Quand le Brésil se met au “lundi sans viande”

Quand le Brésil se met au lundi sans viande
Quand le Brésil se met au lundi sans viande

Le Brésil a rejoint la liste des 35 pays qui depuis 2009 accueille l’initiative d’une journée sans consommation de viande, en l’occurrence le lundi. De nombreuses personnalités mondiales y apportent leur soutien, mais au Brésil leurs détracteurs sont puissants. C’est ainsi que le gouverneur de l’Etat de São Paulo, vient d’opposer son veto au projet de loi qui devait généraliser cette initiative dans cet Etat, le plus riche et le plus peuplé du pays.

 

Question : qui est à l’origine de cette initiative au Brésil ?

Bruno Guinard : c’est l’association végétarienne brésilienne SVB qui en est en charge dans ce pays. Au niveau mondial, l’initiative a été lancée par Paul, Stella et Mary McCartney en 2009. Au Brésil, elle fonctionne localement avec des partenariats, comme des institutions publiques, et avec le soutien d’entreprises, d’ONG et d’un grand nombre de personnalités du show business, artistes et intellectuels locaux. A São Paulo, par exemple, le secrétariat municipal de l’environnement s’y est associé et depuis 2011 des repas végétariens sont servis dans les écoles publiques le lundi ; une mesure qui touche 100% des établissements.

Logo du mouvement « Lundi sans viande » au Brésil. « Pour les personnes. Pour les animaux. Pour la planète.

Logo du mouvement « Lundi sans viande » au Brésil. « Pour les personnes. Pour les animaux. Pour la planète.

Question : quel intérêt pour le gouverneur de bloquer une telle initiative ?

BG : la loi qui devait être votée au parlement régional, a été présentée par le député Feliciano Filho (PSC, parti social chrétien), et prévoyait d’étendre l’initiative à toutes les institutions publiques (hôpitaux, prisons, administrations, etc). Le veto vient directement du gouverneur de cet Etat, Geraldo Alckim (PSDB, parti pour la sociale démocratie brésilienne), allié de l’actuel gouvernement central et possible candidat aux présidentielles d’octobre prochain. Pour lui, l’enjeu est énorme, surtout en cette année électorale où lui et son parti auront besoin du puissant lobby de l’agroalimentaire et de l’appui du groupe parlementaire ruraliste. Il ne faut pas oublier que ce secteur représente un quart du PIB brésilien, dont l’Etat de São Paulo à lui seul pèse pour un tiers. Enfin, le Brésil est le premier exportateur de viande dans le monde et le second en production, juste derrière les USA. Autrement dit de gros enjeux économiques.

 Geraldo Alckim appréciant une brochette de boeuf

Geraldo Alckim appréciant une brochette de boeuf

Question : et l’argument officiel de ce veto ?

BG : le gouverneur Geraldo Alckim a précisé ceci : « imposer, ne serait-ce que pour un jour, une diète alimentaire qui en réalité représente une philosophie de vie, par la voie législative, trouve ses limites dans le droit à la liberté, un droit expressément garantit par la constitution fédérale ».

Question : quel est aujourd’hui l’impact de cette initiative ?

BG : au Brésil elle touche directement trois millions de personnes, qui chaque lundi mangent végétarien, principalement dans les institutions publiques qui y ont adhéré. Mais un nombre croissant d’établissements privés, surtout des restaurants et réfectoires suivent l’initiative. Sur l’environnement ça reste faible, mais  c’est un bon début. On sait par exemple que 220 grammes de viande en moins (soit un steak brésilien), réduit 50 kg de CO² (224 km en voiture), permet d’économiser 792 litres d’eau, de diminuer la production de 4 kg de grains (maïs ou soja) et enfin de sauvegarder 6,6 m² de forêt. Imaginons ces chiffres multipliés par un bœuf entier, puis par un troupeau !

Question : les Brésiliens sont de gros mangeurs de viande, pourra-t-on les convaincre ?

BG : il faut comprendre que l’impact sur l’environnement ne concerne pas seulement la consommation interne, mais aussi la production destinée à l’exportation.

Ces dernières années, celle-ci est en augmentation, alors que la consommation interne a diminué. Ce sont donc les exportations qui poussent la production, et la diminution du pouvoir d’achat des Brésiliens qui freinent leur consommation de viande. Comme expliqué plus haut le pays est le premier exportateur mondial, mais il n’est que cinquième en terme ce consommation (de viande bovine per capita), loin derrière l’Uruguay, l’Argentine et Hong-Kong, pays qui dépasse les 50 kg par an et par habitant, le Brésil était en 2016 à 32 kg.

Viande bovine brésilienne pour l’export.

Viande bovine brésilienne pour l’export.

Question : quelles sont les chances du « lundi sans viande » au Brésil ?

BG : les associations font un gros travail de conscientisation de la population, surtout sur la jeunesse, que les campagnes successives interpellent. Pour cette population la question environnementale est un bon vecteur de sensibilisation. Pour les plus âgés, la question de la santé est importante, mais aussi l’attrait pour la nouveauté. C’est ainsi que la SVB (société végétarienne brésilienne) aide à l’élaboration et à la divulgation de nouvelles recettes, élaborées sans protéines animales, ceci auprès des restaurateurs, mais aussi des producteurs alimentaires, le but étant de créer de nouvelles habitudes alimentaires. Il y a un gros chantier c’est certain, d’autant que la consommation de viande est un trait culturel très fort, mais l’idée de participer un jour par semaine à une initiative qui a un impact positif sur l’avenir s’implante peu à peu. Le gros blocage provient essentiellement des lobby de l’agroalimentaire, et ceux-là, seront bien plus difficiles à convaincre.

 

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