Rio 2016, la guerre des J.O n´aura pas lieu.

La Ville Olympique des J.O de Rio
La Ville Olympique des J.O de Rio

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Dans un contexte économique et politique chaotique, Rio de Janeiro ouvre les J.O 2016 sous une avalanche de problèmes, repris par les médias internationaux, avec parfois beaucoup d´exagération. En réalité, les petits et les gros couacs vont faire place au sport et les J.O auront bien lieu, n´en déplaise à tous ceux qui proposaient de les annuler. 

 « Ordre et Progrès », devise du pays, dans un symbolique anneau noir.

« Ordre et Progrès », devise du pays, dans un symbolique anneau noir.

Question : quelles sont les principales critiques à ces J.O ?

Bruno Guinard : il faut distinguer les critiques internes, qui tournent autour du coût des installations, et de l´héritage que vont laisser ces J.O à la ville de Rio, et d´autre part les critiques internationales, qui pour la plupart se sont transformées en inquiétudes, comme c´est le cas de la zika virus, qui en fut la principale. Au niveau du Brésil, et surtout de la municipalité de Rio, il fallait s´attendre à ce que la population remette en question le coût de ces J.O, très largement supérieur à celui qui était prévu, et surtout l´utilité des installations après les Jeux. Coté international, on s´inquiète bien plus de « l´état des lieux », et là il faut distinguer les petits couacs, comme les mauvaises finitions des logements qui hébergent les athlètes dans la Ville Olympique, et les très gros couacs, dont la pollution de la baie de Guanabara (nom que l´on donne ici à la baie de Rio). Là, la promesse de dépollution de la baie, qui a pourtant beaucoup pesé dans la candidature de Rio, n´a absolument pas été tenue. On a pu voir un peu partout dans les médias internationaux et sur les réseaux sociaux, les immondices qui flottent sur la baie et avec lesquelles les sportifs des disciplines nautiques vont devoir composer. Dans une moindre mesure, deux autres sites, la Lagoa Rodrigo de Freitas (lagune), qui va aussi recevoir des sports nautiques, et la Lagoa de Jacarepagua, qui borde le Parc Olympique, n´ont pas reçu la dépollution promise.

Question : tu parlais d´exagération, à quel niveau ?

BG : il y a tout d´abord les problèmes qui sont largement repris par les médias, mais qui ne sont pas spécifiques aux J.O, comme l´insécurité par exemple. Bien sûr on est en droit de se lamenter  car l´insécurité a beaucoup augmenté ces derniers mois, mais ce n´est pas uniquement à Rio, tout le pays en souffre, de là à dire que 40% des habitants des favelas sont drogués, comme cela a été dit sur des médias américains, c´est évidemment une information fausse et sensationnaliste. La ville de Rio est sur le pied de guerre, la police a reçu l´aide de l´armée ainsi que l´appui technique de nombreux pays. Il est donc tout à fait certain que la sécurité va s´améliorer à Rio pendant la période des jeux. Une autre information très largement alarmiste est celle des risques de la zika. Bien sûr le virus est présent et le Brésil est le pays le plus touché, mais il faut savoir qu´en période hivernale, comme en ce moment, l´incidence des moustiques est très réduite. Si on se protège normalement contre les moustiques, le risque de contracter la zika est extrêmement faible. Quant à la pollution de l´eau et des plages, elle aussi intensément diffusée dans les médias internationaux, là encore il faut relativiser. Si la pollution de la baie de Rio est incontestable, ce n´est pas le cas pour les autres plages, dont les plus fameuses comme Copacabana et Ipanema, qui se trouvent elles coté océan et que les Cariocas fréquentent en grand nombre sans que jamais personne n´ait été contaminé par une quelconque pollution. Des tests de l´eau de mer aux abords des plages sont faits régulièrement, et les derniers en date juste avant les J.O étaient tout à fait normaux.

« Un million de dollar et c´est toujours immonde », appel des Cariocas sur la pollution de la baie, ici à Botafogo avec le Pain de Sucre en toile de fond.

« Un million de dollar et c´est toujours immonde », appel des Cariocas sur la pollution de la baie, ici à Botafogo avec le Pain de Sucre en toile de fond.

Question : et quelle est la situation dans la baie ?

