Açaí, le fruit tendance

Depuis le début des années 2000, le fruit du palmier açaí (euterpe oleracea) est à la mode au Brésil. Il est vrai qu’on lui prête de nombreuses vertus, et si à l’origine ce petit fruit n’était consommé qu’en Amazonie, il est aujourd’hui la coqueluche de tous les Brésiliens. On le consomme sous forme de glace et sorbet, confiture et gelée, en jus ou encore comme huile de cuisine et essence dans divers cosméthiques. Partout des points de vente se sont créés, et le pays en produit plus de 200.000 tonnes par an, dont 5.000 pour l’exportation.

Palmier açaí et ses grappes de fruits.

Question : d’où vient cet engouement pour ce fruit ?

Bruno Guinard : il est directement lié à la santé, au culte du corps, à l’hygiène de vie qui engendre cette nouvelle tendance pour les produits naturels. Comme il s’agit d’un fruit hautement énergétique, il est consommé en grande quantité par tous ceux qui fréquentent les salles de sport. Très médiatisé depuis quelques années, le açaí est devenu l’aliment à la mode, on le trouve pratiquement partout, depuis les aéroports jusqu’aux centres commerciaux, et bien sûr chez les glaciers, les casas de sucos (maison de jus de fruits), bref les points de vente sont partout.

Question : quelles sont ses propriétés ?

BG : avec le cacao c’est le fruit le plus riche en antioxydants, il est aussi très riche en vitamines E, C, B1 et B2, en phosphore, fer, calcium, magnésium, potassium, et aussi en protéïnes, en fibres et en lipides. C’est un tonifiant, vasodilatateur, il renforce le système immunitaire et aide à combattre le cholestérol. Il a aussi des vertus pour la peau, c’est un anti-inflamatoire, très riche en acide gras insaturés il peut aider dans les problèmes de dermatites, d’acné et les traitements anti-âge. Il est ainsi présent dans de nombreux cosméthiques au Brésil.

Paniers de açaí juste après la récolte.

Question : peut-on dire que c’est un produit miracle ?

BG : ses vertus sont certaines et l’on sait combien c’est un aliment important pour les populations natives en Amazonie. Mais il y a aussi beaucoup de marketing autour de ce fruit, il fait partie de ces aliments qui deviennent tout à coup à la mode, alors qu’il y a encore quelques années seules les populations locales le connaissaient ; des produits de l’actualité auxquels on attribue mille bienfaits. En réalité, on communique beaucoup sur ses aspects positifs, et on oublie les côtés négatifs. Car s’il est vrai, du fait de sa composition, que c’est un fruit énergétique, il ne faut pas oublier qu’on le consomme rarement frais et pur, donc pas si naturel qu’on nous le dit.

Car le açaí est fragile, il ne se conserve que quelques heures après sa cueillette. Cela veut dire qu’il arrive généralement au consommateur final avec des additifs, des conservateurs et des stabilisants chimiques. Il est aussi très souvent mélangé à du sirop de guaraná, un autre fruit amazonien, ce sirop hyper sucré permet de mieux le conserver et de rendre l’açaí plus agréable au goût. Il est donc déconseillé aux diabétiques ou toute personne suivant un régime sans carbohydrates. Comme en plus il est souvent accompagné d’aliments calorifiques, soit pour renforcer ses vertus tonifiantes, soit pour le rendre plus attrayant, comme céréales, bananes, sirop, glaces ou sorbets, il peut très vite faire prendre des kilos. Il faut donc le consommer avec modération

Une typique coupe d’açaí avec ses accompagnements.

Question : où et comment est-il cultivé ?

BG : c’est un arbre sauvage que l’on trouve le long des fleuves, des rivières et des zones marécageuses en région amazonienne, tout au long de la ligne de l’équateur. Mais il peut se développer partout où l’eau est abondante et les températures supérieures à 18°. C’est l’Etat du Pará qui en est le premier producteur, avec plus de 50% de la production. C’est un produit de l’extrativisme, directement prélevé dans la nature et selon des méthodes ancestrales. Ce sont des cueilleurs spécialisés, les peçonheiros, qui grimpent aux arbres pour y couper les grappes et les font tomber sur le sol. Le personnel au sol est chargé de remplir les paniers avec les « cerises » détachées de leur grappe pour les charger immédiatement sur les embarcations qui doivent les acheminer le plus vite possible vers une unité de conservation ou de traitement.

Question : y-a-t-il un danger pour ces arbres dans la nature ?

BG : ces arbres, puisqu’ils produisent des ressources, ne sont plus menacés. Mais ils l’ont été dans les années 70, quand on a commencé à les couper pour en extraire les coeurs de palmiers. Le açaí ne fourni pourtant pas un excellent coeur de palmier, mais comme le juçara (palmier à coeur), originaire de la même région, a été surexploité, les extrativistes se sont rabattus sur le açaí. A l’époque, il y eu une véritable révolte de la part des populations locales, surtout dans le Pará, et les autorités ont fini par en interdire la coupe. Ces dernières années, la demande a tellement augmenté que les populations natives sont souvent victimes d’exploitation à outrance.

Elles travaillent dans des conditions précaires et dangereuses (grimpant aux arbres sans équipement de sécurité) pour pouvoir produire le plus possible. Dans cette optique, elles-mêmes consomment moins de açaí pur, préférant le vendre. Il s’en suit de nombreux problèmes de malnutrition, surtout chez les enfants pour qui le açaí est un complément essentiel du lait, qui est lui souvent inaccessible.

Question : comment est-il consommé par les populations locales ?

BG : on peut dire qu’il est tellement essentiel dans leur alimentation, qu’elles le consomment à tous les repas, y compris au petit-déjeuner. Les fruits sont récoltés aux abords de la maison et immédiatement transformés en jus ou en pâte, qui est enrichit avec du tapioca, du riz ou de la farine de manioc. Elles l’utilisent aussi comme sauce en le faisant chauffer, il accompagne ainsi la viande et le poisson. Le açaí est connu depuis le tout début de la colonisation, mais les Indiens l’utilisaient bien avant cela et ce sont eux qui ont enseigné aux colonisateurs comment le consommer.

Exemple d’un point de vente.

Question : alors, dans un voyage au Brésil, à consommer ou pas ?

BG : bien sûr, ça fait partie de la culture locale, il faut au moins y goûter et si possible sous forme de suco (jus) ou de sorvete (sorbet), car comme expliqué plus haut, c’est sous ces formes qu’il est le plus naturel. Le goût est vraiment très particulier, rien n’est comparable, alors il faut en faire l’expérience pour savoir si on aime ou pas ; et comme les points de vente ne manquent pas, on a aucun mal à en trouver, généralement ils arborent même les tons de l’açaí, c’est à dire violets.

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