Quilombo dos Palmares, 100 ans de résistance

Quilombo dos Palmares, 100 ans de résistance
Quilombo dos Palmares, 100 ans de résistance

Palmares a été le plus grand quilombo du Brésil, c´est aussi celui qui a résisté le plus longtemps aux attaques des troupes et des mercenaires envoyés pour le détruire et capturer les fugitifs. Il est devenu le symbole de la lutte des descendants d´Africains au Brésil et Zumbi, son chef légendaire, un héros national.

Question : qu´est-ce qu´un quilombo ?

Bruno Guinard : le mot est d´origine bantoue, il pourrait se traduire par « campement » ou « regroupement », et s´appliquait en Afrique aux lieux où s´arrêtaient les nomades, les troupes en déplacement ou encore les regroupements de personnes venant d´horizons différents. Au Brésil, il désigne les sites où se regroupaient des esclaves fugitifs, s´installant loin des villes et des plantations pour y fonder des communautés libres. Selon certains chercheurs actuels, le mot n´a pas bien été utilisé par les Portugais car ce type de regroupement humain s´appelait mocambo. Ils étaient illégaux et pourchassés, rares sont ceux qui ont échappé de façon durable à la répression des colonisateurs, régulièrement détruits ils devaient se déplacer et se reconstruire ailleurs. Pourtant, des quilombos ont survécu et traversé les siècles sans disparaître malgré l´abolition de l´esclavage en 1888. Il existe aujourd´hui dans le pays près de 3.000 communautés issues des quilombos, dont 2.400 sont légalisées.

Question : pourquoi des quilombos légalisés ?

BG : la constitution de 1988 reconnait les quilombos comme communautés ancestrales, cela leur donne le droit à la terre qu´elles occupent, au même titre que les Indiens (ils luttent pour les mêmes droits). Les habitants, appelés Quilombolas, forme une population actuelle d´un peu plus de deux millions, répartis sur tout le Brésil. Malgré cette reconnaissance légale, les Quilombolas comptent parmi les populations les plus pauvres du pays, plus de 70% vivent en dessous du seuil de pauvreté, un quart est complètement analphabète, la moitié souffre de malnutrition, 55% des maisons n´ont pas l´eau courante ; ces communautés n´échappent donc pas à la réalité sociale du pays, encore une fois au même titre que les Indiens.

Question : comment cela s´explique ?

BG : tout d´abord, la majeure partie des Quilombolas sont noirs (pas tous, nous le verrons plus loin), ce qui les place socialement parmi la population la plus défavorisée du pays. Leur situation est bien sûr aggravée par l´éloignement des villes et parfois des axes routiers, conséquence directe de leur propre histoire, ce qui leur rend difficile l´accès à l´éducation, aux services de santé, à la formation professionnelle et à l´emploi.

Une grande majorité des Quilombolas (plus de 80%) est composée de petits producteurs agricoles et extrativistes qui, en général, subviennent à peine aux besoins de leur famille. Bien sûr, certains quilombos s´en sortent mieux que d´autres et l´accès à la terre a permis d´améliorer leurs conditions de vie, mais dans l´ensemble, ils sont en bas de l´échelle sociale.

Site historique et touristique du Quilombo dos Palmares.

Site historique et touristique du Quilombo dos Palmares.

Question : c´est le cas du Quilombo dos Palmares ?

BG : le site fortifié où était regroupée la plus grande concentration d´habitants du Quilombo dos Palmares, est aujourd´hui un site aménagé et reconstitué pour les visites. Ce site,  situé sur une colline, la Serra da Barriga, a été détruit en 1694, quelques mois avant la mort de Zumbi, son dernier et légendaire chef. Il n´existe donc plus aucun Quilombola sur ce site précis. En revanche, une population d´environ 500 quilombolas vit à Unhão dos Palmares, ville située à 9 km du site historique. Cette population est essentiellement rurale, mais le tourisme directement lié au parc historique a permis le développement d´artisanat. D´autres activités commerciales, comme hébergements et restaurants, améliorent aussi les conditions de vie des 60.000 habitants de la ville.