BG :  c´est le gros raté de ces J.O, la promesse non tenue de dépollution de la baie. La ville de Rio, ainsi que l´État de Rio n´ont rien fait, ou presque. Pourtant, un milliard de dollars a été destiné à cette initiative et cela fait des années que les Cariocas l´attendent, en fait depuis 1992, quand à l´occasion du Sommet de la Terre de Rio (Eco-92), le Brésil s´était engagé à dépolluer la baie de Rio. La pollution de cette baie est ancienne, mais bien sûr elle s´est dégradée avec l´urbanisation et l´industrialisation de ces dernières décennies. Aujourd’hui, c´est 10 millions d´habitants, répartis sur quinze municipalités qui forment le pourtour de la baie, dont six sont baignées par ses eaux. Toutes ces villes jettent leurs égouts dans la baie, car à peine un tiers sont traités (et encore, il faudrait vérifier ces données officielles). En plus des égouts, il y a les déchets industriels, dont ceux des raffineries de pétrole installées en amont, ainsi que les ordures ménagères jetées directement par la population à même le sol ou dans les mangroves, encore présentes sur certaines zones. Il faut savoir qu´aujourd’hui, 30% des déchets à Rio, et dans son agglomération, sont jetés à même le sol. Il y a donc un gros travail à faire au niveau de l´éducation environnementale, et bien sûr des infrastructures, ramassage et recyclage. Et tout cela ne semble pas être pour demain, les principaux programmes de dépollution engagés par les autorités ont été abandonnés, soit par manque de fonds, soit parce-que jugés inefficaces. Le gouverneur de Rio, a même reconnu publiquement que cette dépollution n´avait pas été réalisée. Les athlètes des disciplines nautiques sont donc prévenus, ils risquent de se heurter à toute sorte de détritus sur leur parcours.

Égout et déchets au fond de la baie de Rio.

Égout et déchets au fond de la baie de Rio.

Question : c´est donc foutu pour la baie ?

BG :  pour les J.O oui, mais il est encore temps de sauver la baie. Récemment des scientifiques ont effectué d´importantes recherches dans la baie et ont été surpris par le nombre d´espèces qui y survit malgré le taux très élevé de pollution. On explique cela par les courants marins, qui a certaines époques rejettent la pollution vers l´océan, permettant certains sites de la baie de rester dans des limites tolérables. C´est le cas par exemple aux abords de la ville de Rio et des plages de la baie, un plongeur, qui récemment réalisait un documentaire sous-marin, y a relevé une centaine de raies sur un espace assez petit, ainsi que des tortues, des murènes, des crustacés et des plantes aquatiques. La pollution de la baie est donc très irrégulière suivant les sites et les époques. On évalue actuellement qu´environ 50% de la baie est très polluée, c´est beaucoup, mais avec une superficie de 410 km², elle a encore des ressources pour se récupérer. Le problème c´est qu´aujourd’hui les pouvoirs publics n´ont plus les ressources pour y parvenir, ils ne l´ont pas fait après les promesses de 1992, alors que le pays a ensuite traversé une période économique très favorable, ils ne l´ont pas fait non plus il y a sept ans lors de l´élection de la ville de Rio pour les J.O, on voit donc assez mal comment ils le feraient maintenant, alors que le pays est en crise et que l´État et la ville de Rio sont en faillite. Depuis 1994, époque où la dépollution de la baie a officiellement commencé, ce sont 3 milliards d´Euros qui ont été affectés à cette fin, plus le milliard de dollars du budget des J.O prévu aussi à cet effet ; tout cela pour un résultat quasi nul.

Question : à quoi a servi le milliard de dollars des J.O destiné à cette dépollution ?

BG :  que l´on sache, à mettre à flots une dizaine de bateaux Ecoboat, qui sillonnent la baie pour y ramasser les déchets flottants. Même si cette flotte ramassent 45 tonnes de détritus par mois, cette méthode est largement insuffisante puisque cela ne représente que la moitié de ce qui est rejeté chaque jour dans la baie (90 tonnes/jour). On comprend donc que retirer ce qui flotte est loin de résoudre le problème, c´est un cycle sans fin. Pour que la dépollution soit effective, il faut traiter le problème à la source, c´est à dire ne plus rien rejeter dans la baie. L´Etat de Rio a aussi implanté des barrières anti-déchets, sorte de gros boudins flotteurs qui devraient permettre de retenir les détritus. Sur les 22 installés, la moitié est encore en place, les autres ont coulé sous le poids des ordures. Pour que ce système soit efficace, il demande un ramassage constant, comme cela n´est pas fait, les détritus finissent par emporter les flotteurs avec eux. Enfin, lors de l´élection de la ville de Rio pour accueillir les J.O, l´Etat avait promis l´installation de sept stations d´épuration. Une seule a été construite, et elle ne sert quasiment à rien puisqu´elle n´est pas reliée au tout-à-l´égout. On a construit la station mais on a oublié les canalisations !

