L´autocar, un transport toujours populaire au Brésil

L´autocar, un transport toujours populaire

Le Brésil possède le 4ème réseau routier du monde avec un million et sept cent mille km d´extension. Toutes les capitales et villes principales du pays sont reliées par des lignes d´autocars réguliers, sauf en région amazonienne où c´est le transport fluvial qui domine. Le transport en autocar appartient exclusivement au secteur privé, il s´organise à partir de gares routières, parfois gigantesques et en général bien équipées (alimentation, douches, wc, etc). Mais attention, s´il est facile de voyager en autocar, il faut aussi compter avec les distances, les km ne voulant pas dire grand chose, on préfère ici compter les déplacements en heures et en jours, malgré cela, il reste le transport le plus utilisé.

Question : n´est-il pas plus avantageux de se déplacer en avion ?

Bruno Guinard : le prix de l´autocar a toujours été bien plus bas que celui de l´avion, même si cette tendance évolue depuis quelques années, d´autant que des facilités de paiement sont proposées pour les billets d´avion. Aujourd´hui, il est possible de trouver des promotions sur des vols à des prix parfois plus bas que l´autocar et si on calcule le temps passé sur la route, il est évident que l´avantage n´existe pas. Mais l´autocar a toujours été le transport du peuple, surtout à une époque où l´avion était un luxe réservé aux plus riches. Ceci étant l´autocar reste une option valable pour les petites et moyennes distances, surtout en période de haute saison touristique (week-ends prolongés, carnaval, etc) où les billets d´avion sont à des prix exorbitants. De plus, il n´y a pas de limite de bagages dans les autocars (bagage en soute), ce qui est un avantage pour les Brésiliens qui se déplacent beaucoup avec des tas de choses, surtout ceux qui font du petit commerce ou visitent des parents éloignés. Enfin, l´autocar permet de mieux découvrir le pays, même si la plupart des grandes routes ou autoroutes n´ont pas grand intérêt, certains tronçons valent vraiment le détour.

Question : on peut aller partout en autocar ?

BG : oui, et même au-delà des frontières puisqu´il y a des lignes qui desservent les capitales des pays voisins, comme Buenos Aires, Montevideo, Santiago ou Caracas, il y a même une ligne qui va de São Paulo au Pérou, avec correspondance dans l´Etat de Acre, et qui mène à Lima et à Cuzco. On peut donc traverser le pays en autocar, avec bien sûr des restrictions sur la région amazonienne, où les routes sont rares, ou difficilement praticables.

Autocar d´une compagnie du sud du Brésil.

Autocar d´une compagnie du sud du Brésil.

Question : les autocars sont confortables, y-a-il des catégories ?

BG : la flotte d´autocars est relativement neuve (moyenne de 8 ans) et les compagnies les renouvellent régulièrement. En général, les autocars récents sont plutôt affectés aux lignes plus « rentables », comme entre les grandes capitales du sud et du sud-est, il existe une différence très nette de qualité des cars, mais aussi des infrastructures (routes et gares routières), entre les régions riches et les régions pauvres, du nord et du nord-est par exemple. La qualité et les services varient aussi selon les compagnies. En général, celles-ci se partagent des secteurs géographiques, aucune par exemple ne dessert tout le pays, mais certaines couvrent de nombreuses villes et Etats. Il y a donc peu de concurrence entre les lignes, et donc peu de différence de prix entre les compagnies, en revanche, les prix changent selon le type d´autocar. Il existe des autocars couchettes, des semi-couchettes et des sièges normaux, qu´on appelle ici executivo, sur les petites distances  ce sont les plus communs. La plupart des autocars sont équipés de la climatisation et des wc, et des arrêts dans les gares routières, appelées rodoviárias (photo en haut de page) sont prévus toutes les deux heures. Sur les longs parcours, des arrêts prolongés sont obligatoires toutes les 4 heures, ce qui permet de se doucher et prendre un repas dans un des restaurants de la gare.

Question : une idée des prix et distances ?

