Garibaldi au Brésil

Garibaldi au Brésil
Garibaldi au Brésil

 

On l’appelle aussi le « héros des deux mondes », car si Giuseppe Garibaldi est surtout connu pour son rôle dans l’unification de l’Italie au 19e siècle, on connait moins sa participation dans les mouvements séparatistes et révolutionnaires du sud du Brésil. Marié en 1837 à la Brésilienne Ana Maria Jesus Ribeiro da Silva, plus connue comme Anita Garibaldi, elle aussi héroïne au Brésil, et avec laquelle il aura trois enfants.

 

Question : pourquoi Garibaldi au Brésil ?

Bruno Guinard : il s’agit d’un exil politique. Giuseppe Garibaldi, fils d’Italiens installés à Nice, s’est rapproché de la mouvance révolutionnaire italienne et du mouvement unificateur Jeune Italie en 1833. Un an plus tard il participe au soulèvement de Gênes, qui est un échec total et qui lui coûte une condamnation à mort par les autorités génoises. Il réussit à s’enfuir et rejoindre Marseille, où il vécut caché avant d’embarquer sur un navire marchand vers la Tunisie, puis Rio de Janeiro où il arrive en 1835. A cette époque le Brésil connait des révoltes séparatistes dans le sud du pays, dont l’une est connue ici comme Revolução Farroupilha et dont l’un des principaux chefs est emprisonné à Rio de Janeiro.

Question : Garibaldi avait-il connaissance de ces révolutions ?

BG : ce que l’on sait c’est qu’il y avait des liens internationaux entre certains mouvements républicains, démocratiques et antimonarchistes, avec lesquels il avait eu des contacts à Marseille. Au Brésil, un important et actif réseau d’exilés italiens, diffusait les idées révolutionnaires au sein de la communauté émigrée, et récoltait des fonds qui devaient servir à une insurrection de grande ampleur en Italie. Garibaldi ne s’était donc pas exilé n’importe où, il était en terrain propice.

En arrivant à Rio, il s’est rapproché des milieux d’émigrés italiens et francs-maçons, dont certains intégraient ces mouvements. C’est ainsi qu’il fait connaissance du chef de la révolution Farroupilha, Bento Gonçaves da Silva, auquel il rend visite en prison. Lors de cette rencontre, Bento Gonçalves lui remet une lettre de corsaire, ce qui lui permettait d’attaquer les flottes enemis ; puis, en 1838 il est nommé lieutenant-capitaine de la marine de la récente république Rio-Grandense, proclamée en 1836 dans la mouvance séparatiste du sud, la précitée révolution Farroupilha. Garibaldi, marin et fils de marins, avait une bonne expérience de la navigation, il prit aussitôt le commandement de la flotte anti-impérialiste (le Brésil était à l’époque une monarchie). Garibaldi part vers le sud, mais il est fait prisonnier par la marine uruguayenne qui le remet à l’Argentine. Il y sera emprisonné et torturé, mais toujours grâce à ses réseaux d’émigrés italiens il réussit à s’enfuir et rejoindre le sud du Brésil. C’est là qu’il fait bâtir un chantier naval. Il y fait transformer un bateau marchand qu’il avait pris à des Autrichiens en descendant de Rio.

Mais il n’a que deux bateaux de guerre, il ne peut donc rien contre la marine impériale brésilienne qui bloque une partie de la côte. Il décide alors de faire transporter ses deux bateaux par voie terrestre sur 90 km pour rejoindre la Laguna dos Patos, immense étendue d’eau reliée au littoral. Cette stratégie lui permit de sortir sur l’océan en échappant à la flotte impériale stationnée plus bas. Son but était de remonter vers l’actuel Etat de Santa Catarina et appuyer les troupes révolutionnaires du général David Canabarro, qui luttait lui aussi pour la séparation et l’indépendance du sud du Brésil et ayant proclamée la république Juliana du Santa Catarina.

Transfert terrestre des bateaux par Garibaldi dans le sud du Brésil.

Transfert terrestre des bateaux par Garibaldi dans le sud du Brésil.

Question : et dans tout cela il a trouvé le temps de se marier et d’avoir trois enfants ?

BG : c’est justement dans le Santa Catarina qu’il va rencontrer Anita, plus exactement à Laguna, où, malgré le naufrage de son bateau, ses partisans et ceux de David Canabarro, réussissent à expulser les troupes impériales et capturer plusieurs bateaux. En réaction, l’état-major impérial décide de frapper un grand coup pour mettre fin à cette révolte, il envoie sur place une flotte de 13 navires pour assiéger la ville de Laguna et plus de trois mille hommes par voie terrestre pour la prendre à revers. La flotte des révolutionnaires et la majeure partie des troupes sont anéanties.