Bateau-éboueur au abords du centre ville de Rio.

Bateau-éboueur au abords du centre ville de Rio.

Question : en dehors de la pollution et de la zika, quels sont les autres problèmes ?

BG :  comme expliqué plus haut, certains problèmes sont typiques des grands événements. Pour les J.O, on pourrait citer Athènes, ou encore Montréal, qui a mis trente ans à payer la facture de ses J.O. Il est donc tout à fait « normal », que dans un pays, ou dans une ville, qui affronte déjà pas mal de problèmes, ceux-ci soient amplifiés quand il faut assumer un événement de cette ampleur ; particulièrement au niveau des infrastructures publiques et thématiques, dans ce cas sportives. Les coûts et les conséquences de tels événements font d´ailleurs que certaines villes refusent même de poser leur candidature. Car les coûts annoncés lors des candidatures, sont volontairement plus bas que le coût réel au final. C´est une façon d´enjoliver la candidature, et ça marche. Là-dessus, il faut reconnaitre un certain laisser-aller du Comité Olympique International, qui devrait être beaucoup plus rigoureux dans l´analyse des dossiers.

Pour ces J.O 2016 à Rio de Janeiro, tout le monde a vu les problèmes au niveau des logements des athlètes dans la Ville Olympique. Certaines délégations ont même refusé de s´y installé, comme ce fut le cas des Australiens, et plus récemment des Suédois. Mais au fond ce ne sont pas des problèmes très importants, tout simplement certains logements n´étaient pas finis, mais sur les 3.600 logements seuls quelques uns ont posé des problèmes. Au fond, ce n´est pas si dramatique. Je crois que les vrais problèmes pour Rio vont venir après les J.O. Le pays est dans une situation économique et politique très difficile, et l´Etat de Rio ainsi que la municipalité de Rio, sont au bord du dépôt de bilan, les caisses sont vides partout, et maintenant plus rien en perspective. Car les J.O 2016, marquent la fin d´un cycle de grands évênementiels pour la ville qui a commencé en 2007 avec les Jeux Panaméricains, en passant par la Coupe du Monde de football en 2014. La ville n´a rien gagné avec tout ça, même si la prolongation d´une ligne de métro a été conclu pour les J.O, c´est un bénéfice assez mince au regard des budgets milliardaires qui ont tourné autour de tous ces mégas événements. Quand on sait que les infrastructures de salubrité publique (dont le tout-à-l´égout), mais aussi de sécurité et de santé et d´éducation publiques,  n´ont fait qu´empirer, la population est en droit de se poser des questions.

La Ville Olympique des J.O de Rio

La Ville Olympique des J.O de Rio

Question : tu veux dire que le bilan de tout cela est négatif  ?

BG :  financièrement c´est indiscutable, pour les J.O, l´initiative  privée représente 57% des investissements, sur près de 10 milliards d´Euros la facture qui incombe à la partie publique est colossale. Ce que la population de Rio aura gagné avec ces grands événementiels est dérisoire et n´en aura bénéficié qu´une toute petite partie.

Mais il y a des points positifs, comme l´ouverture d´une ligne supplémentaire de métro, ou encore les aménagements de la zone portuaire et du centre-ville (d´ailleurs prévus pour le Mundial 2014, mais pas encore terminés). Par ailleurs, une partie des infrastructures sportives, servira après les J.O. Peut-être pas suffisamment pour amortir ce qui a été investit, car si l´on est certain, par exemple, que le stade du Maracanã sera toujours fréquenté, qu´adviendra-t´il des autres installations ? Mais en tout cas elles sont là, qui sait Rio pourra à l´avenir accueillir des tournois internationaux ? Quant aux structures moins spécifiques, comme la ville olympique (31 immeubles et 3.600 logements), elle va devenir un ensemble de copropriétés privées de luxe.

Pour conclure, il faut désormais relativiser, les J.O de Rio ne sont pas la catastrophe annoncée par les médias internationaux, beaucoup d´autres villes siège ont connu des problèmes. Et puis tout ce tapage alarmiste permet de réveiller les consciences, par exemple, on a jamais vu une telle mobilisation autour de la question de la pollution de la baie. Et maintenant les J.O commencent et l´on sent que l´esprit sportif fait place aux aspects négatifs, il est donc de bon ton de penser que Rio va vivre cet événement comme une grande fête, ce qui se passera après, on verra, ce qui compte pour le moment c´est montrer sa bonne humeur, sans oublier qu´il faut maintenant aller chercher des médailles !

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