, Gol et Azul, qui ensembles représentent 99% du transport aérien national. Il existe d´autres compagnies plus régionales et surtout un important réseau corporatif pour les déplacements privés, avec 1.910 aéroports particuliers, contre 588 aéroports publics, dont une centaine à peine pouvant accueillir des appareils moyens. C´est aussi l´un des obstacles avancés par les compagnies low cost, le pays manque d´aéroports secondaires suffisamment équipés pour accueillir des moyens ou gros porteurs, alors que ce type d´aéroport a la préférence des compagnies en raison de leurs coûts opérationnels moins élevés.

Question : quels sont les principaux aéroports du pays ?

BG : parmi les 10 premiers en nombre de passagers quatre d´entre eux dépassent les quinze millions de passagers par an, ce sont les aéroports de São Paulo (dont Guarulhos avec à lui seul 37 millions), puis Rio de Janeiro et Brasilia. Viennent ensuite, dans l´ordre, l´aéroport de Belo Horizonte, de Viracopos (100 km de São Paulo), le Santos Dumont (second aéroport de Rio de Janeiro), puis sous la barre des 9 millions par an, Salvador, Porto Alegre et Recife. Il faut préciser que São Paulo, avec ses trois aéroports représente 63 millions de passagers.

Aéroport Santos Dumont à Rio, au fond le Pain de Sucre

Aéroport Santos Dumont à Rio, au fond le Pain de Sucre.

Question : que représente le tourisme pour le secteur aérien ?

BG : en 2017, le Brésil a accueilli 6,5 millions de touristes étrangers, soit 400.000 de plus qu´en 2014, année de la Coupe du Monde, ou qu´en 2016 année des J.O. De ces 6,5 millions de touristes, les voisins sud-américains représentent 4,1 millions, dont Argentins (+ 15%), ces derniers étant de très loin les premiers au Brésil avec 2,7 millions de touristes. En seconde position on trouve les Américains, avec 475.000 touristes (- 7%), et les Chiliens avec 342.000 (+ 5,5%). Sur le total de touristes, 4.8 millions sont entrés par les aéroports de São Paulo, Rio de Janeiro et Porto Alegre (les Argentins). Les Européens représentent un peu plus de 800.000 visiteurs, dont les premiers sont les Français avec 260.000. Enfin, près d´un million et demi de touristes n´ont pas utilisé l´avion pour se rendre au Brésil mais y sont entrés par voie terrestre, c´est le cas de plus d´un million d´Argentins, ou encore par voie maritime avec les croisières.

plein d avion dans le ciel du bresil

Question : les compagnies locales ne vont pas faire du low cost  ?

BG : elles ne le font pas pour les mêmes raisons que les compagnies étrangères, le coût opérationnel. L´année dernière, avec l´autorisation de vendre des services extras, surtout le port des bagages et la réservation des sièges, celles-ci ont réussi à réduire le prix des billets, parfois jusqu´à 7%, mais dans l´absolu, en prenant en compte le paiement des services extras, le prix moyen des billets d´avion pour le consommateur n´a chuté que de 0,6%. La cause est aussi le prix des carburants, qui a augmenté de 82% ces deux dernières années. Cette augmentation se répercute par ailleurs sur tous les coûts indirects opérationnels, le fret, la maintenance, les produits, les services, etc. Les compagnies aériennes souffrent donc des mêmes problèmes que n´importe quelle autre entreprise ou commerce, si elles réduisent leurs prix elles ne peuvent plus faire face à leurs coûts opérationnels et si elles les augmentent la demande chute, c´est l´effet domino, car le consommateur souffre lui aussi de l´augmentation du coût de la vie, quand ses revenus se réduisent il voyage moins. Ceci étant, elles n´excluent pas de se lancer dans ce marché si le contexte économique venait à évoluer dans le bon sens, certaines ont déjà évoqué la possibilité de créer des filiales low cost. Deux facteurs seront déterminants pour que cela se fasse, le premier c´est le programme économique que va appliquer le nouveau gouvernement (jusqu´ici on ne le connait pas), qui prendra ses fonctions en janvier prochain, et le second c´est la concurrence avec les compagnies étrangères low cost, qui s´annoncent plus performantes et ont forcément bien plus d´expérience.

Question : pourquoi les carburants sont aussi chers au Brésil ?

BG : essentiellement en raison des taxes, dont le ICMS (impôt sur les marchandises et services) qui est de 25% dans certains Etats, comme à São Paulo, ou encore l´IVA (taxe de 21% pour les compagnies aériennes, à rajouter au ICMS). A cela s´ajoute le fait que le prix de base du kérosène est le plus élevé d´Amérique latine, région déjà la plus chère du monde pour ce carburant, le prix moyen par litre y est de 0,62 U$*, alors que la moyenne mondiale est de 0,59 U$*. Au Brésil le litre est actuellement à 0,90 U$*, en Argentine 0,50 U$*. Les compagnies qui font le plein à Buenos Aires sont donc avantagées, c´est une des raisons qui font qu´un vol entre São Paulo ou Rio vers l´Argentine est souvent moins cher qu´un vol domestique, pour le Nordeste par exemple. Aujourd´hui, le carburant représente de 40% à 45% du coût opérationnel d´une compagnie aérienne au Brésil, alors que le pays produit 85% de son pétrole, dont il en raffine 92%, ce n´est donc pas le coût de l´importation qui fait monter les prix sur place.

*Taux de change U$/BRL au 20 octobre 2018.

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