Question : quelle était l´importance du Quilombo dos Palmares ?

BG : il a été le plus grand quilombo du Brésil, on estime sa population à plus de 20.000 habitants à son apogée, c´est à dire sous la direction de Zumbi entre 1678 et 1694. A l´époque, Palmares s´étendait sur plusieurs centaines de km sur le territoire de la capitainerie de Pernambuco, qui aujourd´hui se trouve dans l´Etat de Alagoas. Le quilombo était composé de plusieurs villages, les mocambos, on en a dénombré neuf, mais il est fort possible que ce nombre ait varié pendant le siècle d´existence du quilombo. Palmares était le berceau de la résistance des esclaves, car il luttait, alors qu´en général les quilombos n´étaient pas armés et déménageaient face à la menace. Palmares était gouverné par des noirs libres, ce qui était du domaine de l´impensable en pleine période coloniale et esclavagiste. Avoir perduré pendant un siècle sous le nez des colonisateurs est exceptionnel. Palmares était un Etat dans l´Etat, pour survivre il commerçait même avec le reste de la capitainerie et pratiquait régulièrement des razzias sur des convois de marchandises et des plantations afin de se procurer des compléments de vivres et de matériel, mais aussi des esclaves, car le quilombo pratiquait lui aussi une forme d´esclavage.

Question : des anciens esclaves ayant des esclaves ?

BG : on a peu de précisions là-dessus, mais quelques témoignages rapportent en effet que l´esclavage existait à Palmares. Le quilombo accueillait en hommes libres ceux qui fuyaient pour le rejoindre, mais traitait ceux qui n´essayaient pas de s´échapper du joug des blancs comme des « presque » traitres. Lors des razzias ils étaient capturés et conduit au quilombo pour effectuer des travaux agricoles ou domestiques. Ils étaient obligés de participer à la vie du quilombo, mais ils n´avaient aucune valeur marchande comme chez les blancs, ils n´étaient pas non plus maltraités et pouvaient prouver leur dévouement lors des attaques contre le quilombo, dans ce cas ils n´étaient plus considérés esclaves.

Question : comment était fondé un quilombo et sur quelles bases fonctionnaient-ils ?

BG : tous les quilombos ont commencé par le regroupement d´esclaves qui fuyaient les plantations et se refugiaient dans des endroits très inaccessibles. Ils s´y regroupaient et essayaient d´y survivre sans attirer l´attention des autorités coloniales et des mercenaires, que les propriétaires payaient pour récupérer leurs esclaves. Très souvent ces esclaves rejoignaient des Indiens, eux aussi persécutés par les colonisateurs. On sait qu´il existait un grand brassage des cultures dans les quilombos, les esclaves avaient besoin des connaissances des Indiens sur l´environnement. D´autre part, la plupart d´entre eux étaient esclaves au Brésil depuis longtemps, certains y étaient nés, ils avaient donc assimilé des éléments du quotidien des blancs, l´agriculture, la construction, la défense… On sait aussi que des blancs ayant des problèmes avec la justice ou avec des individus, se réfugiaient dans les quilombos. La communauté étaient donc hétéroclites, un mélange d´éléments d´ethnies et de cultures (africaines, indiennes, européennes), même si nous savons que la partie africaine était largement dominante. Des recherches génétiques récemment effectuées sur des populations Quilombolas, apportent la preuve que dans les quilombos l´élément africain dominait, mais avec de grosses disparités selon le quilombo et la région, le minimum d´élément africain étant de 48% dans certaines communautés et le maximum 97% chez d´autres. Dans tous les cas on retrouve aussi une présence européenne, 3% pour la moins importante, mais 33% pour la maximale, quant aux vestiges indigènes, ils peuvent être nuls dans certaines communautés et atteindre 35% dans d´autres.

Plan du quilombo de Palmares

Plan du quilombo de Palmares  (reconstitution) : 1 – Entrée. 2 – Pièges/Trappes. 3 – Centre des Cultes. 4 – Terrasses Agricoles. 5 et 7 – Habitations. 6 – Centre Communautaire.

