Rio de Janeiro interdit les pailles en plastique

Rio de Janeiro interdit les pailles en plastique
Rio de Janeiro interdit les pailles en plastique

C´est la première ville du Brésil à prendre une telle mesure, une grande partie de la population y est favorable, pour les commerçants c´est un peu plus compliqué puisque les alternatives ne sont pas toujours au rendez-vous.

Question : pourquoi Rio ?

Bruno Guinard : sans doute parce-qu´elle est plus exposée et par conséquent plus consciente des méfaits du plastique sur l´environnement et sur la santé. Rio est une ville où domine une culture de plage et comme une grande partie des déchets finissent par se retrouver dans l´océan et sur les plages, ça se voit, c´est palpable, ça menace les habitants et la faune, et bien sûr l´image de cette ville tropicale et touristique, avec ses corps bronzés étendus sur le sable. Inimaginable au milieu des détritus. Puis il faut rappeler que c´est ici que ce sont déroulés les deux plus grands évênements mondiaux autour de l´environnement de ces dernières décennies, le ECO-92 et sa suite 20 après, le Rio+20. Rio se veut donc la vitrine de l´écologie dans ce pays. Une partie grandissante de la population se mobilise, même s´il reste beaucoup à faire et malgré tous les ratages des autorités locales et des grands pollueurs industriels. Rio fait un premier pas, d´autres villes pourraient suivre. On sait par exemple qu´un projet de loi circule à la chambre municipale de São Paulo, la plus grosse métropole de l´Amérique du sud, où il existe déjà, depuis 2015, des restrictions pour les sacs plastique.

Question : pourquoi les pailles et non d´autres plastiques ?

BG : d´une part parce-que cela représente une grosse pollution sur les plages et dans l´océan, mais surtout parce-que c´est une mesure facile et rapide à mettre en place, puisqu´il suffit d´interdire leur utilisation. Par ailleurs, une mesure qui sera implantée dans les 18 mois vient d´être votée, cette fois il s´agit de l´interdiction des sacs plastique sur tout le territoire de l´Etat de Rio de Janeiro. D´autre part, des plastiques comme les bouteilles, font l´objet de programmes de recyclage depuis plusieurs années, c´est justement lors de l´ECO-92 que ce problème a été mis en exergue, à l´occasion les ONG ont édifié de gigantesques poissons en bouteilles plastique sur la plage de Botafogo, avec le Pain de Sucre en toile de fond.

Les poissons géants en bouteilles plastique sur la plage de Botafogo lors de l´ECO-92.

Les poissons géants en bouteilles plastique sur la plage de Botafogo lors de l´ECO-92.

Question : on a une idée du volume que représente cette pollution ?

BG : au niveau mondial l´ONU estime à un milliard le nombre de pailles plastique dispersées chaque année dans l´environnement, ce qui représente 100.000 tonnes, soit 4% des plastiques jettés par an dans les océans. Ces pailles sont donc très polluantes, et même déposées dans des poubelles, elles finissent en général dans la nature, où, comme d´autres dérivées de l´industrie pétrochimique, elles mettent des siècles à se dégrader (450 ans). Rien qu´au Brésil, si on construisait un mur de 2m10 de haut avec les pailles consommées par an, il atteindrait 45.000 km, soit le tour de la terre !

Question : à Rio qui est à l´origine de cette initiative, la mairie est écologiste ?

BG : la mairie n´est pas écologiste mais elle a été mise sous pression par une pétition signée par des centaines de milliers de Cariocas. C´est l´ONG Meu Rio qui en a pris l´initiative et qu´il faut saluer au passage pour son engagement et sa mobilisation.

pailles sur la plage au brésil

Question : les commerçants vont-ils suivrent ?

BG : ils y sont obligés, une amende de R$ 3.000 (700 Euros) est prévue pour les contrevenants, puis R$ 6.000 pour les récidivistes, c´est assez dissuasif. De plus, avec l´appui de la population, c´est le public lui-même qui rappelera à l´ordre les commerçants qui n´appliquent pas la mesure. Le problème se situe aujourd´hui sur les alternatives, car, par exemple, il n´y a déjà plus aucun stock de  pailles en papiers disponible sur Rio. Un autre problème se pose pour les vendeurs ambulants, comme les noix de coco, ou autres boissons, sur les plages. Pour eux seules les pailles en papier sont viables, mais si l´approvisionnement ne suit pas, que feront-ils ?

Question : quelles sont les alternatives justement ?

BG : l´option des pailles en papier est la plus répandue pour le moment. Mais elle n´est pas non plus 100% écologique, car même si le papier se dégrade plus vite dans la nature, il utilise aussi des ressources naturelles pour sa fabrication. D´autres options sont retenues par certains établissements, comme les pailles en verre, en inox, ou en bambou. Ces alternatives ont l´avantage de durer presque indéfiniment, on les utilise donc dans les bars et restaurants comme on le ferait avec des couverts. Les services sanitaires en revanche, exigent une hygiénisation et un conditionnement qui n´est pas au goût de tous les établissements puisque cela exige une manipulation plus minutieuse, donc des pertes de temps. Des pailles naturelles, par exemple d´avoine ou de seigle, sont non polluantes et non réutilisables, mais elles sont presque introuvables et onéreuses sur le marché brésilien. L´idéal serait d´abolir le principe des pailles disponibilisées par les commerçants et que chaque client porte la sienne sur lui, ou boive tout simplement au verre. L´objet est petit et léger, il est tout à fait possible qu´il devienne lui aussi un objet personnel de tous les moments. C´est sans doute la meilleure alternative, celle qu´il faut désormais diffuser auprès du public, il a déjà adhéré à l´interdiction des pailles plastique, il n´y a donc plus qu´un tout petit effort à faire pour passer la vitesse supérieure.

verres avec des pailles au brésil

Question : on pourrait aussi diminuer la production de plastique.

BG : les prévisions ne vont malheureusement pas dans ce sens. L´ONU prévoit une augmentation de la production mondiale de plastique de 33 à 36% dans les dix prochaines années. En plus de l´Europe, des Etats-Unis et de la Chine, c´est désormais le Moyen-Orient, détenteur de la matière première (les énergies fossiles), qui se lance dans cette production. Le Brésil investit lui aussi dans ce secteur qui a enregistré l´année dernière (2017) un taux de croissance de 2,5%, il devrait être de 3% en 2018. A ce rythme, on aura beau interdire les pailles, le problème du plastique sera loin d´être réglé.

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