Le vin brésilien (seconde partie), la production aujourd’hui, quel vin choisir…

Hand holding a bottle of red wine, label of Brazil, isolated on white,
Hand holding a bottle of red wine, label of Brazil, isolated on white,

Dans la partie précédente, nous avons vu l’histoire du vin au Brésil. Ici nous abordons l’actualité, où en sont la production et la consommation, ainsi que la qualité. Quels sont les bons vins brésiliens et où sont-ils produits ?

Question : quelle est la place du vin au Brésil ?

Bruno Guinard : bien que ce ne soit pas encore une boisson populaire, on constate depuis quelques années, surtout dans la classe moyenne, une augmentation de la consommation et de l’intérêt pour le vin. Aujourd’hui un grand choix de vin est disponible sur le marché, les cours d’œnologie et de sommelier sont très en vogue, le commerce autour du vin est florissant ; dans les restaurants, il est devenu commun de dîner avec du vin. Si la consommation augmente, il faut aussi distinguer deux types de vin, le bon et le mauvais. Ce dernier, que l’on surnomme ici sangue de boi (sang de boeuf), représente les deux tiers du vin consommé dans le pays. S’il y a ainsi un fossé entre les vins fins et les vins de table bon marché vendus en bombonne de 5 litres, c’est la consommation de vins fins qui augmente le plus, signe d’une évolution dans les goûts. Au total, les Brésiliens consomment 2 litres de vin par an et par habitant, c’est 40 fois moins que les Français ! Le Brésil est aussi loin derrière ses voisins argentins, 23,5 litres par an/hab, ou encore chiliens, 17,5 l. Dans tout cela, le Brésil est aujourd’hui le 15ème pays en nombre d’hectares de vignobles et le 13ème en quantité de vins fins.

Question : comment cela s’explique ?

BG : la superficie de vignoble prend en compte tous les raisins, donc celui qui est consommé comme fruit, mais aussi pour les jus et pour tous les types de vins, ainsi que l’exportation. Le Brésil exporte son vin, ses premiers clients sont le Paraguay, le Royaume-Uni et les Etats-Unis.

Question : en importe-t-il ?

BG : il importe des vins de qualité supérieure, principalement du Chili et de l’Argentine, puis de l’Europe, Portugal et Espagne principalement. Il est intéressant de noter que le pays importe plus de vins fins qu’il n’en produit. Il y a donc de belles perspectives de développement de ce secteur dans les prochaines années.

Vignoble dans la Serra Gaúcha (Rio Grande do Sul).

Vignoble dans la Serra Gaúcha (Rio Grande do Sul).

Question : en hectares de vignobles, quelle est la proportion par rapport au 1er pays ?

BG : le pays qui a le plus grand nombre d’hectares de vignobles est l’Espagne avec 975.000, le Brésil en est à 85.000 (à titre de comparaison la France est à 785.000), desquels 10.000 hectares produisent les vins fins.

Question : tu parlais du mauvais vin, qui le consomme ?

BG : il y a deux aspects, d’un côté économique, de l’autre culturel, et ils se rejoignent en partie dans une même classe sociale. Le mauvais vin est évidemment consommé par une population qui n’a ni les moyens de s’en payer du meilleur, ni le niveau gustatif pour vraiment faire la différence. Pourtant, cette population est sensible à la mode et au statut social. On voit régulièrement dans les novelas et les films des couples d’amoureux qui se retrouvent autour d’un verre de vin dans une ambiance intime et idyllique, ou des dîners chics arrosés de bon vin. On sait combien la novela dicte les codes sociaux dans la société brésilienne, les spectateurs les plus vulnérables aux influences associent donc la consommation du vin au bonheur, à la séduction, et à la réussite sociale, ils veulent donc faire la même chose. Mais comme on a ni moyens financiers ni connaissance du vin, n’importe lequel fait l’affaire ; ici s’applique à merveille le vieil adage « qu’importe le vin pourvu qu’on ait l’ivresse ».  C’est sur ce même principe qu’on débouchera une bouteille de mousseux (même inbuvable) pour les grands évênements, anniversaires, fêtes, etc. Tous ceux qui connaissent les plages brésiliennes le soir du 31 décembre ont vu les gens avec une bouteille de mousseux (parfois appelé cidre), faire sauter le bouchon et aperger le voisinage pour fêter le nouvel an. L’autre aspect, parmi les consommateurs de vins de qualité inférieure, concerne les descendants d’Européens qui appartiennent à la petite classe moyenne, et ils sont nombreux, surtout dans le sud et sud-est du pays. Pour cette population, généralement d’origine italienne, espagnole, et portugaise, le vin est ancré dans leur culture, mais leurs moyens sont limités, ils consomment donc des vins de moindre qualité. Aujourd’hui, tous vins confondus (fins et inférieurs) on estime à 30 millions le nombre de consommateurs au Brésil (sur 207 millions d’habitants).