Le quilombo était organisé sur un modèle de village africain ou indien, c´est à dire avec un chef et un conseil, les habitants participaient aux assemblées et tous les travaux étaient réalisés en communauté (construction, agriculture…). A Palmares, cette organisation incluait aussi la stratégie de guerre et de défense. C´est le seul quilombo du Brésil à avoir organisé sa défense sur le principe d´un fort militaire, le village principal, était entouré de fortifications de bois et de pierres. Trois rangées de fortifications protégeaient le quilombo, elle formaient une ligne de défense sur cinq km avec des postes de garde tous les deux mètres. Au-delà des fortifications, des pièges avaient étaient creusés pour que les enemis y tombent. L´entrée du site était étroite pour être plus facilement défendable et protégée par deux lourdes portes en bois.

Question : quelle religion et quelle langue y pratiquait-on ?

BG : A Palmares le syncrétisme dominait, un mélange de croyances animistes africaines et indiennes cohabitait avec des éléments du catholicisme. En réalité, on ignore pratiquement tout sur ces aspects, on ne peut donc se baser que sur quelques témoignages d´époque et des éléments plus récents relevés dans des quilombos à partir du XIXe siècle (après l´indépendance et après l´abolition de l´esclavage). Comme pour tout ce qui concerne Palmares, la part du mythe est importante, il faut donc se méfier des interprétations et récupérations qu´on en fait. Par exemple, on voit aujourd´hui sur le site historique de Palmares, des inscriptions actuelles en yorouba (Bénin et Nigéria). Mais on sait qu´à l´époque de ce quilombo, le plus grand nombre d´esclaves provenait de la zone bantoue (Congo, Angola…). Pourquoi alors le yorouba s´impose aujourd´hui comme langue dominante sur ce site ? Le plus probable c´est qu´un mélange de portugais, de langues africaines et indiennes, y était pratiqué, sans doute même la Língua Geral, langue élaborée par les jésuites au Brésil à partir de la langue indigène tupi et adaptée sur la base structurelle du portugais. Celle langue était même plus pratiquée que le portugais jusqu´à la fin du 18e  et début 19e et permettait la compréhension entre les blancs et les Indiens sur tout le territoire conquis.

Portrait fictif de Zumbi dos Palmares.

Portrait fictif de Zumbi dos Palmares.

Question : que sait-on de Zumbi dos Palmares ?

BG : là encore méfiance, l´ère moderne en a fait un héros mais en réalité on ne sait quasiment rien de lui, ni son parcours, ni son physique ou sa vie personnelle. La seule certitude c´est qu´il a réellement existé et qu´il est mort en luttant contre les mercenaires en 1695. Cette date du 20 novembre est reconnu depuis 1995 comme Dia da Consciência Negra (journée de la conscience noire) au Brésil. C´est donc surtout sous l´influence des mouvements noirs depuis une trentaine d´années et une relecture moins « colonialiste » de l´histoire, que Zumbi est devenu le symbole qu´il est aujourd´hui.

On connait un peu mieux la fin de vie de Zumbi, mais là encore elle a été relatée par ceux qui l´ont capturé et exécuté, à une époque où on avait tout intérêt à ne pas l´encenser. Après plusieurs attaques contre le quilombo de Palmares (17 au total au cours de son histoire dont la première fut enregistrée en 1602), à l´époque où Zumbi en était le chef c´est le très expérimenté bandeirante (mercenaire et aventurier du Brésil) Domingos Jorge Velho, connu pour ses méfaits contre les Indiens qui organise la guerre contre Palmares. La campagne va durer presque deux ans, mais malgré sa résistance le quilombo est écrasé en 1694. Zumbi réussit à s´échapper avec une poignée d´hommes alors que sa compagne Dandara préfère se suicider que de retourner en esclavage. Trahit par un compagnon, Zumbi est tué et décapité le 20 novembre 1695.

Statue de Zumbi à l´entrée de la vieille ville de Salvador de Bahia.

Statue de Zumbi à l´entrée de la vieille ville de Salvador de Bahia.

 

A suivre : visiter le Quilombo dos Palmares.

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