Brasilia capitale mystique (1ère partie)

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Brasilia capitale mystique (1ère partie)

Fondée en 1960, Brasilia est l’une des plus jeunes capitales de la planète. Siège du gouvernement fédéral, avec une population qui approche les trois millions d’habitants, cette cité futuriste est classée au Patrimoine Mondial par l’UNESCO. Elle est surtout connue pour son architecture et son urbanisme, mais bien moins pour le symbolisme et le surnaturel qui font d’elle la capitale du mysticisme.

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Vitrail de cristaux dans le temple de la LBV

Question : qu’est-ce qui fait de Brasília une ville mystique ?

Bruno Guinard : tout d’abord l’histoire autour de sa localisation. Il faut bien comprendre qu’en 1956, la décision de transférer la capitale du pays au milieu du Planalto Central (plateau central du pays), en pleine savane, à des milliers de km de la côte et des grandes villes, même si l’idée n’était pas nouvelle, n’était pas du goût de tous. Principalement des fonctionnaires et représentants politiques, qui allaient devoir quitter Rio et ses plages pour aller mordre la poussière dans une région où la sécheresse sévit six mois de l’année. Il a fallu offrir beaucoup d’avantages à ces fonctionnaires pour qu’ils acceptent de déménager. La population en général n’y était pas favorable, il a donc fallu trouver de bons arguments. C’est alors qu’on a interprété une prophétie de Dom Bosco, un religieux salésien italien du 19ème siècle, qui, bien que n’ayant jamais mis les pieds au Brésil, aurait eu la vision d’une capitale du futur qui surgirait dans l’hémisphère sud entre le 15e et 20e parallèle, au bord d’un lac où le lait et le miel couleraient en abondance. Une sorte de Terre Promise où naîtrait une nouvelle génération d’êtres humains. A cela s’ajoute le fait que les principaux acteurs de la création de Brasília, le président Jucelino Kubitschek et l’architecte Oscar Niemeyer étaient Francs-Maçons, de là à penser que la nouvelle capitale émanait d’un concept maçonnique, il n’y avait qu’un pas. Par la suite, les milieux ésotériques ont vu en Kubitschek la réincarnation du pharaon Akhenaton, fondateur de la nouvelle capitale de l’Egypte en – 1353 av. J.-C. Appelée Akhetaton, et édifiée sur un site désertique. Brasília  en serait inspirée par bien des aspects, sa forme d’oiseau, un lieu jusqu’alors vierge de tout culte, ou encore des édifices construits pour recevoir la lumière du soleil d’où son surnom de cité solaire. Tout cela ne pouvait que favoriser le développement d’un ésotérisme qui fait qu’aujourd’hui, la capitale et ses alentours comptent plus de 2.500 sites, entre communautés et lieux de culte, considérés mystiques. Toutes les religions de la planète y sont représentées, mais ce qui domine l’immense majorité de cet ésotérisme, c’est le syncrétisme. S’il est déjà très présent dans la société brésilienne en général, il semble qu’à Brasilia il soit à son apogée.

 

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Plan de Brasília dessiné par Oscar Niemeyer, en gris le lac Paranoá.

Question : l’idée de déplacer la capitale n’était donc pas nouvelle ?

BG : pendant la seconde moitié du 18e siècle, le marquis de Pombal, alors premier-ministre portugais et administrateur des colonies, suggérait déjà la création d’une capitale du Brésil dans l’arrière-pays. Après l’indépendance en 1822 l’idée n’a pas été reprise et il fallu attendre la proclamation de la république en 1889 pour que ce projet soit inscrit dans la nouvelle constitution brésilienne. Ceci dit, en 1763 le marquis de Pombal avait tout de même fait transférer la capitale de Salvador de Bahia vers Rio de Janeiro. On était pas dans l’intérieur des terres, mais Brasília est ainsi la troisième capitale du pays, et cela depuis 1960.

Question : quelles sont les bases des courants mystiques de Brasília ?

BG : on l’a vu, Brasília est née d’un concept mystique. Même si, entre les prophéties de Dom Bosco et les visions ésotériques, on a beaucoup déliré et extrapolé sur le mysticisme de la capitale, on doit bien admettre qu’elle a été pensée et édifiée par des personnages hors du commun. Le président Kubitschek, visionnaire d’une très grande ouverture d’esprit (ce qui était loin d’être courant pour un homme de pouvoir dans l’Amérique latine des années 50), ou de Niemeyer, un athée qui prêchait l’œcuménisme ; la cathédrale de Brasília (photo du dôme en haut de page) avait été projetée par lui pour être un lieu de culte interconfessionnel.

