Miss Brasil 2017 victime de préjugés raciaux

Miss Brasil 2017 victime de préjugés raciaux
Miss Brasil 2017 victime de préjugés raciaux

À peine élue Miss Brésil 2017, Monalysa Alcântara, une étudiante de 18 ans, a soulevé un tollé d’injures racistes sur les réseaux sociaux brésiliens. En 63 ans de compétition dans ce pays multiracial, elle est la troisième afrodescendante a remporté le titre, une décision du jury qui ne fait pas l’unanimité du public…

Question : d’où proviennent et de quel ordre sont ces propos racistes ?

Bruno Guinard : ils émanent des réseaux sociaux et la teneur est toujours la même quand il s’agit de « remettre » les Afrosdescendants à leur place, c’est à dire subalternes dans la société brésilienne. Il faut donc leur barrer la route des projecteurs, et il n’y a guère que dans le sport et la musique où, ils ne menacent pas de « ternir » l’image d’un Brésil, « blanc, développé et riche », idéalisé par toute une partie de la population (apparence, quand tu nous tiens !). C’est ainsi que les commentaires racistes ont fait allusion au physique de cette Miss, ou plutôt à la condition sociale qu’il représente. Pour une partie des Brésiliens, les Afrodescendants sont pauvres, ils sont donc au bas de l’échelle sociale, occupent les emplois les moins valorisés, comme employée de maison pour une femme. On a donc écrit sur le Web que cette Miss avait « un faciès de boniche », « qu’elle n’avait rien à faire dans un concours de Miss ». ou encore « qu’avec elle le Brésil est certain de ne pas gagner le concours de Miss Univers ». Autrement dit, on accepte pas qu’une Miss Brasil ne soit pas une blanche aux cheveux lisses.

Question : mais ces propos représent-ils la majorité ?

BG : fort heureusement l’immense majorité des réactions a été positive, il ne faut quand même pas oublier que près de 55% de la population brésilienne est métisse ou afrodescendante. Ces propos racistes ont été émis par ceux qui ont l’audace de les publier, mais il y a les autres, cette partie de la population qui partage les mêmes préjugés, tout en restant plus discrète. En tout cas, ils ont été suffisament nombreux et virulents pour que les médias s’en emparent, car totalement choquants dans une société multiraciale comme le Brésil

Question : pourtant, les apparences portent à croire que le Brésil est une démocratie raciale.

BG : il l’est tant que tout le monde reste à sa place, c’est à dire si le noir, ou le métis, n’occupe pas la place du blanc. Pour beaucoup de sociologues la démocratie brésilienne est un mythe, elle ne fonctionne que quand on ne bouscule pas l’ordre établi, quand le noir reste subalterne en faisant croire que le blanc est bon avec lui. C’est un peu le principe du « chacun chez soi », ce qui n’empêche pas les rencontres et les fusions temporaires, comme pendant les fêtes, le carnaval ou les matchs de foot. Mais une fois la fête terminée chacun rejoint son vrai milieu, le noir sa senzala (la maison des esclaves), le blanc sa casa grande (la maison des maîtres). C’est ce qui s’est passé avec Monalysa Alcântara, on ne l’a pas directement attaqué sur la couleur de sa peau ou la nature de ses cheveux, mais son physique l’a ramené à sa condition de pauvre, elle n’avait donc rien à faire dans un concours de Miss, car une non blanche, même si on la tolère dans la casa grande, en aucun cas ne peut y briller à la place des blancs.

Question : n’est-ce pas seulement une question de critères de beauté ?

BG : si bien sûr, et cela ramène aux mêmes conclusions, la beauté doit avoir la peau claire et les cheveux lisses. Et qu’est-ce que l’élection d’une Miss si ce n’est un concours de beauté ?

Question : dans ce cas c’est le jury qu’on aurait du critiquer, non pas la Miss.

BG : le jury a été critiqué ainsi que les organisateurs du concours ; on a dit d’eux, d’une façon très ironique, qu’ils appliquaient désormais le système des quotas raciaux, une allusion à la loi de 2012 pour l’égalité raciale, qui favorise principalement l’intégration des étudiants non blancs dans les universités. Là encore, l’argument ne tient pas debout, car en 63 ans de concours de Miss Brésil, seules trois Afrodescendantes ont été couronnées, si le jury favorisait les non blanches, ça se serait vu dans les résultats précédents. Cette allusion aux quotas raciaux, est alimentée par le fait que Miss Brésil 2016 était aussi une Afrodescendante. Pour la critique, deux Afrodescendantes coup sur coup, c’en est trop ! A cela s’ajoute le fait que Monalysa Alcântara représentait l’Etat du Piauí, où elle avait d’abord été élue Miss de cet Etat pauvre du Nordeste, le second plus pauvre du pays juste derrière le Maranhão. Le Nordeste, est aussi dans la réalité brésilienne, la région qui génère le plus d’émigrés dans le pays, des émigrés pauvres qui occupent les emplois subalternes dans les grandes villes et régions plus développées du pays, notamment le sud et sud-est.

Miss Brasil 2017 victime de préjugés raciaux

Miss Brasil 2017 victime de préjugés raciaux

Question : le racisme est-il puni au Brésil ?

BG : il y a deux délits punis par la loi, le premier pour racisme, quand par exemple on refuse un emploi à un non blanc, ou l’accès à l’école d’un enfant, etc. Ce racisme est considéré comme un crime, passible de peines de prison et lourdes indemnisations de la victime. Un autre délit, considéré moins préjudiciable par la justice, est l’injure raciale, assez communes par exemple pendant les matchs de foot ou les disputes sur la voie publique, ce délit est moins grave au regard de la loi, mais peut aussi mener en prison. Les plaintes pour ces deux délits sont fréquentes et ce qui est inquiétant c’est qu’elles sont en augmentation. En 2016, dans le seul Etat de São Paulo, elle ont dépassé le nombre de mille.

Question : comment a réagi Miss Brésil 2017  ?

BG : comme la plupart des non blancs, Monalysa Alcântara est consciente de cette réalité et en tant que personnage public elle s’attendait à de telles réactions. Cela arrive régulièrement avec d’autres célébrités, qui en général sont très mobilisées sur cette question. Monalysa a d’ailleurs déposé une plainte dans ce sens contre une styliste qui lui avait barré l’accès à un défilé de mode en mai de cette année, donc trois mois avant d’être élue Miss Brésil. La styliste avait déclaré « ne pas vouloir de mannequin à la peau foncée, mais uniquement des blondes à la peau claire car ses créations ne fonctionnent que sur des personnes avec ces caractéristiques, et que par conséquent des mannequins noires dévaloriseraient ses vêtements ». Un cas flagrant de discrimination raciale complètement lié à la condition sociale. Là encore, cette styliste est parti du principe que ses vêtements ne sont accessibles qu’aux blanches, autrement dit aux personnes qui composent l’élite qui a les moyens de se les payer.

Ceci étant, Monalysa Alcântara a récemment déclaré que ces actes racistes n’entament en rien son bonheur d’avoir été élue Miss Brésil. Elle a été reçu en grande pompe à son retour du concours dans son Etat, où une foule lui a fait un triomphe sur son passage dans les avenues de Teresina, la capitale du Piauí. Un très joli pied-de-nez aux racistes, qui ce jour là n’ont pas eu le courage de se présenter parmi les spectateurs.

Miss Brasil 2017 arrivant à Teresina.

Miss Brasil 2017 arrivant à Teresina.

 

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