J.O, les Brésiliens sont-ils mauvais public ?

Retrouvez tous les articles sur Rio de Janeiro ici

 

L’ambiance dans les gradins des J.O de Rio n’a pas été du goût de tout le monde, surtout de certains athlètes qui se sont dit déconcentrés par un public turbulent, et très critiqué pour huer et conspuer les sportifs. Nombreux sont ceux qui s’en sont plaint sur les médias internationaux. d’autres n’ont pas hésité pas à demander directement au public de se calmer, comme ce fut le cas du judoka Teddy Riner, ou encore de l’escrimeur Ghislain Perrier. On pourrait encore citer Renaud Lavillenie, saut à la perche, qui a déploré le comportement du public brésilien. Et les athlètes français ne sont pas les seuls à s’être offusqués.

Public brésilien lors de l´épreuve de saut à la perche de Renaud Lavillenie.

Public brésilien lors de l´épreuve de saut à la perche de Renaud Lavillenie.

Quel est le problème du public brésilien aux J.O ?
Bruno Guinard : il y a plusieurs éléments à prendre en compte. Tout d’abord il y a l’aspect culturel, les Brésiliens ne sont pas plus méchants que d’autres supporters, ils le sont même moins que beaucoup d’autres si on les compare, par exemple, aux Hooligans en Europe. Mais lorsqu’il s’agit de défendre les couleurs du pays, ils sont turbulents, c’est leur sang latin ! Un autre élément important, est le manque de familiarité avec certains sports, comme l’escrime, le ping-pong, le badminton, le tir, etc, ce ne sont pas des sports populaires ici, les gens ne se rendent donc pas compte que ces disciplines demandent beaucoup de concentration. Puis, il y a le fait d’être à la maison, n’oublions pas que 70% des billets ont été vendus au Brésil, il y a donc un public très majoritairement local, qui reçoit les J.O pour la première fois, et qui participe pour que le pays remporte un maximum de médailles. C’est un des avantages de jouer à la maison, on a le public pour soi. Les Brésiliens ont donc tendance à se comporter pendant les épreuves des J.O comme à un match de foot. Les supporters dans les tribunes réagissent à chaque mouvement d’un joueur ou de supporters adverses, et cela déclenchent des réactions en chaine, c’est ce qu’on peut appeler un joyeux bordel. Mais ce n’est que la fête du stade, on y voit ni méchanceté ni manque d’éducation. On est passionné, on veut que son champion l’emporte et on veut que celui-ci le sache, donc on lui fait savoir car on pense que ça va l’aider dans l’épreuve. Cela bien sûr sans aucune préocupation pour l’adversaire, au contraire, le déstabiliser fait partie du jeu, et c’est bien cela qui dérange les athlètes étrangers.

Question : donc aucun moyen de le faire taire ?
BG : peut-être que les organisateurs des J.O auraient pu informer le public, par exemple par une campagne de sensibilisation sur ce besoin de concentration des athlètes, et en le répétant dans les hauts-parleurs une fois le public installé dans les gradins. Il y a bien eu des appels au calme par hauts-parleurs dans certains cas, et des athlètes ont eux aussi demandé le silence au public. Mais c’est très difficile de contrôler une foule en liesse, essayer d’imposer le respect et des règles alors que les gens sont dans un état d’esprit « guerrier », la compétition est à la fois une bataille et un divertissement. Ce n’est pas simple, d’autant plus que beaucoup de ces spectateurs sont venus en groupes d’amis ou en famille, où règne déjà naturellement l’esprit de se faire remarquer, alors imaginez dans une ambiance de tribunes, c’est à celui qui fera le plus de bruit. Et puis il faut bien l’admettre, quand on est turbulent et mal élevé dans la vie, on a aucune chance de s’améliorer dans un groupe de supporters, bien au contraire.

Teddy Riner au public brésilien... Chut !!!

Teddy Riner au public brésilien… Chut !!!