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La cathédrale est souterraine, le dôme représentant la couronne d’épine du christ, à l’entrée une rampe gardée par les statues des quatre évangélistes descend vers l’intérieur de l’édifice. A droite, le calice du christ où se trouvent les cloches. Le tout chargé de symbolisme.

Puis il y a toute une symbologie à Brasília, dans le plan de la ville et dans les constructions, elle serait une cité solaire, comme les villes de l’Égypte ancienne et sa forme de « grand oiseau de la paix », représenterait les ailes de la déesse Isis. L’axe des ailes s’étend d’est en d’ouest pour le lever et le coucher du soleil. l’axe central marque quant à lui la division du continent sud-américain en deux parts égales. A cela s’ajoute le fait que la ville soit construite sur un sous-sol regorgeant de quartz, ce qui, selon les mystiques, la dote d’un champs magnétique favorable au psychisme et aux contacts avec des univers parallèles. En purifiant les corps énergétiques, les vibrations minérales faciliteraient le développement de l’esprit et le placerait en harmonie avec le cosmos. Brasília serait un chakra de la planète, un canal énergétique avec le reste de l’univers, c’est peut-être pour cette raison que c’est le lieu du Brésil où l’on enregistre le plus grand nombre de témoignages sur la présence d’OVNIs. A partir de tous ces éléments, de nombreux mystiques et groupes ésotériques, ont choisi de s’installer à Brasília. Il y a même une communauté de médiums qui regroupe aujourd’hui plus de 15.000 membres, il s’agit du Vale do Amanhecer (vallée de l’aube), devenue une véritable ville aux portes de la capitale. Fondée en 1969, le Vale do Amanhecer n’est pas la plus ancienne communauté mystique de Brasília ; dès 1956, la communauté de Cidade Eclética, est fondée près de Brasília alors que le chantier de la capitale ne fait que commencer. Ces deux communautés, parmi les plus importantes et connues, pratiquent le syncrétisme spirituel le plus large. Pour elles, une religion n’est pas faite pour diviser mais pour unir, toutes les croyances sont bonnes et respectables. Le Vale do Amanhecer est sans doute la plus syncrétique de toutes, on y retrouve les grandes religions monothéistes comme le catholicisme et le judaïsme, aux cotés des rituels animistes afro-brésiliens et amérindiens, le spiritisme y est très présent ainsi que les religions asiatiques. La Cidade Eclética, elle aussi très syncrétique est fortement marquée par le christianisme, le spiritisme et les rites afro-brésiliens. Ces deux communautés s’apparentent à des sectes, mais elles restent très ouvertes et les visites y sont totalement libres, le Vale do Amanhecer est d’ailleurs un des grands points touristiques de Brasília. On ne peut pas dire la même chose de la secte Inri Cristo, dont le gourou s’autoproclame réincarnation de Jésus Christ. Il faut se méfier à Brasília, tout n’est pas aussi brillant qu’il n’y parait !

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Rituel des médiums au Vale do Amanhecer.

Question : tu as aussi parlé d’édifices ?

BG : c’est que le mysticisme de Brasília est aussi très présent dans l’architecture, dans la symbologie des constructions. Tous les édifices, en tout cas ceux de la première phase de la ville, ont des significations que l’on interprète comme mystiques. Par exemple, la forme pyramidale y est très présente, aux cotés de formes plus arrondies qui adoucissent l’ensemble. Une chose surprenante est la modestie des édifices vus de l’extérieur, ce sont parfois de simples bâtiments à l’apparence austère, mais quand on est à l’intérieur on se rend compte qu’ils sont immenses, très harmonieux et lumineux. Le concept solaire prend alors une autre signification, le soleil qui brille toute l’année pénètre les édifices par des ouvertures extrêmement bien pensées de façon à illuminer et transformer l’espace interne ; on y comprend bien sûr le symbole que l’être doit être simple en apparence mais illuminé à l’intérieur. L’église de Dom Bosco est un bon exemple de ce concept, dehors l’édifice carré en béton entrecoupé de vitraux que semblent très ternes, n’a rien de spectaculaire, mais une fois dedans c’est tout l’opposé. Le soleil qui frappe sur les vitraux donne une tonalité d’un bleu intense, l’édifice est démunie et silencieux, on est projeté dans une autre dimension.

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Intérieur de l’église bleue de Dom Bosco.

Question : plus haut sur une photo nous avons des mains sur des vitraux.

