Agression antisémite, trois néonazis en prison

Agression-antisémite,-trois-néonazis-en-prison
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C´est la première fois de son histoire que la justice brésilienne prononce une peine de prison pour un acte antisémite. Trois néonazis de Porto Alegre viennent d´être condamnés, ce mercredi 19 septembre, à 13 et 12 ans de prison et six autres sympathisants attendent leur sentence.

Question : quels sont ces actes ?

Bruno Guinard : ils datent de mai 2005, il aura fallu 13 ans pour que la justice rende sa sentence, et personne ne s´attendait à une peine de prison, puisque c´est une grande première dans le pays. Les faits se sont déroulés dans le centre de Porto Alegre, capitale de l´Etat de Rio Grande do Sul, dans l´extrême sud du pays. En fin de soirée et à proximité d´un bar, un groupe de néonazis a agressé trois jeunes juifs, identifiés parce-qu´ils qu´ils portaient la kippa, ils ont été rués de coups de pieds, de poings et de couteaux. Par chance, deux des victimes ont pu se réfugier dans le bar voisin pendant que la bande continuait l´agression sur la troisième victime. Secourus à temps, les trois jeunes gens ont survécu à leurs blessures. Treize ans après les faits, toujours sous le choc, les victimes n´ont pas voulu comparaître au procès.

Question :  les agressions antisémites sont-elles fréquentes ?

BG : elles existent mais c´est la première fois qu´elles sont aussi violentes, en général les agressions antisémites sont verbales, ou plus fréquemment c´est l´apologie de la violence contre les juifs qui est faite et que l´on retrouve par exemple sur des murs, avec des slogans souvent ornés de la croix gammée. Dans le cas de cette agression à Porto Alegre, la justice a prononcé des peines de prison pour tentative d´homicide qualifié. Jusqu´ici, les auteurs d´agressions antisémites n´avaient reçu que des peines légères, comme des amendes ou des périodes de travaux collectifs. Il faut aussi préciser que la cible des néonazis brésiliens ne se limite pas aux juifs, ceux-ci étant inclus dans un groupe qu´ils considèrent comme nocif et où l´on retrouve le plus souvent les noirs, les homosexuels, et parfois les émigrés, qu´ils soient du Nordeste ou des pays voisins, comme les Boliviens le plus souvent.

Question :  qui sont les auteurs et ces néonazis sont-ils organisés en groupes ?

BG : il existe au Brésil plus d´une dizaine de groupes néonazis répartis principalement dans les régions sud et sud-est. C´est d´ailleurs dans l´Etat de Rio Grande do Sul que les néonazis sont les plus nombreux, rappelons au passage que cet Etat, qui fait frontière avec l´Uruguay et l´Argentine est en majeure partie peuplé de blancs, descendants d´émigrés européens, principalement Italiens et Allemands. Les auteurs de l´agression de Porto Alegre appartiennent à un groupe néonazi Carecas do Brasil (crânes rasés du Brésil). Ce groupe originaire de Rio de Janeiro, est sans doute une des ramifications de groupe Carecas do ABC (crânes rasés de la région industrielle de São Paulo). Ces groupes ont des membres actifs dans le sud du pays et sont bien connus des services de police pour leur violence. Ils se font fait remarquer pour la première fois en 1992 lors d´un concert punk à Rio où ils ont provoqué une bagarre généralisée. Les Carecas disent ne pas s´attaquer aux noirs ou aux émigrés, leur cible étant les juifs, les toxicomanes et les homosexuels. On estime que ces deux groupes comptent entre 100 et 150 membres actifs et  plusieurs dizaines de milliers de sympathisants.

Les trois condamnés de Porto Alegre à l´écoute de leur sentence.

Les trois condamnés de Porto Alegre à l´écoute de leur sentence.

Question :  pourquoi le drapeau nazi sur la photo en haut de page ?

