Ces animaux sauvages qui s´invitent en ville

Ces animaux sauvages qui s´invitent en ville
Ces animaux sauvages qui s´invitent en ville

Cet inoffensif perroquet qui contemple la baie de Rio est loin de se douter du danger ; à courte distance, il pourrait bien se retrouver face à quelques uns de ses prédateurs de la forêt, qui comme lui deviennent de plus en plus citadins… Jaguars, boas, pumas, caïmans, et même anacondas ne sont plus aujourd´hui dans les villes que l´exclusivité des zoos. Les zones urbaines sont très souvent leur refuge, où ils sèment la terreur parmi les citadins.

Un anaconda de 5 mètres se promène sur une plage d´Itacaré, station balnéaire au sud de Salvador de Bahia.

Un anaconda de 5 mètres se promène sur une plage d´Itacaré, station balnéaire au sud de Salvador de Bahia.

Très récemment une amie habitante de Rio de Janeiro me racontait sa cohabitation désastreuse avec des singes qui envahissent les appartements à la recherche de nourriture. On était habitué à Rio aux visites des petits ouistitis, qui, natifs de la Mata Atlântica (forêt tropicale côtière), ont toujours habité les îlots de verdure, parcs, jardins et rues arborisées de la ville. Les ouistitis, ne sont guère plus envahissants que les écureuils que l´on retrouve dans la plupart des grandes villes du monde. Le problème c´est qu´aujourd´hui ce sont des singes beaucoup plus grands, des capucins, qui se sont installés dans les quartiers suffisamment arborisées pour se déplacer et rejoindre les immeubles où ils font de véritables razzias. Il ne restait plus à mon amie que l´option de grillage ses fenêtres.

Le semaine passée, le principal journal de Bahia, publiait la photo (photo ci-dessous) d´un boa d´environ deux mètres, qui longeait un caniveau à la recherche d´une proie dans un quartier populaire de Salvador. Quelques années auparavant, en plein centre du quartier moderne et résidentiel de Pituba, toujours à Salvador, c´est un caïman d´1m50 qui a été capturé dans une mare au beau milieu d´un square où jouent les enfants des immeubles voisins (photo ci-dessous).

Boa capturé cette année en plein quartier populaire à Salvador.

Boa capturé cette année en plein quartier populaire à Salvador.

Caïman capturé par les gardes forestiers à Salvador.

Caïman capturé par les gardes forestiers à Salvador.

Le Brésil, on le sait est un grand pays de nature, surtout connu pour sa forêt amazonienne. Sur toute l´étendue de cet immense territoire la nature est certes partout, mais malmenée depuis des siècles et de plus en plus intensément du développement des villes et de l´agriculture. Ces phénomènes se sont beaucoup accélérés ces dernières décennies, privant la faune survivante de son habitat naturel. Le premier biotope à avoir souffert de l´activité humaine est la Mata Atlântica, cette forêt tropicale côtière qui s´étendait du Nordeste au sud du pays, sur plus de 5.000 km de longueur. C´est sur la côte qu´a commencé la colonisation et l´exploitation des ressources naturelles, c´est aussi sur la côte que ce sont développés les grands centres urbains et industriels. La forêt côtière n´y a pas résisté, il ne reste aujourd´hui que 6% de sa couverture originale (voir carte ci-dessous).

Couverture forestière du Brésil (Amazonie et Mata Atlântica) en 1500, à l´arrivée des Portugais, et en l´an 2000 (la situation s´est encore agravée depuis)

Couverture forestière du Brésil (Amazonie et Mata Atlântica) en 1500,  à l´arrivée des Portugais, et en l´an 2000 (la situation s´est encore aggravée depuis)

Dans les villes et même les très grands centres urbains, il n´est pas rare de se retrouver face à face avec des animaux sauvages qui a priori n´ont rien à y faire. Ceci dit, on enregistre assez peu d´accident avec des humains lors de ces « rencontres », d´une façon générale c´est la crainte qui domine des deux côtés, l´animal se réfugie sur un arbre, dans une bouche d´égouts, au fond d´une cour, l´humain quant à lui fait intervenir les gardes forestiers, les pompiers ou la police. Les choses se compliquent bien sûr lorsqu´il s´agit d´un animal jugé féroce, comme le jaguar, le puma ou encore le loup à crinière, des prédateurs pourtant farouches et difficiles à observer même dans la nature. Dans la plupart des cas, ces animaux se sont approchés des villes à la recherche de proies, comme les animaux domestiques, mais finissent par être désorientés à cause des obstacles, comme les murs, les grillages et les diverses constructions. Récemment un très rare loup à crinière s´est ainsi retrouvé au fond de la cour d´une école à Varginha, ville secondaire dans le Minas Gerais.

Très souvent, la plupart de ces animaux vivaient déjà à proximité des centres urbains, mais réfugiés dans ce qui restaient de bosquets ou de lagunes. C´est par exemple le cas à Salvador, où l´on enregistre depuis quelques années un grand nombre de cas. Dans cette grande ville du Nordeste (plus de trois millions d´habitants), on a récemment déboisé ce qui restait de forêt entre le centre et l´aéroport et aussi asséché les dernières lagunes qui s´y trouvaient ; en partie pour construire le métro aérien, mais surtout pour implanter des lotissements de luxe. Il est donc très fréquent que les habitants de ces zones résidentielles se retrouvent avec un caïman dans leur piscine (photo ci-dessous). La même chose a été constatée dans les quartiers de la zone sud de Rio, toujours en raison de la destruction des lagunes environnantes.

Le loup à crinière de Varginha, à droite caïman retrouvé dans une piscine à Rio

Le loup à crinière de Varginha, à droite caïman retrouvé dans une piscine à Rio.

Le phénomène se constate aussi dans les villes des régions amazonienne, comme Manaus, et l´on pourrait trouver cela plus normal en raison de la proximité de la forêt. En réalité c´est encore plus inquiétant, car cela signifie une importante diminution, ou même disparition, des proies habituelles des prédateurs. La déforestation en est une cause, mais il faut aussi s´inquièter de la pollution des eaux et des conséquences des barrages (centrales hydroélectriques) sur l´environnement.

Par ailleurs, si certains petits animaux inoffensifs pour les humains ont élu domicile dans les villes et s´y sont bien adaptés, surtout oiseaux, singes et autres petits mammifères comme les agoutis ou les coatis, il semble parfaitement impossible que cela puisse arriver avec les grands fauves et les grands reptiles. On se demande alors quel sera le sort de tous ces animaux dont les zoos brésiliens et les centres de tri des gardes forestiers regorgent, et où la réadaptation dans leur habitat semble très compromise par la réduction des milieux naturels.

Un caïman dans le port de Manaus

Un caïman dans le port de Manaus.

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