Alentours d’Iguaçu, un voyage insolite aux missions jésuites

Alentours d´Iguaçu, un voyage insolite aux missions jésuites
Alentours d´Iguaçu, un voyage insolite aux missions jésuites

On a tendance à penser que l’intérêt de la région se limite aux chutes. En réalité, on peut y éviter les pièges à touristes et s’évader à quelques heures de route vers un univers méconnu, authentique, et presque sans aucun touriste. Il s’agit de la région des missions jésuites, où subsistent une trentaine de ruines étendues sur la zone des trois frontières, Brésil, Argentine et Paraguay, et dont certaines sont classées au Patrimoine de l’Humanité par l’Unesco. Tout le monde se souvient du film Mission (sortie en 1986), tourné dans la région, justement aux chutes de l’Iguaçu et sur les ruines jésuites. Les ruines ont les couleurs de Pétra, la forêt toute proche rappellent les ruines du Yucatán, pourtant on est dans un autre monde, au pays des gauchos, des guaranis, des pionniers, des grands fleuves et d’une nature que l’homme n’a pas complètement dompté…

Scène du film Mission avec Jeremy Irons et Robert de Niro.

Scène du film Mission avec Jeremy Irons et Robert de Niro.

Question : en dehors des chutes, on peut faire du tourisme à Iguaçu ?

Bruno Guinard : c’est une question de goût, mais en dehors des chutes, tout ce qui est touristique autour n’a que peu d’intérêt. Les chutes sont le grand spectacle, que ce soit du coté brésilien ou argentin, c’est la visite inoubliable. Après ce contact avec cet environnement naturel, c’est un choc que de se retrouver dans les villes voisines, que sont Foz do Iguaçu (Brésil), Ciudad del Este (Paraguay), ou Puerto Iguazú (Argentine), qui n’ont aucun charme. Bien sûr ça peut être pittoresque d’aller voir les souks du Paraguay, où l’on trouve tout ce qu’on fait de pire en gadgets et contrefaçons, si on aime la cohue, pourquoi pas. La ville de Ciudad del Este, est la plus grande des trois, près de 400.000 habitants (dont 50.000 travailleurs brésiliens illégaux !), c’est la seconde ville du Paraguay. On y parle espagnol et guarani, les deux langues officielles, mais ce sont les Brésiliens qui font marcher le commerce en étant de très loin les premiers acheteurs. Pendant très longtemps, cette ville était une zone franche où l’on allait s’approvisionner, surtout en électronique et électroménager. Aujourd’hui, avec les accords du Mercosul, ce commerce s’est réduit, mais il reste une tradition du bazar de rue et de la contrefaçon. On doit vraiment se méfier si on y fait des achats et se renseigner pour obtenir des adresses de magasins sérieux, il y en a quelques uns.

Vestiges jésuites à San Ignacio.

Vestiges jésuites à San Ignacio.

Question : et coté brésilien et argentin ?

BG : Foz do Iguaçu est le point d’arrivée, c’est l’aéroport le plus important de la région, c’est une ville moderne, avec 300.000 habitants, qui vit surtout du commerce, car la plupart des gros commerçants de Ciudad del Este y réside. Le barrage a aussi drainé du monde, et bien sûr le tourisme, car on a besoin d’hôtels, de restaurants, de transports, etc, aussi bien pour ceux qui viennent pour le business, que pour les touristes moins argentés qui logent en ville. Une curiosité, c’est ici que se trouve la plus grande mosquée du Brésil, qui est aussi un lieu de visite touristique, en raison d’une importante communauté musulmane, Palestiniens, Libanais, Syriens, entres autres, tous commerçants des deux cotés de la frontière. Quant à Puerto Iguazú, s’il fallait séjourner dans une ville, ce serait celle-là. Elle se trouve du coté argentin, avec un peu moins de 100.000 habitants c’est la seule qui soit bien arborisée et sans buildings. Elle vit elle aussi du commerce, surtout d’articles en cuir et autres spécialités argentines, comme le vin, la charcuterie, etc.   

Le fleuve Paraná et le pont entre Posadas (Argentine) et Encarnación (Paraguay).

Le fleuve Paraná et le pont entre Posadas (Argentine) et Encarnación (Paraguay).

Question : et les attractions touristiques en dehors des chutes ?

BG : les agences de voyages et les guides proposent en général la visite du barrage d’Itaipu, uniquement pour l’aspect technologique. Dans le parc des chutes, le Safari Macuco est proposé pour découvrir la végétation et faire une courte navigation sur l’Iguaçu pour s’approcher des chutes. Là aussi on peut s’en passer, d’autant que la découverte de la végétation locale est, à mon avis, trop superficielle et trop touristique. Ensuite, le survol des chutes en hélicoptère, les achats au Paraguay, les boutiques d’artisanats et de chocolats régionaux, le Parque das Aves (parc des oiseaux), un spectacle folklorique, ou encore le point de vue des trois frontières, c’est tout cela qu’on propose comme attractions sur place. Enfin, s’il est vrai que le survol des chutes en hélicoptère permet de comprendre l’ensemble, tout comme le Safari Macuco permet de naviguer dans les eaux pour le moins agitées de l’Iguaçu, ce ne sont pas des activités indispensables, rien de tout cela ne sera plus merveilleux que la promenade le long des chutes. Par contre, si on a le temps et si on aime les oiseaux, le Parque das Aves est une visite envisageable. De plus, il se trouve à l’entrée du Parc des chutes, donc très facile d’accès.

