Rio 2016, l´heure du bilan sportif

Wallace de Souza, la vedette du volleyball brésilien présentant la médaille d’or olympique 2016
Wallace de Souza, la vedette du volleyball brésilien présentant la médaille d’or olympique 2016

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Avec 19 médailles conquises, dont sept d’or, le Brésil n’atteint pas les objectifs du Comité Olympique Brésilien, mais il bat son record de médailles et se réconcilie avec sa Seleção de football en battant l’Allemagne en Finale. La cérémonie de clôture au Maracanã ce dimanche 21 août, a marqué la fin des festivités avec un spectacle très réussi, mais qu’en est-il des performances sportives du pays ?

Cérémonie de clôture des J.O 2016 au Maracanã

Cérémonie de clôture des J.O 2016 au Maracanã

Question : que dire des résultats sportifs de ces J.O de Rio pour le Brésil ?

Bruno Guinard : le Brésil s’est placé en 13ème position en nombre de médailles, dont 7 or, six argent et six bronze, ce qui n’est pas si mal pour une nation relativement « émergente » en matière de sports olympiques. Bien sûr le Comité Olympique Brésilien espérait que le pays se place dans les dix premiers avec un nombre de médailles entre 24 et 28, chiffre qu’il a revu à la baisse au cours des J.O pour en espérer 22. Finalement ce fut 19, mais cela suffit pour confirmer que le Brésil améliore son score à chaque édition. Il était revenu de Londres en 2012 avec 17 médailles, puis 15 de Pékin en 2008 et 10 d’Athènes en 2004. Bien sûr certaines critiques avancent le fait que le Brésil aurait pu faire mieux puisqu’il « jouait » à la maison, ce qui a tendance à favoriser les athlètes. D’autre part, avec 465 athlètes brésiliens participants à cette édition 2016, il a augmenté ses chances (à titre de comparaison la Chine avec 398 athlètes a emporté 70 médailles), sachant aussi que ce fut le plus gros investissement financier que le pays ait fait jusqu’ici pour des J.O. Enfin, il est vrai qu’il y a eu quelques déceptions, mais aussi quelques bonnes surprises pour les compenser. Et puis, il faut aussi analyser une donnée significative pour confirmer l’amélioration des performances sportives du pays, celle des compétitions pour la décision de médailles, à Londres le Brésil avait participé à 36 décisions, à Rio ce nombre est passé à 50.

Wallace de Souza, la vedette du volleyball brésilien présentant la médaille d’or olympique 2016

Wallace de Souza, la vedette du volleyball brésilien présentant la médaille d’or olympique 2016

 

Question : quelles ont été les bonnes surprises de ces J.O pour le Brésil ?

BG : parmi les médailles que personne n’attendait, il faut citer celle du boxeur Robson Conceição, qui décroche l’or alors qu’il n’avait jamais dépassé la phase des premiers combats en compétition olympique. Autre surprise pour une autre médaille d’or au saut à la perche pour Thiago Braz, sans lequel le Brésil n’aurait rien gagné en athlétisme. Maicon Siqueira a également surpris tout le monde en taekwondo, il était 51ème au classement mondial, il a décroché le bronze. A la voile féminine la surprise est venue de Martine Grael et de Kahena Kunze qui ont obtenu l’or. En natation Poliana Okimoto emporte la médaille de bronze du marathon aquatique. Les gymnastes Diego Hypólito et Arthur Nory, marquent aussi une étape inédite dans le sport olympique brésilien, ils montent tous les deux sur le podium pour y recevoir respectivement l’argent et le bronze. Enfin, le grand héros de ces J.O pour le Brésil, est incontestablement Isaquias Queiroz, qui à seulement 22 ans, décroche trois médailles en canoë-kayak (K1 1000 m, C2 1000 m, et K1 200 m). C’est la première fois qu’un athlète brésilien remporte trois médailles dans une même édition. Parmi les bonnes surprises on pourrait aussi citer la médaille d’or en football masculin. Même s’il est vrai que le Brésil reste une grande nation de football, avec une pléiade de grands joueurs de niveau international, on avait pas oublié l’écrasante défaite contre l’Allemagne en Coupe du Monde 2014. La Seleção n’avait pas non plus brillé dans les championnats sud-américains, et aussi très mal commencé les J.O en ne marquant aucun but lors des deux premiers matchs, malgré la présence de Neymar. Il y avait donc un très gros doute sur ses chances d’aller en Finale, mais elle y est allée et a remporté la médaille d’or.

