Splendeur et décadence de la musique brésilienne (seconde partie)

musique-bresilienne

Dans le texte précédent, nous avons fait un bref tour d’horizon sur l’évolution de la musique brésilienne, allons voir désormais ce qui se passe en ce moment !

Les genres musicaux, et les interprètes, qui mobilisent les masses en 2016, sont, très loin devant : la sertaneja et forró universitário, ou eletrônico, puis plus localement le funk carioca. D’autre part, on trouve le pagode et le arrocha, eux aussi très prisés, mais déjà des vieux classiques. Le pagode est issu de la samba, depuis les années 80/90 il est le précurseur de la ringardise, de la vulgarité et de la mauvaise qualité musicale. Toutefois certains artistes n’appartiennent pas à ces catégories, c’est le cas par exemple de Anitta (photo ci-dessus), mélange de pop, pop-dance et R&B, qui a été élue en 2013 chanteuse de l’année. Depuis, elle enchaine les succès, tout comme Wesley Safadão, chanteur très en vogue de forró eletrônico, capable de réunir 40.000 personnes pour un show, comme ce fut dernièrement le cas à Brasilia.

 Wesley Safadão, avec un invité spécial ! 

 

Question : Le style musical du clip ci dessus est-ce une nouvelle tendance ?

Bruno Guinard : c’est plutôt l’aboutissement d’une tendance commencée dans les années 90 avec le groupe É o tchan, qui a introduit de la musique axé (rythme de Bahia) au pagode, et surtout les popotins de ses danseuses, dont la plus célèbre était Carla Perez, connue justement pour son fessier. Avec ce groupe à succès, on entrait effectivement dans la phase très « anatomique » des artistes. Si jusque là la voix avait son importance dans l’univers de la chanson, on était désormais passé à quelque chose de plus «palpable ». Les fesses et les cuisses des filles, les ventres et les pectoraux des garçons, sont les nouvelles exigences du public. On pensait avoir tout vu avec Carla Perez et ses consoeurs, aux fesses à chaque fois plus bombées, aujourd’hui elles feraient figure de midinettes. Anitta par exemple, a conquis le coeur des ados en 2013 avec une danse qui met en valeur les formes féminines, les fesses bien sûr, mais suggère aussi sans équivoque des mouvements plus érotiques. A l’époque, son clip  show das poderosas a atteint les 100 millions de visites sur Youtube ! En 2016, Anitta fait un tabac avec son clip Sim Ou Não, où elle chante et danse avec le chanteur colombien Maluma, dans une version qui ne va pas sans rappeler Rihanna.

Sim Ou Não – Anitta et Maluma

 

Dans un autre registre, le funk carioca est quand à lui bien plus que suggestif, les bals funk de Rio sont connus pour être des plus torrides. C’est d’ailleurs à Rio que cette version du funk est née, dans les favelas plus exactement, en s’inspirant de divers rythmes comme le rap, le miami bass, le freestyle, l’electro-funk, auquels les funkeiros cariocas (musiciens de funk locaux) ont rajouté des rythmes afro-brésiliens. Ce funk dans son immense majorité est le reflet d’une réalité des favelas et quartiers controlés par les mafias locales, où règne une ambiance de violence. Le funk est donc critiqué pour faire l’apologie du crime, de la drogue et du sexe violent. Il n’en reste pas moins un moyen d’expression, et les bals funk ne sont pas tous des lieux de dépravation et de violence, même s’ils sont exceptionnels, il y a des bals funk assez fréquentables.

Question : tous les genres musicaux suivent cette tendance ?

BG : cela concerne tous les genres qui sont au top ces dernières années, y compris la musique sertaneja (sur laquelle je reviendrais plus loin), qui était très classique dans son romantisme, avec ses duos bien sages. Les mots d’amour et les voix semblaient suffire pour galvaniser le public, mais depuis trois ou quatre ans les chanteurs se dévergondent, se déshabillent même, comme c’est le cas de Mariano, du duo Munhoz et Mariano, apparut sur scène en couche-culotte lors d’un show à São Paulo en 2012 (voir photo ci-dessous). Ce duo sertanejo, en plus de s’exhiber, a également introduit un déhanché très suggestif, qui n’existait pas dans ce genre musical, et d’une façon générale pas chez les chanteurs de sexe masculin.

Mariano e Munhoz.

 

Par contre, cette tendance n’a pas encore touché ce qu’on appelle ici la MPB (les variétés), mais il faut savoir que ce genre musical n’est pas non plus ce qui s’écoute le plus en ce moment au Brésil, comme je l’ai déjà signalé. En regardant de plus près la liste des 20 titres les plus diffusés en 2016 sur tout le pays, on voit qu’aucun interprète de MPB n’y figure. Les titres sertanejos, avec des duo ou des solo, s’y taillent la part du lion, il y sont au nombre de 13 ! Anitta et Wesley Safadão y figurent aussi, le reste étant composé de titres étrangers et d’un rappeur brésilien, Projota avec sa chanson « Ela só quer paz ». A signaler que si ce rap figure sur cette liste, c’est qu’il fait partie de la bande sonore de Malhação, une novela (feuilleton) « perpétuelle » très suivie par la jeunesse brésilienne, et qui est diffusée du lundi au vendredi à 18h00 sur la TV Globo depuis 1995 ! Cette novela est un véritable laboratoire d’acteurs de novelas, mais aussi de chanteurs, une chanson qui passe dans Malhação est un succès quasi certain.

Le rapper Projota.

 

A suivre : musique brésilienne, la sertaneja et le forró…

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