BG : il s´agit des objets saisis au domicile des agresseurs, en plus de ce drapeau les enquêteurs ont trouvé des poignards, ainsi que du matériel médiatique et didactique faisant l´apologie du nazisme, dont Mein Kampf, le livre d´Hitler..

Question :  tu parlais d´une dizaine de groupes, depuis quand sont-ils actifs ?

BG : le néonazisme au Brésil n´est pas nouveau, on pourrait même dire qu´il a des racines dans le pays depuis les années 30, avec l´arrivée au pouvoir de Getúlio Vargas qui ne cachait pas sa sympathie pour les régimes autoritaires de Mussolini et d´Hitler (voir article sur ce blog) et était contre l´émigration des Juifs au Brésil. A partir de 1964, la dictature militaire a sans doute assouvi la soif d´autoritarisme de bon nombre de sympathisants d´extrême droite et c´est dans les années 80, avec l´avènement de la démocratie et la politisation de certains groupes issus de la mouvance punk et skinhead que les néonazis du Brésil se manifestent. Depuis, ils n´ont plus cessé de faire parler d´eux et de s´afficher publiquement, principalement à partir des années 2010, accompagnant une tendance mondiale bien connue en Europe ou aux Etats-Unis.

Au Brésil, on retrouve par exemple des jeunes manifestants faisant le salut nazi lors des rassemblements contre la présidente de gauche (PT) Dilma Rousseff en 2016. Les groupes d´extrême droite se font alors de nouveau remarquer pour leur violence pendant les marches en faveur de la destitution de Dilma, dénombrant de fréquentes et violentes agressions contre des sympathisants de gauche, et même l´utilisation d´armes blanches et de bombes artisanales. L´arsenal juridique brésilien se durcit alors et c´est en cette même année 2016, soucieux aussi de l´organisation des J.O de Rio, que le pays promulgue ses premières lois antiterroristes. A partir de ce moment là, plusieurs réseaux néonazis sont démantelés et la plupart de leurs membres actifs fichés. Le Brésil se dote aussi de moyens techniques pour surveiller les réseaux sociaux où se diffuse l´apologie du nazisme. On constate alors une nette réduction des agressions néonazies et leurs adeptes se font plus discrets. Puis on les retrouve en 2018, cette fois motivés par la montée en puissance de Jair Bolsonaro, le candidat de l´extrême droite à l´élection présidentielle. On croyait leur nombre en recul, ce qui semble vrai pour les membres actifs, mais on s´aperçoit que le nombre de sympathisants a augmenté et pire encore, qu´une partie de la jeunesse adhère à leurs thèses nationalistes.

Le salut nazi lors d´une manifestation contre Dilma Rousseff en 2016.

Le salut nazi lors d´une manifestation contre Dilma Rousseff en 2016.

Question :  peut-on parler d´une montée de l´antisémitisme dans le pays ?

BG : l´antisémitisme est pris dans le tourbillon de la xénophobie (émigrés), le racisme (noirs, métis et asiatiques), l´homophobie, et toutes les haines contre tout ce qui n´est pas conforme à leurs idéaux, comme les communistes (et la gauche en général), les toxicomanes, et les minorités dans leur ensemble. Certains groupes prônent même le suicide des personnes âgées et l´euthanasie des mourants. Le concept de race aryenne est très présent dans le discours néonazi de tous ces groupes, même si c´est une aberration au regard du degré de métissage du peuple brésilien. Pour l´antisémitisme, les proportions inquiètent puisqu´on estime qu´il y a aujourd´hui dans le pays entre 150.000 et 200.000 sympathisants néonazis, alors que la communauté juive compte un peu moins de 110.000 personnes. Que feront ces néonazis si l´extrême droite arrivait au pouvoir en octobre prochain ? C´est la grande inquiètude des minorités, et ce n´est pas la sentence prononcée cette semaine contre les trois néonazis de Porto Alegre qui mettra un frein aux violences. Un procès qui dure 13 ans n´est pas un exemple de fermeté, et pendant toutes ces années des manifestations en faveur du nazisme se sont perpétuées dans le pays.

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