Ce qui reste de l’armée révolutionnaire réussit à échapper au massacre et après une série d’escarmouches en redescendant vers le Rio Grande do Sul, arrive à se reconstituer, s’engager dans quelques grandes batailles et développer une guérilla qui durera jusqu’en 1845. Sans réel vainqueur militaire, un traité de paix est signé le 1er mars 1845 entre l’empire du Brésil et les révolutionnaires. L’indépendance du sud ne se fera pas, quant à la monarchie, elle ne tombera qu’en 1889. Garibaldi quant à lui, ayant été démis de ses fonctions en 1841 par Bento Gonçalves da Silva, s’est réfugié en Uruguay ; il y combat aux côtés des républicains dans la guerre civile qui divise le pays. Il participe à la défense de Montevideo, capitale alors assiégée par l’armée argentine. Anita est à ses côtés, elle sera de tous les combats et le suivra jusqu’à son retour en Italie en 1848.

Portrait de Anita Garibaldi, sans doute vers 1840.

Portrait de Anita Garibaldi, sans doute vers 1840.

Question : Anita Garibaldi est une révolutionnaire ?

BG : tout d’abord, Anita est un personnage historique de tout premier plan au Brésil. Si aujourd’hui, dans la plupart des grandes villes brésiliennes on trouve des avenues et des rues Garibaldi, ce n’est pas le prénom Giuseppe qui y figure mais bien celui de Anita. Issue d’une famille de petits commerçants açoriens, Anita se bat pour la jeune république qui essaie d’exister dans le Santa Catarina. C’est l’éphémère República Juliana, commandée par David Canabarro, qui s’associa à la révolution Farroupilha, mais terminera tout aussi mal. La capitale de cette république dissidente est Laguna, la ville d’Anita et lieu d’arrivée de Garibaldi avec ses troupes du Rio Grande. C’est lors des combats à Laguna qu’ils font connaissance. Anita n’a que 18 ans, elle est mariée depuis l’âge de 14 ans à un cordonnier, qui s’engage dans l’armée impériale trois ans après leur mariage. Elle va donc le quitter pour suivre Giuseppe Garibaldi. Ce choix est déjà un acte révolutionnaire, car à l’époque on ne quittait pas son mari comme ça, surtout dans une famille traditionnelle et même s’il ne partageait pas ses idées politiques. Anita et Giuseppe vont vivre leur amour entre champs de bataille et exil, du Brésil à l’Italie en passant par l’Uruguay, faisant quelques enfants en cours de route. C’est ainsi qu’en 1841, lors de leur « fuite en Uruguay », c’est un bébé qu’ils transportent pour tout bagage, Menotti, leur premier fils.

Anita et Giuseppe Garibaldi “La fuite en Uruguay” (peint par Guido Mondin).

Anita et Giuseppe Garibaldi “La fuite en Uruguay”  (peint par Guido Mondin).

Question : Anita a donc suivi Garibaldi en Italie ?

BG : Anita est une vraie combattante, en 1840 lors de la bataille de Curitibanos elle est faite prisonnière, mais réussit à s’échapper et retrouve Giuseppe, donné pourtant comme mort par les troupes impériales. Au Brésil et en Uruguay elle participe à toutes les batailles et c’est en 1848 qu’elle s’embarque avec Giuseppe pour l’Italie. Lui s’installe à Rome et commence à organiser des manifestations en faveur de l’unité italienne, Anita va mettre leurs trois enfants à l’abri à Nice. En 1849, Anita rejoint Giuseppe en Italie pour poursuivre les combats, mais elle meurt de la fièvre typhoïde quelques mois plus tard. Elle n’avait que 28 ans. L’Italie sera unifiée en 1871 et Giuseppe s’éteindra en 1882, sept ans avant la proclamation de la république brésilienne.

Question : pourquoi les Garibaldi sont considérés comme des héros au Brésil alors qu’ils défendaient le séparatisme du sud ?

BG : ce qui est resté de leur engagement dans ce pays c’est principalement l’esprit républicain, c’est d’ailleurs après la proclamation de la république en 1889 que les Garibaldi deviennent si populaires. Dans le sud du pays, surtout dans l’Etat du Rio Grande do Sul, où l’identité régionale est très forte, Garibaldi est un héros encore plus important puisqu’il entretient l’esprit séparatiste qui n’y a jamais vraiment disparu. C’est aussi une région où l’émigration italienne a été la plus importante, il y a donc une double reconnaissance : l’engagement local et l’unification de l’Italie, la mère patrie. Il faut ajouter, que ce passé sud-américain de Garibaldi, a fortement contribué à faire de ces régions, donc  le sud du Brésil, l’Uruguay et l’Argentine, des territoires d’importante émigration italienne. Sans doute l’épopée de Garibaldi est allée bien au-delà des aspects révolutionnaires, ces lointaines contrées faisant figure de terre promise pour des millions d’Italiens…

 

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