BG : ces vitraux réalisés en cristaux se trouvent dans le temple de la Legião da Boa Vontade, une ONG d’assistance sociale fondée en 1950 et liée au spiritisme européen d’Allan Kardec, une véritable religion au Brésil. Le temple de Brasília fut fondé en 1987, lui aussi en forme pyramidale et dont la cime est terminée par un quartz de 21 kg, le plus gros jamais trouvé au Brésil. Les deux pointes du quartz sont à la verticale, permettant de recevoir l’énergie cosmique et la retransmettre dans la salle principale du temple. N’importe qui peut y suivre un parcours en colimaçon qui se termine exactement sous la pointe du quartz (photo ci-dessous). Ce temple est très certainement l’édifice de Brasília le plus symbolique du mysticisme local. Ouvert 24 h sur 24, il est aussi le plus visité de la capitale avec plus de 100.000 visites par mois. On ne passe pas à Brasília sans aller se « ressourcer » sous le quartz de ce temple. La Legião da Boa Vontade doit son succès à sa tolérance spirituelle, bien que liée au spiritisme, cette ONG, qui fut la première ONG brésilienne à être admise à l’ONU, prône l’entente entre les religions ; dans le temple on trouve des rappels à tous les grands prophètes, de Mahomet à Bouddha, en passant par Jésus, Moïse et bien d’autres, ainsi que des grands esprits pacificateurs, comme Gandhi et Mandela.

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Parcours en colimaçon sous le quartz géant du temple de la LBV.

Question : le mysticisme de Brasília a-t’il une influence sur le pouvoir et le reste du pays ?

BG : une ambiance new age colle à l’image de Brasília c’est indéniable, mais si c’est l’éveil spirituel qui en est le but, alors il est certain que cela n’atteint pas les hautes sphères de l’État. Il ne faut pas oublier que Brasília est le district fédéral, la capitale où siège le gouvernement central, où se trouvent l’assemblée nationale et où se prennent toutes les grandes décisions du Brésil. Quand on voit le niveau de corruption et d’immoralité qui règnent sur le pouvoir central de ce pays, on comprend que l’éthique et l’éveil spirituel ne sont ni dans le programme du gouvernement ni dans l’état d’esprit de ses dirigeants, toutes tendances politiques confondues.

Les sociologues expliquent cette vocation spirituelle de Brasília par le fait que cette ville nouvelle a forcément été peuplée par des gens qui n’y avaient aucunes racines. Par conséquent il a fallu qu’ils s’y construisent de nouvelles identités, et celles-ci passaient naturellement par la constitution de groupes, de courants, de « tribus ». Dans ce contexte, la religion est un important facteur de communication, elle permet de connecter et de fédérer les gens dans un espace qui leur est nouveau et méconnu. Il y a donc des explications rationnelles au mysticisme de Brasília, mais cela n’empêche pas qu’une partie de sa population, et aussi de ceux qui la visitent, croient en sa destinée spiritualiste. Cela se concrétise aussi par des expériences plus directes, Brasília et ses alentours, sont aussi connus pour leurs célèbres guérisseurs, certains sont même de renommée internationale, on se déplace du monde entier sur la Planalto Central du Brésil pour y trouver la guérison…

A suivre dans la seconde partie : les guérisseurs de Brasília

2 Comments

  • Léonor dit :

    Je suis tombée sur votre article en faisant des recherches sur Brasília. Je l’ai visitée il y a quelques semaines et son atypisme m’a impressionnée. Cet article est très intéressant ! J’adore l’histoire très particulière de cette capitale :).
    Tant que j’y suis, j’ai lu votre « A propos » et je me suis reconnue dans votre paragraphe sur « Pourquoi le Brésil ». Mon copain est brésilien et je rentre d’un premier voyage de 5 semaines à la rencontre de son pays et de sa famille. Je ne me vois pas y vivre, en partie à cause de son gigantisme et de son insécurité, comme vous le dites si bien, mais aussi parce que c’est trop loin de tout ce que j’aime et je connais. Mais je comprends la magie dont vous parlez, et j’ai moi aussi fait face avec beaucoup de plaisir à cette intégration si facile dans la vie des gens alors qu’on ne parle pas le même langage !

    • Bruno dit :

      Merci Leonor pour votre message, je suis très heureux que vous soyez sensible à l´histoire et au mysticisme de Brasilia, c´est atypique, vous avez raison. Quant à vivre au Brésil, c´est un vaste sujet et je peux comprendre vos craintes, ce pays est capable du pire en effet, mais aussi du meilleur, et tant que la balance penche vers cette partie, on reste, et le bon dosage de tout ça c´est une alchimie personnelle.
      En tout cas bonne chance et revenez souvent ! Merci encore pour votre touchant message
      Bruno

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