Question : où est produit le vin au Brésil ?

BG : on dénombre actuellement six régions vinicoles, dont cinq dans le sud du pays. La seule région vinicole en dehors du sud est le Vale do São Francisco, qui se situe dans le Nordeste à l’extrême nord de l’Etat de Bahia et sud du Pernambuco. Il est intéressant de noter que le nombre de régions vinicoles a tendance à s’étendre en dehors des limites traditionnelles, qui sont la Serra Gaúcha, la Serra do Sudeste, les Campos de Cima da Serra, la Campanha Gaúcha, toutes dans le Rio Grande do Sul, et le Planalto Catarinense qui se trouve dans le Santa Catarina. On a l’exemple du Vale do São Francisco dans le Nordeste, qui depuis quelques années produit un vin de grande qualité, surtout des mousseux, et tout indique que la région de Goiás, dans le centre du pays, rejoindra cette liste très prochainement.

Vendanges dans le Vale do São Francisco.

Vendanges dans le Vale do São Francisco.

Question : quels sont les principaux cépages?

BG : l’histoire des cépages est complexe tant elle est faite de tentatives d’adaptation et d’échecs. Au début, les Italiens ont apporté leurs cépages, les Portugais avaient essayé ceux de la région du Douro, et tous échouèrent en raison des différences climatiques. Un peu plus tard, le Merlot et le Riesling auront plus de chance, mais dès le début du XXe siècle, c’est la vigne américaine qui domine, surtout avec l’Almadén, car c’est  celle qui s’est le mieux adaptée. Dans les années 1950, on diversifie un peu plus avec le Cabernet Franc, le Bonarda, le Muscat ou encore  le Sémillon. Mais le grand pas est franchi dans les années 70, quand des sociétés étrangères investissent dans la vitilculture brésilienne, comme Chandon, Cinzano, ou encore Martini et Rossi. Dans le Nordeste du pays c’est le Syrah qui domine, avec aussi du Muscat et du Chenin Blanc. Dans le sud c’est aujourd’hui le Chardonnay, le Cabernet Franc, le Cabernet Sauvignon, le Sauvignon Blanc et le Pinot Noir, et dans l’extrême sud le Tannat. Pour chaque terroir, en fonction du climat et de la fertilité on a compris aujourd’hui quels étaient les meilleurs cépages, des essais d’acclimatation qui ont demandé de très nombreuses années.

Question : comment est réglée la culture des vignes dans l’hémisphère sud ?

BG : en mettant de côté le Vale do São Francisco, qui se trouve dans une région non tempérée, sèche et ensoleillée toute l’année et où l’on fait plusieus vendanges par an, les saisons sont inversées par rapport à l’Europe. La taille des vignes se fait en juillet, elles commencent à bourgeonner en septembre. Une nouvelle taille (dite de rénovation), est faite en octobre. En novembre les vignes commencent à fleurir et en décembre on positionne les branches, on fertilise, on irrigue et on supprime des grappes si elles sont trop abondantes. Le traitement contre les insectes se fait en janvier. Les vendanges s’étendent sur mars et avril suivant les vignobles et les cépages. Les feuilles tombent en mai avec les premières gelées, ensuite c’est la période d’hibernation.

fut de vin

Question : peux-tu nous citer quelques bons vins brésiliens ?

BG : parmi les Rouges il faut citer le Cabernet Franc Salton, le Merlot Casa Perini, le Merlot Miolo, le Malbec Almaúnica, le Petit Syrah Luiz Argenta, le Tannat don Guerino.

Pour les blancs, le Moscato Giallo São João, le Sauvignon Blanc Santa Rita, le Riesling Itálíco, le Chardonnay Almadén et le Chardonnay Casa da Pedra.

Pour les Spumantes le Chardonnay-Riesling Itálico, le Chardonnay Casa Valduga, le Chardonnay Domno do Brasil, le Garibaldi Chardonnay Brut, ou encore le Aurora Espumante Chardonnay Brut.

D’une façon générale les vins produits par la Casa Valduga, la Vínicola Aurora, la Familia Zanlorenzi ou encore la Garibaldi Cooperativa, sont de bonne qualité et faciles à trouver (restaurants, supermarchés, etc).

Question : et les prix ?

BG : les bons vins brésiliens ne sont pas très compétitifs, les chiliens et argentins sont souvent moins chers et même parfois les vins importés d’Europe, cela malgré les taxes d’importation. Ceci dit, on peut trouver des bons vins entre 60,00 et 120,00 Reais (entre 15 à 30 euros environ) et même moins si on tombe sur des promotions. Il y a aujourd’hui des magasins spécialisés dans toutes les grandes villes du pays ; il est bon de savoir aussi que très souvent, dans les bons restaurants les vins proposés ne se trouvent pas dans les supermarchés, on peut y commander un bon vin à moins de cent Reais.

 

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