Kobra, le serpent de mur…

Kobra, le serpent de mur...
Kobra, le serpent de mur...

C´est la star des graffiteurs brésiliens, Eduardo Kobra a réalisé des graffitis sur de nombreux murs à travers le monde. Il s´est fait remarquer à Rome, Dubai, Amsterdam, Miami, Lyon, Tokyo, Londres, Athènes, et au Brésil bien sûr, où il vient de battre son propre record en peignant une superficie de 5.742 m² sur les murs d´une fabrique de chocolat dans la banlieue de São Paulo, réalisant ainsi le plus grand mural du monde. Sur fond d´une plaque de chocolat au lait, un Indien navigue sur une rivière de chocolat avec sa pirogue chargée de cacao… Pour lui, les murs sont des toiles qui sont là pour être peintes.

 Kobra devant l´un de ses muraux à São Paulo.

Kobra devant l´un de ses muraux à São Paulo.

Né en 1976, cet artiste est originaire d´un quartier pauvre de São Paulo, c´est lá qu´à l´âge de 15 ans il a commencé à peindre sur les murs de la ville. Au début ce ne sont que des tags, nous sommes en 1987, c´est très en vogue dans l´univers hip-hop, il suit le mouvement. Puis il évolue vers le graffiti et se distingue très vite pour ses qualités artistiques. Malgré ses réalisations dans une dizaine de pays, c´est dans sa ville qu´il a réalisé 90% de ses oeuvres. Il s´est surtout fait remarqué pour ses peintures en 3 D, puis en imposant son style, tantôt très coloré tantôt  vintage, sur des thèmes qui lui sont chers, comme la destruction de l´environnement, la défense des animaux (muraux contre la chasse aux baleines ou les corridas) et le sport. Ayrton Senna est incontestablement son sportif fétiche, mais il met aussi d´autres célèbrités à l´honneur, comme Falcão, Johan Cruyff, ou encore Neymar, auquel il a dédié un mural aux cotés de Batman, le héros favori du footballeur (En haut de page Neymar et Batman – Rio de Janeiro – 2016).

Peuples natifs des cinq continents (Rio 2016)

Peuples natifs des cinq continents (Rio 2016)

La sauvegarde de la nature, le respect des libertés, de la diversité, et la mémoire des villes sont aussi ses grands thèmes favoris. C´est ainsi qu´il peint un mural de près de 3 .000 m² en plein de centre de Rio de Janeiro pour les J.O 2016,  cette oeuvre sera son premier record mondial en taille de mural, il représente les peuples natifs des cinq continents. A São Paulo, sa ville natale, on ne compte plus ses « murs de la mémoire », où des scènes du début du XXe siècle transforment le paysage urbain tout en rappelant à chacun le passé de cette métropole moderne. Le plus grand de ces muraux de la mémoire, avec plus de 1.000 m² le long d´une des principales avenues, la 23 de maio. L´idée est de mélanger les aspects glamours et nostalgiques à ceux de l´agitation perpétuelle d´aujourd´hui. Le concept plait et Kobra réalisera des murs de la mèmoire dans plusieurs autres villes du pays, mais aussi à l´étranger.

C´est cette « mémoire de la ville » qui l´inspire aussi à Lyon en 2011, où il peint un mural en hommage aux émigrés qui ont fait la ville, dans le quartier de la Guillotière. A Athènes, son mural « évolution inhumaine », aborde une mémoire bien plus ancienne, mais l´oeuvre sera vandalisée par des religieux radicaux qui combattent l´évolutionnisme. Pourtant, comme l´expliquera Kobra, le but du mural était de montrer que l´homme évolue vers le mal. La fresque représente en effet des singes et des hommes primitifs qui évoluent jusqu´à l´homme moderne, puis des militaires, ces mêmes hommes modernes, qui se font la guerre et détruisent la planète et les animaux.

Mural « Les émigrés », quartier de la Guillotière à Lyon (2011)

Mural « Les émigrés », quartier de la Guillotière à Lyon (2011)

Dernièrement, Eduardo Kobra s´est vu enroler bien malgré lui dans une polémique avec la mairie de São Paulo. En effet, João Doria, le maire récemment élu à la tête de cette ville, l´une des plus peuplées du monde, a ouvertement déclaré la guerre aux taggueurs. Ne faisant aucune distinction entre l´art et le vandalisme, le maire a lancé une vaste entreprise de nettoyage des murs de « sa » ville. Comme depuis plus de 30 ans São Paulo est la ville du Brésil où cette forme d´expression s´est le plus développée, il y a vraiment de quoi faire ! Paradis des taggueurs et des graffiteurs, ce sont des milliers de murs que le maire fait repeindre, en gris bien sûr, univers de béton oblige. Soucieux de démontrer qu´il est tout de même sensible à cet art, le maire efface tout, mais ne touche pas aux muraux de Kobra. Mieux encore, il le cite comme coordinateur d´un projet municipal visant à « encadrer » l´art des rues. Le problème c´est que Kobra n´a jamais été consulté !

Mural « mémoire de la ville », av. 23 de maio, São Paulo

Mural « mémoire de la ville », av. 23 de maio, São Paulo

Puis, en représailles au « vandalisme » de la mairie, des taggueurs ce sont attaqués et ont détruit certains muraux de Kobra. Désolé, le maire lui a demandé s´il avait besoin d´aide pour repeindre et restaurer ses oeuvres ; mais Eduardo Kobra a choisi le camps des artistes de rue en répondant que si l´on faisait disparaitre tous les graffitis, alors les siens devaient en faire partie… Pour lui, c´est le contraire qu´il faut faire, c´est à dire peindre plus de murs, couvrir tout ce béton, car les graffitis font partie de l´image de la ville et la population y est favorable. Il parle bien sûr des graffitis, fresques et muraux, et non pas des tags qui défigurent plus qu´ils n´embellissent.

Aujourd´hui le mural « mémoire de la ville » de l´avenue 23 de maio a fait place à un mur gris ; le temps d´un mandat municipal sans doute. Par contre, à Dubai sa fresque « la légende du cheval arabe » semble avoir de beaux jours devant elle…

La « légende du cheval arabe », Dubai (2016)

La « légende du cheval arabe », Dubai (2016)

 

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