Question : tu conseilles les ruines des missions jésuites, n’est-ce pas trop loin ?

BG : des ruines se trouvent à 3 heures de route de Puerto Iguazú. C’est bien sûr un autre voyage, il serait dommage d’y passer que la journée. Il est donc recommandé de loger sur place, soit à Posadas, la capitale argentine de cette province appellée Misiones, à partir de laquelle on peut accéder à plusieurs sites, soit dans un des lodges sur le trajet. La région est très boisée, c’est la zone subtropicale de l’Argentine, véritable sanctuaire naturel. Il faut savoir qu’il y a une trentaine de ruines sur les trois pays, mais, à moins d’être un spécialiste en missions jésuites, on peut se contenter des plus imposantes, comme San Ignacio du coté argentin. Ce sont les plus belles de toutes et il s’y déroule un spectacle son et lumière intéressant. Il y a deux très belles ruines du coté paraguayen, celles de Trinidad et de Jesús, puis celles de São Miguel das Missões du coté brésilien. Cette dernière est celle qui, de toutes les missions, possède le musée le plus complet sur le thème. Trinidad, São Miguel et San Ignacio, sont les trois sites classés par l’Unesco.

Ruines de Trinidad (Paraguay).

Ruines de Trinidad (Paraguay).

Question : et le coté pratique, se loger, se déplacer, etc ?

BG : les ruines des missions s’étendent sur trois pays, dans une même région, on va donc y circuler par voie terrestre, avec des frontières à passer. Je conseille depuis Foz do Iguaçu de se rendre à Puerto Iguazú et d’y louer une voiture. Sachant qu’ici il n’est pas permis de séjourner hors des frontières avec des voitures de location, on a pas le choix. De Puerto Iguazú il y a 3 heures de route jusqu’aux ruines de San Ignacio. Le site est ouvert tous les jours de 09h00 à 19h00, le spectacle son et lumière commence à 19h00 en hiver et 20h00 en été (saisons australes). Les visites et le spectacle nocturne sont payants (environ 10 dollar chacun). La ville de Posadas est à environ une heure de route et possède quelques hôtels assez basiques mais très corrects. Cette ville n’a aucun intérêt. Mais par le fait qu’on se trouve en région chaude de l’Argentine, on y ressent une ambiance exotique, ventilateurs, farniente, le tout avec de bonnes viandes grillées, et aussi du poisson, le fameux surubi du fleuve tout proche. De l’autre coté du fleuve Paraná, se trouve la ville paraguayenne de Encarnación, aussi peu glamour que Posadas, mais c’est de là qu’on va vers les ruines de Trinidad et de Jesús. Un bus de ville permet de traverser la frontière, où l’on doit passer par les formalités habituelles. A partir de là il faut négocier un taxi paraguayen pour se rendre à Trinidad, c’est à 40 km de la frontière, un peu plus loin si on veut aller jusqu’à Jesús (15 minutes de plus). Attention, la monnaie locale est le guarani, mais on y connait aussi très bien le dollar, le taxi pour se rendre aux deux sites, aller-retour se négocie autour de 60 dollars.

Question : et le coté brésilien ?

BG : les ruines de São Miguel das Missões sont les mieux préservées du Brésil, elles sont aussi les plus éloignées de Posadas, environ 4 heures de route. Elles sont à 500 km de Porto Alegre, la capitale de l’État du Rio Grande do Sul. Les ruines sont classées, mais c’est son musée qui est le plus complet et intéressant de toutes les ruines des missions, rien que cela vaut le détour. Lá aussi on y présente un son et lumière, mais assez amateur, rien de comparable avec celui de San Ignacio en Argentine, comme cité plus haut. On peut loger sur place, mais les petits hébergements sont assez précaires. La ville un peu plus importante des environs est San Borja est à 170 km des ruines, à la frontière argentine et sur la route de Posadas.

Question : tu recommandes vraiment ce voyage ?

BG : je trouve que c’est un privilège de découvrir une région encore méconnue des touristes. La région est pittoresque et authentique, c’est un univers à la fois rural et exotique qui s’étend sur trois pays. C’est vraiment une escapade hors sentiers battues, de plus, la région est sûre et avec de bonnes infrastructures, et en plus il y a la beauté des ruines des missions jésuites. C’est un voyage complet où l’on peut passer quelques jours vraiment très dépaysants.

Voici une carte de la région pour se repérer, les missions sont les points fléchés :

  • En jaune foncé le Brésil – En jaune pâle l’Argentine – En gris le Paraguay.
  • La zone dans les pointillés rouges est l’ancien territoire des missions jésuites

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