Antonio Vicente, le forgeron qui s’est mis au bois

Antonio Vicente, le forgeron qui s´est mis au bois
Antonio Vicente, le forgeron qui s´est mis au bois

A bientôt 84 ans, ce Brésilien a pris tout le monde de court en plantant il y a plus de quarante ans des arbres dans une zone totalement dévastée. Aujourd’hui, sa forêt est un îlot de près de 200.000 hectares de Mata Atlântica (forêt littorale) à moins de 100 km de São Paulo, la plus grande métropole du pays.

Végétation de la Mata Atlântica.

Végétation de la Mata Atlântica.

Question : qui est cet homme, un écologiste avant la lettre ?

Bruno Guinard : sans le savoir, car à l’époque on ne parlait pas d’écologie, en tout cas pas au Brésil. Quand Antonio Vicente a acheté un premier terrain de 30 hectares pour y planter de la forêt, tout le monde le prenait pour un fou. C’était en 1973, en pleine dictature militaire, un régime qui poussait les agriculteurs à déboiser pour produire toujours plus, principalement du bétail. Auparavant, la région avait déjà été transformée en plantation de café, tout cela au détriment de la forêt native. Antonio raconte qu’il a été élevé dans une ferme avec 14 enfants, son père y était employé. En plus de leur travail, les employés étaient obligés de couper tous les jours de la forêt pour transformer les arbres en charbon de bois. C’est là, alors qu’il était enfant, qu’Antonio s’est aperçu que l’eau se raréfiait, les sources disparaissaient et le climat changeait.

Question : quand a-t-il commencé à reboiser ?

BG : à 14 ans il a quitté la ferme pour aller travailler en ville, à São José dos Campos, une ville industrielle près de São Paulo. C’est là qu’il a pu commencer à mettre un peu d’argent de côté, la terre n’était pas chère à l’époque, il savait qu’un jour il pourrait en acquérir un morceau. En ville il est devenu forgeron. Avec les années il y a monté une petite entreprise et enfin, à l’âge de 40 ans son entreprise valait un peu d’argent, il a tout vendu pour acheter une terre de 30 hectares, qu’il a agrandit au fil des ans pour couvrir aujourd’hui près de 200.000 hectares.

Antonio Vicente buvant l’eau d’une source de sa forêt.

Antonio Vicente buvant l’eau d’une source de sa forêt.

Question : quelles étaient ses connaissances ?

BG : aucune en technique forestière, en réalité sa préoccupation première était l’eau. Il était persuadé qu’elle viendrait à manquer et que le déboisement en était la cause. Il s’est alors lancé tout seul dans le projet de reboiser la forêt native, là où elle existait avant l’intervention humaine. C’est comme cela qu’à lui tout seul, il a planté plus de 50.000 arbres natifs de cette forêt originale du littoral brésilien, dont il ne reste plus aujourd’hui que 7% dans le pays. Peu à peu, la forêt s’est refaite naturellement grâce aux arbres plantés par Antonio. Pourtant, la zone était totalement dévastée, il n’y restait pas un seul arbre. Sa logique était toute simple, juste du bon sens, quand on lui disait qu’il ne vivrait jamais de sa forêt car les arbres mettraient au moins 20 ans pour produire quelque chose, il répondait que lui mangeait les fruits que d’autres avaient plantés avant lui.

Question : a-t-il été aidé dans ce projet ?

BG : non il a tout fait tout seul, parfois, quand il avait un peu d’argent il embauchait de la main-d’oeuvre  pour l’aider. Il a vécu très simplement, dans une cabane sous un arbre et se nourrissait de bananes, matin, midi et soir. Ce qui est admirable c’est son obstination, car tout autour dans la région, le déboisement n’a jamais cessé. Rien qu’en 2016 ce sont huit mille hectares de Mata Atlântica qui ont fini en charbon de bois et en pâturages. Autrefois cette forêt recouvrait 70% de l’Etat de São Paulo, aujourd’hui il n’en reste que 14%, et le déboisement sauvage continue. Ce désastre alentour n’a jamais démotivé Antonio, bien au contraire, et s’il avait pu acquérir plus de terres il aurait étendu sa forêt.

Le premier arbre planté par Antonio il y a 40 ans.

Le premier arbre planté par Antonio il y a 40 ans.

 

Question : aujourd’hui quel bilan fait-il ?

BG : Antonio Vicente est heureux d’avoir mené à bien ce projet et fier de sa forêt ; l’eau est revenue, il ne restait qu’une source dans un piteux état quand il a commencé, aujourd’hui il y en a 20. Elles alimentent des ruisseaux qui à leur tour partent vers les rivières et les réservoirs qui approvisionnent de nombreuses villes des environs. Il avait raison pour l’eau. Puis la faune est apparue, de nombreux oiseaux, comme des toucans, puis des pécaris, des singes, des pacas, des petits félins, et beaucoup d’insectes et de reptiles. Il y a même un jaguar, qui dévore régulièrement les volailles qu’Antonio élève autour de sa maison. Mais cet homme des bois en rit, il dit que cette forêt c’est sa famille…

 

 

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