Le bouddhisme au Brésil

Avec près de 250.000 adeptes, le bouddhisme est encore une religion minoritaire au Brésil ; pourtant, elle est, avec le mouvement chrétien évangéliste, celle qui s’est le plus développée ces dernières années. Arrivé en 1908 avec les premiers émigrés japonais et resté presque clandestin jusque dans les années 1950, le bouddhisme aujourd’hui s’est largement répandu en dehors de la communauté des descendants de Japonais.

Question : comment le bouddhisme s’est répandu dans ce grand pays catholique ?

Bruno Guinard : tout a commencé avec des moines japonais qui se sont dissimulés parmi les émigrés, se faisant passer pour des travailleurs agricoles communs. A l’époque, le Brésil favorisait l’émigration de travailleurs catholiques, il n’aurait donc pas autorisé des religieux bouddhistes à venir s’installer dans le pays. Ceux-ci se sont donc mêlés à la masse des Japonais qui étaient venus pour travailler la terre et bien souvent remplacer la main d’oeuvre esclave, qui avait été interdite 20 ans plus tôt. C’est ainsi que les moines bouddhistes ont permis que cette religion se maintienne très présente, discrètement mais sûrement, dans la communauté japonaise,. Il faudra attendre les années 50 pour que soient fondés les premiers temples bouddhistes au Brésil, c’est aussi à ce moment là que d’autres courants sont arrivés dans le pays, alors que jusque là c’est le bouddhisme japonais de Nichiren qui dominait.

Question : quels sont ces courants ?

BG : les principaux courants sont le bouddhisme japonais Zen et le tibétain Vajrayãna, ils sont aujourd’hui les plus diffusés dans le pays. Ils se sont surtout développés à partir des années 1970, quand un certain courant « d’orientalisassions » s’est répandu chez les artistes et intellectuels brésiliens. Plus récemment, c’est le bouddhisme chinois de Chan qui s’est bien implanté en raison de l’arrivée d’émigrés chinois, commerçants et hommes d’affaires, surtout dans la région de São Paulo. C’est ici qu’a été érigé le plus grand temple bouddhiste de l’Amérique Latine, le temple Zu Lai. D’autres courants sont représentés au Brésil, comme le Mahāyāna, ou encore le Theravāda, diffusé dans le pays à travers la Sociedade Budista Brasileira (fondée en 1955), la Casa de Dharma (São Paulo) et le Centro Nalanda (Belo Horizonte).

Question : c’est une religion en expansion au Brésil ?

BG : le bouddhisme dans ce pays a effectué un mouvement atypique, jusque dans les années 1990 il n’avait cessé de croître, principalement grâce à la conversion de Brésiliens d’origine non asiatique. Puis, pendant une douzaine d’année le nombre d’adeptes a chuté, pour recommencer à croître dans les années 2000. C’est aujourd’hui la religion qui se développe le plus, en dehors bien sûr des églises évangélistes, dont les proportions de croissance sont incomparables.

 

Temple Kadampa, à 90 km de São Paulo, bouddhisme mahāyāna

Question : comment on explique cette chute, puis ce renouveau ?

BG : la chute du bouddhisme dans les années 90 et début 2000 était liée d’une part, à la disparition des premiers émigrés japonais et de la seconde génération ; ceci en raison de leur âge. D’autre part, leurs descendants pour la plupart n’ont pas appris le japonais, langue des sacerdoces de cette communauté. Ils se sont donc coupés de leurs racines en adoptant pas la religion de leurs ancêtres. D’autres enfin, ont vu dans l’abandon de la religion familiale, un facteur d’intégration dans la société brésilienne, c’est notamment le cas des Coréens, dont les premiers sont arrivées dans les années 1970. On assiste donc aujourd’hui à un renouvellement du bouddhisme au Brésil, qui n’est désormais plus majoritairement asiatique. A la fin des années 1980, c’est d’ailleurs un enfant Brésilien, d’une famille juive de São Paulo, qui a été identifié comme la réincarnation d’un sacerdoce tibétain, connu comme Lama Michel Rinpoché il assume aujourd’hui un rôle important dans la diffusion du bouddhisme dans le pays.

Question : le bouddisme est-il lui aussi victime de l’intolérance religieuse  ?

BG : si c’est la cas, il s’agit d’actes très isolés et inconnus du grand public. L’intolérance religieuse grandissante de ces dernières années, comme on l’a vu dans un texte précédent, concerne majoritairement les religions d’origine africaine, comme le candomblé et l’umbanda, et elle émane principalement des milieux évangélistes. Le bouddhisme ne semble pas être touché par cette vague, et cela s’explique sans doute par le fait qu’il n’occupe pas le même terrain que les religions afro-descendantes. Les églises évangélistes visent principalement les populations défavorisées des quartiers populaires, là où les religions afros sont (ou étaient), les plus présentes ; le bouddhisme quant à lui, s’est essentiellement répandu dans la classe moyenne et les élites intellectuelles.

Question : quels sont les principaux lieux de culte au Brésil ?

BG : comme on l’a vu, c’est à São Paulo que se trouve le plus grand temple du pays, le Zu Lai, mais aussi le temple Kadampa (photos au-dessus). Parmi les curiosités, le temple Kinkaku-Ji, toujours dans l’Etat de São Paulo, est une réplique parfaite du temple doré de Kyoto au Japon.

Temple Kinkaku-Ji.

D’une façon générale, les temples bouddhistes et le nombre d’adeptes le plus important se concentrent dans le sud et le sud-est du Brésil. Parmi les centres importants, il faut citer le temple Gompa Khadro Ling, de Três Coroas, dans l’Etat du Rio Grande do Sul, qui est l’un des rares temples du bouddhisme tibétain au Brésil. Un autre des grands temples du pays se trouve à Foz do Iguaçu, ses jardins abritent 120 statues de Bouddha, dont une de 7 mètres de haut. Brasilia possède aussi un important temple, le Shin Budista, qui fonctionne comme un centre de nombreuses disciplines asiatiques, comme les arts martiaux et l’enseignement du japonais. A Rio de Janeiro, le temple Karma Theksum Chokhorling est un centre d’enseignement du dharma. Belo Horizonte et Florianopólis ont aussi leurs centres bouddhistes. Recife a aussi un centre, c’est un des rares en dehors du sud et sud-est du pays.

Temple de Três Coroas.

A suivre : interview de Claudia Teixeira da Silva, Brésilienne convertit au bouddhisme.

 

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