BG : la ligne la plus fréquentée est le trajet entre les deux plus grandes villes du pays, Rio de Janeiro et São Paulo. Il y a des départs toutes les 10 minutes et plusieurs compagnies se partagent cette ligne. Le trajet dure 6 heures, les prix varient entre 22 Euros (autocar executivo) et 43 Euros (couchette). RioSalvador coutera 74 Euros (semi-couchette) et de 28 à 33 heures de voyage. BelemSão Paulo 108 Euros et plus de deux jours de route,  BrasiliaPorto Alegre 87 Euros et 34 heures de route, ou encore RecifeFortaleza de 24 Euros (executivo) à 50 Euros (couchette) et 13 heures de voyage. Un trajet commun pour les touristes est Rio Ouro Preto, il faut compter 29 Euros et 7 heures de route. Le plus long trajet du pays en autocar est de 80 heures, il relie Fortaleza à Pelotas, ville située à la frontière uruguayenne, il coute 210 Euros, mais avec juste un départ par semaine, il semble qu´il y ait peu d´amateurs ! Quant aux trajets internationaux, São Paulo Buenos Aires coute de 102 Euros (executivo) à 150 Euros (couchette), il faut compter 42 heures de voyage, ce qui inclu le passage en douane entre le Brésil et l´Argentine. Pour Santiago du Chili, c´est encore plus long, en partant de São Paulo compter 56 heures, si tout va bien aux douanes, le prix est de 120 Euros, bus semi-couchette.

Intérieur d´un autocar couchette

Intérieur d´un autocar couchette

Version autocar executivo

Version autocar executivo

Question : et au niveau de la sécurité ?

BG : a priori il n´y a pas trop de problème à ce niveau là, même si des braquages d´autocars sont régulièrement enregistrés sur certaines lignes et plutôt la nuit. Par contre, il faut toujours être prudent si on descend de l´autocar, on évite d´y laisser ses objets de valeur et de l´argent sans surveillance, il ne faut pas tenter le diable, une mesure de bon sens qui s´applique d´ailleurs partout et pas seulement au Brésil. Quant aux accidents de la route, ils sont bien entendu plus fréquents si on compare ce type de transport au train, mais en général les cars sont sûrs et les chauffeurs très professionnels. Les accidents sont plutôt causés par l´état des routes et le mauvais temps, pluies et brouillards dans certaines régions.

Question : que les compagnies soient privées n´est-ce pas un problème pour la sécurité ?

BG : au Brésil, en règle générale, tout ce qui est privé fonctionne mieux que ce qui est public, c´est donc le cas pour les routes, car c´est là que se situe les problèmes de sécurité (mauvais ou absence d´entretien et de signalisation). Pour les véhicules, il existe un système assez strict de contrôle, de type technique, qui est relayé par les assurances. De même, les chauffeurs passent régulièrement des visites médicales.

L´état des routes, un vrai problème au Brésil.

L´état des routes, un vrai problème au Brésil.

Question : a-t-on une idée de l´importance de la flotte d´autocars au Brésil, et pourquoi ne pas avoir développé le réseau ferroviaire ?

BG : selon les dernières données (en 2017), la flotte d´autocars et d´autobus urbains était de 477.000 véhicules, dont près de 30% pour le seul Etat de São Paulo. Le pays compte plus de 120 grandes compagnies interrégionales et des centaines d´autres pour les autobus de ville, elles aussi en général privées, même si certaines municipalités ont des réseaux publics. Les lignes d´autocars représentent 95% du transport de passagers au Brésil, c´est donc un secteur très important pour le pays puisqu´il compte 140 millions d´usagers.

Quant aux trains, il n´existe plus aujourd´hui que quelques lignes privées, appartenant souvent à des compagnies minières (voir article sur ce blog) ou encore de très rares et « folkloriques » petites lignes exclusivement touristiques. L´abandon du réseau ferroviaire au Brésil est ancien puisqu´il commence avec la crise économique mondiale de 1929. Avec la chute du prix des matières premières, une partie de l´économie brésilienne s´effondre, et comme l´essentiel provenait des ressources naturelles et agricoles de l´intérieur des terres, on abandonne le chemin de fer et ses trains. L´économie reprend après la Seconde Guerre Mondiale, mais elle sera plus industrielle, plus urbaine et donc plus liée á l´activité portuaire, puisque c´est sur la côte que se situent la plupart des grands centres urbains. Ensuite, à la fin des années 50 et surtout dans les années 60, le choix du réseau routier est sans appel, le Brésil implante son industrie automobile et trace des routes à travers tout le pays. Il produit (et exporte aussi) ses propres camions, ses autocars et ses autobus. C´est cet héritage qui fait qu´aujourd´hui près de 70% du transport de marchandises est terrestre au Brésil.

A suivre : le réseau routier, la location de voiture au Brésil…

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