Municipales 2016, virage à droite sur tout le territoire.

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Municipales 2016, virage à droite sur tout le territoire.

Ce dimanche 30 octobre le second tour des élections municipales connait un véritable raz-de-marée de la droite, confirmant ainsi la tendance du premier tour. Autre élément important, le PT (parti des travailleurs de Lula et Dilma) perd 60% de ses mairies, dont celles des villes industrielles, où il était traditionnellement très bien implanté. Même dans le fief de Lula, à São Bernardo do Campo, région industrielle proche de São Paulo, le PT ne conserve pas la mairie, et où l´ex président a même été hué par une foule d´électeurs en sortant du bureau de vote.  

Lula dans le bureau de vote de São Bernardo do Campo.

Lula dans le bureau de vote de São Bernardo do Campo.

Question : quel est le vainqueur de ces élections municipales ?

Bruno Guinard : incontestablement c´est le PSDB, parti de la droite libérale et principal allié de l´actuel gouvernement, dont le chef de file, Aécio Neves, a été l´adversaire malheureux aux présidentielles de 2014 contre la présidente Dilma Rousseff. Le PMDB, parti centriste de l´actuel président de la république Michel Temer, arrivé au pouvoir suite à la destitution de Dilma Rousseff, maintient son électorat, mais sans croissance significative. Pour le PSDB, le résultat de ces municipales est un véritable boulevard vers une victoire à la présidentielle de 2018, non seulement, avec une croissance de 16%, il devient le second parti du pays en nombre de municipalités (derrière le PMDB), mais aussi il remporte un nombre important de capitales d´Etats, (sept sur les 27 que compte le pays), dont São Paulo, le plus gros collège électoral du Brésil.

Question : et le grand perdant ?

BG : c´est le PT, qui perd 60% de ses municipalités et ne conserve qu´une seule capitale, Rio Branco du petit Etat amazonien du Acre. Il ne contrôle plus aucune capitale ni grande ville de la région nordeste, qui l´avait pourtant porté au pouvoir lors des quatre dernières présidentielles. C´est donc pour le Parti des Travailleurs une descente aux enfers, qui semblent accompagnée de celle de Lula et des principaux dirigeants de son parti, tous impliqués dans des mégas scandales de corruption. Ceci dit, si le PT est au tapis, et aura sans aucun doute beaucoup de mal à se relever, la gauche n´est pas morte au Brésil. Le PCdoB (parti communiste), par exemple, croît de 50% en nombre de mairies, tout comme le PTN (parti travailliste centriste). Le PDT (centre gauche) se maintient et le PSOL (nouvelle gauche), même s´il n´a rien gagné d´important, est allé au second tour dans de nombreuses villes, dont Rio de Janeiro, ce que le PT n´a pas réussi à faire. Le PSOL est d´ailleurs aujourd´hui le parti de gauche qui pourrait prendre la place qu´occupait le PT jusqu´ici à l´échelle nationale. En revanche, le REDE, parti de Marina Silva, n´a pas décollé du tout et n´obtient que deux mairies.

Marcelo Crivella, vainqueur des municipales 2016 à Rio de Janeiro

Marcelo Crivella, vainqueur des municipales 2016 à Rio de Janeiro

 

Question : que retenir de ces municipales 2016 ?

BG : tout d´abord l´effondrement du parti des travailleurs de Lula, qui, même s´il était attendu en raison des affaires qui l´impliquent et secouent le pays depuis deux ans, fait des scores incroyablement bas dans ses fiefs ouvriers traditionnels, comme les villes industrielles autour de São Paulo, mais aussi dans le nordeste, région pauvre d´où est originaire Lula. Cela signifie que le PT a perdu ce qui représentait son fond de commerce, c´est à dire la classe ouvrière et le petit peuple. En plus des affaires, le parti est culpabilisé par la crise économique et l´envolée du chômage, laissant une image de mauvais gestionnaire, ce qui devrait lui coller à la peau pour pas mal de temps. Une autre constatation est la présence de petits partis et mouvements alternatifs, peu connus, mais qui pourraient à l´avenir combler le vide laisser par le PT. Par ailleurs, une gauche plus radicale croît et se renforce, comme le parti communiste qui double ses maires.

Ensuite, la très nette montée et victoire du PSDB (droite libérale) et de ses dirigeants présidentiables, comme Aécio Neves, président du parti, de Geraldo Alckim, actuel gouverneur de São Paulo, et de José Serra, actuel ministre des Affaires Etrangères. Avec une victoire de son candidat, João Doria, dès le premier tour à São Paulo, le parti se renforce de façon spectaculaire. Tout indique qu´il se dirige tout droit vers une victoire aux présidentielles de 2018. Pour gouverner, il aura besoin du PMDB (centriste), ce grand parti « attrappe-tout », qui a été jusqu´en 2015 l´allié du PT et qui permet de faire ou défaire les gouvernements.

Enfin, on retiendra, et on observera, l´arrivée d´un courant très conservateur dans bon nombre de mairies, dont Rio de Janeiro, la seconde ville du pays. Marcelo Crivella, un évangéliste, ancien pasteur et évangélisateur en Afrique, chanteur gospel et adepte de la théorie créationniste, a gagné avec 59% des voix sur son adversaire du PSOL (nouvelle gauche).

Le paysage politique brésilien est décidément en pleine mutation !

 

João Doria do PSDB, élu maire de São Paulo au 1er tour.

João Doria do PSDB, élu maire de São Paulo au 1er tour.

 


 

 

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