Pour les Brésiliens le sport ce n’est donc pas sérieux ?
BG : ce qui est sérieux c’est le résultat, le score, on ne veut que la victoire de son équipe ou de son athlète, ce qui est normal et n’est pas propre au public brésilien. Mais comme aux J.O il y a des disciplines très peu connues des Brésiliens, comme expliqué plus haut, c’est l’émotion de la compétition qui l’emporte sur tout le reste, on se moque de la concentration, de complexité de l’épreuve. Et même si l’athlète est loin d’être favori, s’il est Brésilien on oublie le reste ; puis on compte aussi sur la chance, on se dit que l’énergie festive et positive va le propulser devant les autres et on hésite pas à siffler ses adversaires, ce qui est contraire à l’esprit sportif. Pour des disciplines non collectives, on peut comprendre qu’un athlète qui se fait siffler, ou huer, comme Ghislain Perrier, à qui le public criait « tu vas mourir, tu vas mourir », perde une partie de ses moyens. Mais comme je l’expliquais auparavant, c’est une culture où l’émotion compte beaucoup, on le voit et on l’entend lors des matchs de foot, et les commentateurs des télévisions locales entretiennent largement cette ambiance. J’ai assisté à plusieurs matchs de ces J.O, volley, foot, etc, les commentaires que font certains journalistes de TV sur les adversaires du Brésil, sont parfois d’un manque de respect et d’une grossièreté tellement primaire, qu’ils seraient sans doute interdits d’antenne dans bien des pays. Ici ça passe, ça fait partie de la culture sportive, on est pas méchant, mais on se permet de démolir l’adversaire et l’attaquer sur des aspects qui n’ont même rien à voir avec le sport, on traite les sportifs chinois de « yakissoba » (plat de nouilles), ou on répète à des joueurs français « demain direction Roissy-Charles-de-Gaulle », pour dire que c’est fini pour eux. C’est plus bête que méchant, mais ça n’aide pas à relever le niveau des spectateurs.

Que pense-t’on sur place de cette image que le monde se fait du public brésilien ?
BG : d’une façon générale les gens ne comprennent pas trop qu’on leur fasse des remontrances alors qu’ils ne font qu’encourager leurs athlètes. Mais il y a aussi de vrais amateurs de sports au Brésil, et eux aussi sont dérangés par l’attitude du public. Quant aux médias brésiliens, ils n’ont pas hésité à prendre la relève de ces critiques internationales et certains journalistes locaux n’ont pas hésité à répéter que le public brésilien manquait d’éducation. Mais, être taxé de mal élevé, ça touche les Brésiliens qui ont une sensibilité plus « évoluée », savoir que le monde pense cela d’eux ne leur fait pas plaisir. Quant à l’homme de la rue, il trouve normal que le public s’en prenne aux adversaires du Brésil, alors les athlètes étrangers qui réclament, il les traite de rabat-joie, d’arrogant, ou de femmelette.

Public brésilien lors du match de handball masculin Brésil-Pologne.

Public brésilien lors du match de handball masculin Brésil-Pologne.

Beaucoup d’athlètes se sont plaint ?
BG : suffisamment pour prouver que ce n’est pas de la fiction ! Outre certaines équipes de sports collectifs, Teddy Riner, Ghislain Perrier, Renaud Lavillenie, pour les Français, on pourrait citer les Américaines Hope Solo, gardienne de but de football féminin, la gymnaste Simone Biles, le Belge David Goffin, tennis, le basketteur espagnol Pau Gasol, Corina Caprioriu judoka roumaine, ou encore le nageur américain Mark Spitz, qui a déclaré que les supporters brésiliens sont des mal-élevés. Le tennisman allemand Dustin Brown a lui aussi été hué par le public en abandonnant la partie, alors qu’il s’était tordu la cheville en jouant contre le Brésilien Thomas Belucci. La Tchèque, volleyball de plage, Marketa Slukova, a elle aussi exprimé sa colère en déclarant qu’en dix ans de compétition elle n’a n’avait jamais vécu une chose pareille. La nageuse russe Yulia Efimova, a elle aussi été huée lors des éliminatoires du 100 m brasse pour avoir été accusée de dopage. Par contre, le nageur brésilien João Gomes Júnior, déjà suspendu pour dopage, a été ovationné… Fibre nationaliste, quand tu nous tiens !

Marketa Slukova, volleyball de plage.

Marketa Slukova, volleyball de plage.

Question : qu’en pensent les athlètes brésiliens ?
BG : la plupart ne se plaint pas, jouer « em casa » (à la maison) a cet avantage d’avoir le public à ses cotés. Ceci dit, certains brésiliens ont eux aussi réclamer, comme ce fut le cas de Tammy Galera, plongeon féminin, qui dit avoir été déconcentrée par les bruits venant du public. Le plus flagrant est le cas de Neymar, qui a même menacé de quitter la compétition si le public ne se calmait pas. Il faut dire que le public n’avait toujours pas digéré l’humiliation de la dernière Coupe du Monde de football, elle aussi « em casa » ; alors, voyant lors des deux premiers matchs de ces J.O, que le Brésil n’avait pas réussi à marquer un seul but, pourtant contre des équipes considérées faibles, Afrique du Sud et Irak, le public s’est déchainé contre le capitaine Neymar. Puis les premiers but sont venus contre le Danemark, et en finale l’apothéose aux saveurs de revanche, le Brésil a battu l’Allemagne aux pénaltys ! Ouf !

——————————–

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *