Carlos Kaiser, le footballeur qui n’aimait pas le foot

Carlos Kaiser, le footballeur qui n’aimait pas le foot
Carlos Kaiser, le footballeur qui n’aimait pas le foot

Au pays du football tout le monde ne court pas forcément derrière un ballon. Certains préfèrent les dominos, ou la peteca. Mais quand on est un joueur professionnel, ça devient très compliqué. On a pas encore inventé les ballons qui marquent des buts tout seul. Alors comment faire pour être un vrai pro, se faire engager dans les plus grands clubs du Brésil, sans jamais avoir marquer un but, ni même couru plus de 20 minutes sur un stade ?

La réponse s’appelle Carlos Kaiser. Joueur professionnel, ancienne star, même s’il n’a jamais brillé ; on entend pas beaucoup parler de lui, et pour cause, Carlos est une anomalie, et si son histoire n’était pas aussi rocambolesque, il serait même une honte pour le football brésilien. Seulement voilà, Carlos Henrique Raposo, alias Carlos Kayser, est aussi le plus grand bluffeur de l’histoire du football, le plus grand faussaire que ce sport n’ait jamais produit. Ce joueur n’a jamais joué. Mais il était tellement sympathique et émouvant, qu’aucun de ses co-équipiers ne s’est jamais plaint de ses absences, de ses très longues absences…

Le club de Bangu a son roi ! Carlos Kaiser !

Le club de Bangu a son roi ! Carlos Kaiser !

L’histoire est réelle, c’est bien pour ça qu’elle est drôle, car pendant près de 20 ans (dans les années 80 et 90), Carlos Kayser a joué en professionnel dans une vingtaine de grands clubs, dont Botafogo, Flamengo, Bangu, Fluminense, Vasco da Gama, América, Independiente (Argentine), El Paso (Etats-Unis), Puebla (Mexique), Ajaccio (France),  et quelques autres… Jouer n’est d’ailleurs pas le mot exact pour décrire ses performances, car Carlos Kayser n’a jamais terminé un match. Il n’aimait pas ça, et il ne savait pas jouer. Pour ne pas se faire repérer, il s’arrangeait toujours pour ne rester qu’un maximum de 20 minutes sur le terrain. Son vrai jeu consistait donc à dribler tout le monde (sauf les autres joueurs !), les supporters, les entraineurs, la presse, il a bluffé tout le monde pendant  20 ans, en poussant l’art de la supercherie à son maximum. Mais toujours avec le sourire, Carlos était un gentleman.

Puis, une dizaine d’années après avoir pris sa « retraite », à 39 ans, croulant sous les remords, il a tout avoué. Recyclé en personal trainer, il a décidé de dire la vérité sur son incroyable carrière. Il faut préciser aussi que Carlos est devenu bouddhiste, peut-être pour  se réincarner un jour en un vrai joueur de foot…

Ses aveux, bien sûr, sont à la hauteur de son personnage, Carlos déclare n’avoir jamais aimé le foot ! Que tout est la faute de sa maman, car elle rêvait pour son fiston d’une carrière de joueur international. C’est comme cela, pour faire plaisir à sa maman qu’il se vit propulsé dans le monde du foot professionnel.

« J’ai été victime de ma mère, elle m’a forcé » dira-t- il, et quand on lui demande s’il a marqué des buts, il sursaute « des buts ! Non jamais aucun, mon but à moi c’était de rejoindre l’infirmerie au plus vite et d’y passer le plus de temps possible. Je me faisais hospitaliser pour quelques jours, ou quelques semaines et comme ça j’étais dispensé d’entrainement et de compétitions. Je n’ai jamais joué un match en entier».

Dans ce reportage des années 90, le buteur Carlos Kaiser (ici à Ajaccio) est présenté comme un joueur de « football de champion ».

Dans ce reportage des années 90, le buteur Carlos Kaiser (ici à Ajaccio) est présenté comme un joueur de « football de champion ».

A peine croyable, comme quoi les mamans exagèrent parfois dans leurs rêves de carrière pour leurs enfants.

Ceci dit ça aurait pu être pire, boxeur ou ténor, comment Carlos s’en serait tiré ?

Et puis bien sûr on peut  se demander comment personne ne l’a jamais coincé, et c’est lá que Carlos était un véritable expert, il ne séjournait pas dans les clubs, tout au plus quelques mois… et de toute façon que dans leurs infirmeries. Au début, tout le monde avait de la peine, on pensait qu’il était un joueur à la poisse incroyable pour se faire tout le temps démolir dans le premier quart d’heure de match. D’autre part, Carlos savait y faire, il travaillait son image en collant toujours à des grands noms du foot, parmi lesquels Romário, Edmundo, Gaucho, Carlos Alberto Torres, Moises, Tato, Renato Gaucho, Ricardo Rocha, Branco, Maurício, etc, il posait avec les plus grandes stars du football « ça facilitait les contratations et ça rassurait les médias » dira-t’il. Il est vrai qu’en s’entourant de grands on fini par grandir aussi…  Puis, en dehors de l’ambiance professionnelle, Carlos  sortait avec les joueurs, faisait la fête avec eux, il s’affichait partout. Puis il chouchoutait les journalistes sportifs, leur envoyant des maillots dédicacés et des invitations à des fêtes et à des cocktails. Bien meilleur attaché de presse que joueur de foot ce Carlos Kaiser !

Son physique athlètique et une certaine ressemblance avec Renato Gaucho lui facilitait aussi la tâche. De plus, il avait le contact aisé et se faisait des amis partout. Carlos précise  « c’était la belle vie pour moi, la fête, les femmes, tout allait bien, et quand on commençait à me demander des comptes je changeais de club ». Et sa maman jubilait !

Carlos Kaiser, Gaucho et Renato Gaucho (années 90).

Carlos Kaiser, Gaucho et Renato Gaucho (années 90).

Carlos avait deux tactiques pour fuir le terrain de foot, feindre une déchichure, une entorse ou une lésion, ou se faire porter malade avant le match.  Bien entendu ses collègues joueurs l’ont vite démasqué, surtout après s’être aperçu qu’il avait un faux téléphone portable, en plastique ! Il explique : « à l’époque les téléphones portables coutaient très chers, je n’avais pas les moyens, alors j’en ai acheté un faux et quand le président d’un club me menaçait de résilier mon contrat j’inventais des coups de fils qui me remettaient sur les rails. Par exemple, devant le président je feignais de recevoir un appel d’un grand club  et je répondais comme s’il voulait m’engager, je refusais en disant que  je me sentais bien dans mon club et je remerciais pour la super proposition, ça calmait les présidents ».  Puis un jour dans les vestiaires il a oublié son portable en plastique, c’est à ce moment là que les autres joueurs ont compris qu’il mentait. Mais ils ne lui en voulurent jamais. Carlos était un gars tellement sympa, un vrai pote, tout le monde fermait les yeux. Renato Gaucho, que l’on interviewait après les aveux de Carlos, dira : « son enemi juré c’était le ballon. Dans les briefings juste avant les matchs il demandait qu’on lui passe tout de suite brutalement le ballon… car il fallait qu’il aille à l’infirmerie ».

Un jour pourtant les choses ont failli mal tourner. Après des semaines au club de Bangu (un des grands clubs de Rio) sans avoir touché le ballon, le président du club lui est tombé dessus : « ou tu joues, ou tu te casses ! ». Il le plaça alors sur le banc de la réserve. Carlos comprit immédiatement que son équipe était en train de perdre et qu’on allait l’appeler à la rescousse. Ça n’a pas raté, l’entraineur lui demanda de s’échauffer. Carlos, désormais sous haute surveillance, ne pouvait plus simuler ses habituelles déchirures musculaires. Son salut vint alors des gradins, les supporters adverses commencèrent à insulter son équipe. Carlos se souvient : « je me suis dis que c’était  l’occasion, et j’ai foncé pour défendre mon équipe, je me suis  jetté par-dessus la cloture de sécurité et me suis retrouvé au milieu des supporters adverses pour déclencher une gigantesque bagare. Grâce à ça, cassé de partout, je ne suis pas allé jouer et en plus je suis devenu un héros auprès de mes collègues ». A Ajaccio aussi, où Carlos a été engagé, par l’intermédiaire de son ami Fábio Maradona, les choses ont failli prendre une mauvaise tournure pour lui. Il avait pour stratégie de rester sur le terrain le moins longtemps possible et de s’éloigner du ballon au maximum. Mais en Corse il n’avait pas prévu qu’on lui demanderait de jouer dès son premier entrainement et devant des gradins bondés venus admirer le buteur brésilien (car même sans jamais avoir marqué un but, il s’était forgé une réputation de buteur). « Ils ont voulu me faire jouer pour voir ce que je valais ! J’ai alors fait celui qui ne comprenait pas un mot de français, et je me suis mis à taper dans les ballons en direction des gradins, comme pour dire que j’avais compris que le public voulait les ballons. Ça a marché, en quelques minutes il n’y avait plus un seul ballon sur le terrain et la foule m’a ovationné ».

Aujourd’hui Carlos Kayser ne regrette rien : « le Bouddhisme m’a changé, puis j’ai perdu un fils et  je suis trois fois veuf. L’enfer vous savez,  il est ici sur terre, il faut comprendre ce qui m’a poussé à agir comme ça, je viens d’un milieu très pauvre où l’on a  pas le choix, on est au fond du puit. Pour survivre je me suis habitué à mentir, j’ai toujours joué la comédie et été quelqu’un d’autre, car la vie ne m’a pas laissé le choix d’être moi-même. Alors j’ai trouvé ce moyen pour bien profiter, je me suis amusé sainement, je ne fumais pas, ne buvais pas et ne me droguais pas, mon truc c’était les femmes. Puis  je ne me suis  pas enrichi car je ne restais pas assez longtemps dans les clubs, mais j’ai mené une vie de joueur professionnel, c’est ça que je voulais, une vie de star du foot mais sans  jouer. J’ai trompé les clubs, c’est vrai, mais au fond eux trompent tellement les joueurs qu’il fallait bien que quelqu’un les venge un jour ! ».

Pour ses amis, Carlos était un vrai crack, pas du football, mais de l’ingéniosité et de la camaraderie. « C’est un homme extraordinaire » dit de lui Valtinho, ancien joueur professionnel du Sporting. Aujourd’hui Carlos est heureux, il ne ment plus. Il a un vrai téléphone portable et file le parfait amour avec une fausse blonde, sa pulpeuse fiancée, chanteuse de funk et elle aussi grande bluffeuse devant l’éternel… elle est transsexuelle.

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