Santa Rita, la Silicon Valley brésilienne

Santa Rita, la Silicon Valley brésilienne

Presque inconnue du grand public la petite ville de Santa Rita do Sapucaí, située dans le sud-est du Minas Gerais, avec 153 entreprises technologiques génèrent chaque année plus de trois milliards de Reais (un milliard d’Euros). A l’inverse du reste du pays elle créer des emplois, avec plus de 14.000 travailleurs rien que dans le pôle électronique, elle possède trois facultés, trois écoles techniques, trois centres de recherches, un laboratoire de prototypes, et de nombreux incubateurs d’entreprises. C’est le premier pôle électronique du Brésil, d’oû sortent chaque année plus de 13.700 produits « made in Santa Rita », et exportés dans 41 pays.

Plaques électroniques dans une usine de Santa Rita et vue de la ville.

Plaques électroniques dans une usine de Santa Rita et vue de la ville.

Question : ce pôle électronique a été créé quand ?

Bruno Guinard : le concept est né dans les années 50, c’est à dire à peu près en même temps que la Silicon Valley californienne. A l’époque, l’idée est venue d’une femme, Madame Luzia Moreira, ancienne épouse de diplomate, qui a vécu dans plusieurs pays et qui voulait à tout prix éviter que la jeunesse quitte sa ville et sa région par manque d’opportunités et d’avenir. Personne ne croyait à son initiative mais après des années d’insistance auprès des hauts responsables locaux et même du pays, elle fonde en 1959 la première école technique d’électronique de l’Amérique latine. Elle confie l’organisation et la formation scolaire aux Jésuites, qui au fil des ans en font un véritable modèle et une réussite qui ne fera que s’amplifier. Mme Moreira a réussi l’exploit d’implanter une école de formation technique à une époque, et dans un pays, alors très machiste, de plus elle n’avait aucune notion de technologie, et enfin, elle l’a fait dans un milieu exclusivement rural, qui n’avait jusque là produit que du lait et du café.

Luzia Moreira avec le père Alexandre Caballero, le premier directeur de l’école technique d’électronique (1959).

Luzia Moreira avec le père Alexandre Caballero, le premier directeur de l’école technique d’électronique (1959).

 Question : qu’est-ce qui a fait la réussite de cette ville ?

BG : l’école technique d’électronique (ETE) a vraiment été le vecteur du développement local. Pour la première fois les étudiants du secteur n’avaient pas à quitter le pays pour se former. Ils ont afflué à Santa Rita, créant ainsi des activités parallèles, transports, restaurants, hébergements, commerces, etc. Puis très vite autour de l’école les étudiants ont créé de petits ateliers afin de mettre leurs connaissances à exécution et surtout créer de nouvelles technologies. Beaucoup sont restés sur place pour y développer leurs propres micro-entreprises et recherches. Les cerveaux du secteur ont ainsi fait de Santa Rita leur lieu de rencontre, attirant d’autres centres d’enseignement, comme les facultés, qui comptent aujourd’hui parmi les meilleures du pays dans leurs spécialités. Toute cette connaissance a très vite suscité l’intérêt des acheteurs et investisseurs, qui suivent de très près toute innovation technologique. L’argent est donc arrivé et n’y manque pas, bien au contraire, on l’a vu, le pôle technologique de Santa Rita génère plus d’un milliard d’Euros par an, ce qui est enviable pour une petite commune brésilienne de 38.000 habitants. L’autre avantage est géographique, Santa Rita se trouve à peu près au milieu d’un triangle formé par les trois plus grosses villes et centres industriels du pays, São Paulo, à seulement 200 km, Rio de Janeiro à 370 km, et Belo Horizonte à 316 km, des sauts de puce au Brésil !

 

Question : quels sont les secteurs phares de ce pôle aujourd’hui ?

BG : parmi ceux qui produisent le plus on compte l’électronique, la télécommunication, la sécurité (alarmes électroniques), l’informatique, l’électromédical, l’automatisation industrielle, commerciale et immobilière, les technologies de l’information, et les équipements d’infrastructures. Actuellement, trois nouvelles technologies de pointe sortent chaque jour du pôle de Santa Rita, dont certaines sont des vedettes nationales, comme les urnes électroniques (pour les élections), la puce pour les passeports, ou encore le transmetteur de TV digital. Mais Santa Rita, en plus du dynamisme et de la créativité de son pôle de l’électronique a su également capter et diversifier ses activités. Par exemple, en dehors des fêtes populaires comme le carnaval ou festivals, de rock, de gastronomie, de jazz ou encore des arts urbains, la ville organise de nombreux évênementiels liés au pôle électronique, comme foires et séminaires autour de la créativité et des nouvelles technologies.

Matériel orthopédique créé à Santa Rita.

Matériel orthopédique créé à Santa Rita.

 Question : Santa Rita doit donc attirer beaucoup de travailleurs ?

BG : la ville compte parmi les plus développées du pays et apparait régulièrement sur la liste des 100 meilleures villes du Brésil en qualité de vie. Elle est aussi la 3ème de ce classement dans son Etat, le Minas Gerais. Elle est par exemple, actuellement, une des rares villes du pays qui embauche plus qu’elle ne licencie. Elle affiche aussi un taux d’homicides deux fois et demi en dessous de la moyenne nationale. On y a donc une meilleure qualité de vie et on y a plus de chances de trouver un emploi, mais ça ne veut pas dire que tout le monde se rue à Santa Rita. D’abord, ce n’est pas une ville qui fait beaucoup de publicité d’elle-même, je le disais plus haut elle est presque méconnue du grand public, ensuite, la majorité des emplois à pourvoir sont assez spécialisés. Santa Rita n’est donc pas une ville où l’on débarque sans savoir ce qu’on va y faire, elle n’est pas un pôle d’immigration, mais plutôt un pôle de créativité où l’innovation est valorisée. C’est le lieu idéal pour les jeunes talents qui veulent se lancer dans de nouvelles aventures technologiques, ils trouvent à Santa Rita un contexte très favorable et des investisseurs prêts à les financer.

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