Michel Temer, le leader Minimo sous pression maximale

Michel Temer, le leader Minimo sous pression maximale
Michel Temer, le leader Minimo sous pression maximale

Des manifestations d’une extrême violence contre Michel Temer et ses réformes à Brasilia ont provoqué l’intervention de l’armée. Pour ce président en sursis, l’heure de la sortie a sonné. Mas malgré les preuves de corruption qui s’accumulent contre lui et une opinion publique qui le considére illégitime, il s’accroche à son fauteuil présidentiel. Tombera, tombera pas, l’attente de sa chute accentue encore un peu plus le chaos politico-économique dans lequel le pays est plongé depuis maintenant deux ans.

Brasilia le 24 mai, la police débordée.

Brasilia le 24 mai, la police débordée.

 Question : pourquoi leader Minimo  ?

Bruno Guinard : par son manque absolu de charisme, il est en réalité un technicien du droit et de la constitution, un homme de l’ombre qui ne s’est jamais présenté devant les électeurs et qui n’est pas arrivé à la présidence par la grande porte, mais par le soupirail des bas-fonds de la politique.

Pour une immense majorité des Brésiliens c’est un président illégitime. N’oublions pas qu’il était le vice-président de Dilma Rousseff, et que c’est lui qui a orchestré sa destitution, une procédure qui lui a permis de se propulser à la tête de l’Etat jusqu’aux élections de 2018. En cela, il est vu comme un traitre, y compris par ceux qui s’opposaient à la présidente. Ainsi, Michel Temer, qui a pris le pouvoir il y a juste un an, a toujours été impopulaire. Sa cote de popularité n’a jamais excédé les 10%, ce qui le place même en dessous de Dilma juste avant sa destitution. Il y a quelques semaines, avant la publication de preuves de sa corruption, il était tombé à 4% d’opinions favorables. Aujourd’hui, avec le scandale des révélations qui pèsent sur lui, les instituts de sondage de prennent même plus la peine d’enquêter sur sa popularité. A cela s’ajoute, qu’en un an de gouvernement, à part les manipulations politico-juridiques qu’il a orchestré pour se protéger avec son équipe gouvernementale des enquêtes qui les accablent, il n’a pas réussi à enrayer la crise. Le chômage a explosé, pour arriver à un taux record de presque 15%, de même que l’insécurité et la dégradation sociale, sans parler du recul du PIB. Même si certains spécialistes annoncent des signes de reprise, le constat est peu réjouissant pour ce gouvernement qui se voulait salvateur.

Manifestants revendiquant des élections directes à Brasilia.

Manifestants revendiquant des élections directes à Brasilia.

 Question : dans ce contexte comment a-t-il pu se maintenir jusqu’ici ?

BG : d’abord, par le jeu des alliances de la droite et du centre il a obtenu une majorité parlementaire. Cette même majorité, qui devant le mécontentement de l’opinion publique et les soupçons de corruption du gouvernement de Dilma, de Lula et du PT (parti des travailleurs), l’a appuyé dans la procédure de destitution de la présidente. A partir de cela, il a promis d’engager une série de réformes pour faire face à la crise et remettre le pays sur les rails. En ce sens, une partie de la classe politique et de l’opinion publique, plus par dépit que par conviction, l’ont laissé faire. Mais cet apparent état de grâce était aussi très lié au fait que jusqu’ici aucune preuve concrète de sa corruption n’avait été faite. Aujourd’hui, plus rien ne justifie sa permanence au pouvoir. Il a été pris la main dans le sac de corruption et d’obstruction des enquêtes qui depuis deux ans secouent toute la classe politique brésilienne.

Question : quelles sont ces preuves ?

BG : l’enregistrement d’une récente conversation téléphonique, où il donne son aval à l’achat du silence de l’ancien président de la chambre des députés, Eduardo Cunha aujourd’hui en prison.

Cet enregistrementt a été fait par un des gros industriels qui fait l’objet d’enquêtes dans un méga scandale de pots-de-vin et de financements occultes, connu comme opération Lava-Jato, qui touche une grande partie des élus et des grosses entreprises du pays, à commencer par la compagnie pétrolière Petrobrás. L’industriel en question, Joesley Batista, à la tête de JBS, la plus grosse entreprise de traitement de viandes dans le monde, a décidé de collaborer avec les enquêteurs en mettant en place un piège qui a permis de prendre en flagrant plusieurs hommes politiques de premier plan, dont le président de la république. Dans ce piège, est également tombé Aécio Neves, chef du premier parti de droite du pays, le PSDB. Aécio, connu pour avoir affronter Dilma Rousseff aux dernières présidentielles en 2014, où, en tant que chef de l’opposition, il est arrivé second avec une très courte marge.

Tumulte contre Temer mercredi 24 mai à la chambre des députés.

Tumulte contre Temer mercredi 24 mai à la chambre des députés.

Question : que va-t-il se passer maintenant ?

BG : après la diffusion de l’enregistrement, tout le pays, y compris la classe politique, s’attendait à ce que Temer renonce. Mais au contraire, il a annoncé dès le lendemain qu’il ne renonçait pas, argumentant que l’enregistrement ne constituait pas une preuve suffisante. Il en a alors demandé l’expertise, gagnant ainsi quelques semaines (il est intéressant de constater qu’il n’a pas nier le contenu de l’enregistrement). En attendant, il s’efforce de montrer une image de normalité, et à part quelques défections au sein de sa majorité, son gouvernement se maintient. Jusqu’aux résultats de l’expertise, il devrait donc résister, même si plus personne ne croit qu’il conservera son poste. Plusieurs demandes de destitution ont été enregistrées contre lui par divers partis d’opposition ainsi que par l’ordre des avocats du Brésil. Ceci étant, même s’il parvient à manipuler l’enquête pour quelques temps, il n’échappera pas à son tour à une procédure de destitution. Mais si entre temps il décidait de renoncer, il y aurait des élections indirectes dans les 30 jours. La transistion serait alors assumée par l’actuel président de la chambre des députés, Rodrigo Maia, c’est lui qui aurait la charge d’organiser ces élections au sein de l’assemblée nationale. Un des candidats serait alors désigné comme président jusqu’aux présidentielles de 2018. Ça c’est la procédure constitutionnelle normale, mais il n’est pas exclu que sous la pression de la rue et grâce à une accumulation de preuves, le Tribunal Electoral Supérieur (STE) prenne la décision d’invalider l’élection de 2014, qui a porté au pouvoir le tandem Dilma/Temer. Cette annulation provoquerait alors l’élection au suffrage universel, une option à laquelle est favorable l’immense majorité de la population.

Question : une nouvelle élection serait-elle bénéfique pour le pays ?

BG : le gros problème c’est qu’aucune option ne fait figure de solution. La classe politique est largement discréditée, les délations ont jusqu’ici fourni une liste de 1.920 élus qui seraient cités dans les affaires avec les grosses entreprises du pays. Un tiers des parlementaires est impliqué, et ce n’est que la partie cachée de l’iceberg. Pour sauver leurs business les industriels collaborent avec les enquêteurs pour obtenir des remises de peine. Ainsi, au fil de ces délations les têtes tombent. Il n’y a donc actuellement, aucun parti ni aucune personnalité de poids envisageable pour diriger le pays, de plus, pour être candidat il faut avoir un casier vierge, une exigence judiciaire qui empêche aujourd’hui bon nombre de candidats potentiels de se présenter, tous partis confondus.

Manifestation dimanche 28 mai à Copacabana.

Manifestation dimanche 28 mai à Copacabana.

Question : manifestations, appel de l’armée, est-ce le signe de gros troubles à venir ?

BG : il faut relativiser, les débordements à Brasilia sont le résultat d’une incapacité de la police à contenir les manifestants. La police a été débordée, elle n’avait pas prévu une telle violence. Face aux incendies de ministères et aux menaces de pénétrer dans le congrès, le pouvoir a pris peur et fait appel à l’armée pour contenir les 45.000 manifestants de Brasilia. Ces derniers avaient répondu à l’appel de neuf centrales syndicales demandant le départ de Temer et l’abandon des réformes des retraites, de la sécurité sociale et du code du travail ; des réformes qui étaient à un fil d’être votées. Puis d’autres manifestations ont eu lieu, notamment à Porto Alegre, ou encore à Rio ce dimanche 28 mai. L’ambiance est donc aux troubles, et tout indique que cela va continuer jusqu’au retour à la stabilité politique, passera-t-elle par l’élection d’un nouveau président, par une réforme du système politique, par une nouvelle constitution, à ce jour nul n’est capable de le prévoir.

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