Question : et les mauvaises surprises ?

BG : rien en natation, alors qu’on aurait pu compter sur trois médailles. On attendait aussi l’équipe féminine de volleyball et celle de football, pourtant favorites, rien de ce coté non plus. Toujours chez les femmes, favorites aussi en volleyball de plage, avec quatre équipes en compétition elles n’ont emporté que deux médailles et pas une seule or. Le handball féminin aussi a déçu, pourtant championne du monde en 2015 l’équipe brésilienne n’a rien gagné lors de ces J.O. En judo, on comptait sur cinq médailles, il n’y en aura que trois, et en canoë-kayak, la championne mondiale des Junior en 2014, Ana Sátila n’a pas dépassé la première phase. Ce qu’il est intéressant de remarquer, c’est que sur les 19 médailles remportées par le Brésil, seulement deux proviennent des sports d’équipe, volleyball et football, alors que c’est plutôt en équipe que le Brésil s’était distingué jusqu’ici.

Isaquias Queiroz, 3 médailles en canoë-kayak

Isaquias Queiroz, 3 médailles en canoë-kayak

 

Question : cela veut-il dire qu’on prépare mieux les athlètes des sports individuels ?

BG : cela a en tout cas provoqué un débat politique. D’un coté ceux qui attribuent ces résultats aux programmes Bolsa Atleta (bourse athlète) et Bolsa Pódio (bourse podium), qui sont des aides financières de l’État pour la préparation des athlètes. Ces programmes ont été mis en place dès que le choix de Rio pour les J.O 2016 a été confirmé, et c’est le gouvernement de la présidente déchue Dilma Rousseff qui avait lancé l’initiative. Le gouvernement fédéral a alors investit quatre millions de Réais (un peu plus d’un million d’Euros) pour ces programmes, qui comprenaient les infrastructures d’entrainement, de logistique et la formation des athlètes. Quant à la critique, elle vient du fait que 13 des médailles obtenues par le Brésil (sur 19), aient été gagnées par des athlètes militaires, ce qui voudrait dire que les programmes d’État n’ont apporté que des résultats médiocres. A cela l’armée brésilienne répond qu’il n’y a aucune différence entre  les athlètes militaires et les autres, puisque tous peuvent recevoir des aides financières de l’État.

Question : que viennent faire les militaires là dedans ?

BG : en tant que membre du Conseil International du Sport Militaire (CISM), le Brésil participe aux Jeux Mondiaux Militaires qui se tiennent tous les quatre ans depuis 1995. En 2011 c’est Rio de Janeiro qui a accueilli l’événement et afin de s’y préparer, l’armée brésilienne a créé en 2008 le PAAR, (programme athlète de haut niveau). Le but était le même que les programmes d’Etat mis en place plus tard par le gouvernement, à savoir l’aide à la formation d’athlètes de haut niveau. Attirés par ce programme, des sportifs civils ont incorporé l’armée afin d’en bénéficier. L’armée, en plus de fournir un entrainement, des infrastructures, et du sponsoring, rémunère ces sportifs avec un salaire mensuel de 3.200 Reais (environ 900 Euros), des avantages que les sportifs ne trouvent pas dans le privé. Une fois admis dans l’armée, ces sportifs reçoivent le statut de militaire temporaire avec le grade de sergent, mais ils n’exercent aucune activité militaire, uniquement sportive. En fait, l’armée leur sert principalement de support technique et de sponsor.

Mais il y a aussi des militaires de carrière, qui profitent eux aussi de ce programme ; on les a d’ailleurs vu faire le salut militaire sur le podium lors de la remise des médailles. Pour tous ces sportifs, c’est le meilleur moyen d’atteindre un niveau olympique, et pour l’armée de se faire un peu de marketing positif. L’armée est ainsi devenue le sponsor de nombreux athlètes, au total 145 sur les 465 qu’a présenté le Brésil pour ces J.O. Soit à peine un tiers des athlètes, mais qui ont remporté 70% des médailles… L’armée brésilienne serait-elle meilleure entraineuse que le secteur privé ?

Alison et Bruno, les deux athlètes-sergents, médaille d’or en volleyball de plage.

Alison et Bruno, les deux athlètes-sergents, médaille d’or en volleyball de plage.

 

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