Dilma Rousseff, au revoir chérie

Dilam roussef

La Chambre des Députés vient de voter ce dimanche 17 avril en faveur de la destitution de la présidente de la république. Cette décision, largement majoritaire, 367 députés sur les 513 que compte l’Assemblée, doit maintenant être soumise au Sénat. Pour Dilma Rousseff, cette destitution signifie la fin de sa carrière politique, elle se prépare donc pour une très longue, et sans doute définitive, traversée du désert ; son dernier espoir aujourd’hui, le Sénat…

Question : la destitution de la présidente n’est donc pas confirmée ?

Bruno Guinard : il faut bien comprendre que ce n’est pas l’impeachment qui a été voté ce dimanche par la majorité des députés, mais l’ouverture d’une procédure qui devra encore être jugée au sénat. S’il l’approuve, ce qui devrait survenir dans les prochains jours, la présidente sera écartée de sa fonction présidentielle pour une période de 180 jours, temps nécessaire du jugement au sénat. Il y aura donc deux étapes, l’acceptation d’ouverture de la procédure de destitution, pour cela il faut une majorité simple, soit 41 sénateurs sur les 81 qui composent le sénat. La seconde étape, à la fin du jugement pour que la destitution soit prononcée il faut cette fois une majorité composée des deux tiers des sénateurs, soit 54, si cette majorité l’approuve, la présidente est définitivement écartée, si au contraire elle est rejetée, la présidente réintègre sa fonction. A ce jour, tout indique que le sénat devrait approuver l’ouverture du processus, un récent sondage indiquant que 42 sénateurs y étaient favorables. Par contre, pour la seconde étape c’est moins sûr, et c’est la seule chance pour Dilma de conserver son mandat.

Question :  quelles sont ses chances ?

BG : très minces, si traditionnellement le sénat est plutôt favorable au gouvernement en place, la situation actuelle est tellement atypique qu’on a plus aucune référence. Il y a d’une part une présidente très impopulaire, qui n’arrive même plus à gouverner tant elle et son gouvernement sont contestés, qui n’ont plus la majorité au parlement, et d’autre part toutes ces accusations contre elle. Bien que discutables au niveau constitutionnel, les preuves de son irresponsabilité existent, et dans ce contexte on voit mal cette présidente continuer aux commandes du pays. Le sénat va donc juger tous ces aspects. Pour se défendre, Dilma et ses proches vont devoir attaquer sur les aspects concrets en démontrant que les accusations contre elle, à savoir les « crimes de responsabilité », ne sont pas fondées. S’ils y parviennent, le sénat pourrait pencher en sa faveur, ce n’est pas impossible, mais à ce stade ses chances sont estimées à moins de 40%. Elle a donc un gros travail à faire pour convaincre plus de sénateurs.

Question :  qui se charge de cela ?

BG : très certainement Lula, exactement comme il l’a fait avec les députés pour le vote de ce dimanche, qui s’est soldé par un échec pour lui et Dilma ; ce qui prouve qu’une page semble tournée au Brésil, l’ère Lula est terminée. Celui-ci, n’a plus l’aura suffisante pour être obéit et suivi, le vote de dimanche le confirme, la plupart des députés qu’il avait tenté de rallier à la cause de Dilma se sont rangés contre elle. Il n’y a donc aucune raison que les sénateurs le suivent, ils n’ont plus rien à gagné avec Lula, ni avec Dilma. Pourtant celle-ci reste combative, en tout cas c’est qu’elle a déclaré, qu’elle lutterait jusqu’au bout.

Dilma roussef destitué

Dilma parodiée en héroïne du film « The Hunger Games »

Question :  qui va gouverner en attendant une décision définitive?

BG : c’est le vice-président de la république, Michel Temer, qui assume l’interim pendant les 180 jours, ensuite, si la destitution définitive est prononcée, c’est lui qui continuera d’assumer la présidence jusqu’aux prochaines élections présidentielles, donc en 2018.

Question :  on parle beaucoup de « coup d’Etat », y compris dans les médias internationaux, qu’en est-il vraiment ?

BG : c’est effectivement la grande discussion du moment, et personne jusqu’ici n’a pu trancher. C’est un coup d’Etat pour tous ceux qui défendent la présidente, ce n’en est pas un pour ceux qui la combattent. Si c’en est un il est constitutionnel, ce n’est pas un coup d’Etat militaire, c’est une procédure de destitution prévue dans la constitution brésilienne, ce qu’il faut analyser, et c’est ce que va faire le sénat, c’est le fondement de cette procédure. Par contre, coup d’Etat est un slogan fort pour la population, un slogan qui fait frémir et réveille les mémoires. De plus, il n’est pas totalement dénué de sens si on le voit comme une faction politique qui essaie d’en chasser une autre. Ceux qui rejettent la notion de coup d’Etat, avancent au contraire que la destitution d’un président de la république est constitutionnelle et justifiée s’il est accusé de crime contre la nation. Pour les défenseurs de Dilma, celle-ci n’a commis aucun crime, en tout cas, jusqu’ici aucun qui n’ait été prouvé. Pour ses détracteurs, la présidente aurait falsifié les résultats économiques du pays pour se faire réélire en 2014, puis truqué le système bancaire et fiscal pour faire des emprunts maquillés auprès des banques d’Etat afin de payer les factures de l’Etat. Ce genre de pratiques est considéré comme crime de responsabilité, autrement dit, on condamne la présidente pour avoir été trop irresponsable dans sa gestion.

Réaction des députés au moment où l’impeachement fut voté ce dimanche

Réaction des députés au moment où l’impeachement fut voté ce dimanche

Question : qu’est-ce qui vrai dans tout ça ?

BG : c’est une fois de plus une question de bord, pour les partisans de Dilma les autres présidents on fait la même chose et n’ont pas été destitués pour autant. Pour ses détracteurs, l’ampleur n’est pas la même, ce gouvernement a dépassé toutes les limites du tolérable. Ce qui est certain, c’est que la présidente, même si elle a commis ces « crimes d’irresponsabilté » sur la gestion du pays, n’est pas directement impliquée, en tout cas pas encore, dans les mégas scandales qui secouent le pays depuis quelques années, surtout celui de la Petrobrás. Dilma Rouseff apparait donc comme la moins souillée des dirigeants politiques accusés, qu’ils soient membres de son gouvernement ou non. Il faut savoir que c’est une centaine de parlementaires et de dirigeants, dont trente ont été ou sont encore au gouvernement, qui sont actuellement poursuivis dans l’affaire Lava-Jato, et cette affaire n’est pas la seule ; mais le comble, c’est que le vote de la destitution à l’assemblée ce dimanche était arbitré par le président de la chambre des députés, Eduardo Cunha, accusé de corruption dans de multiples affaires et qui parvient depuis des mois à manipuler tout le monde, parlementaires et juges, afin de repousser ses procès. De même, que le président du sénat, Renan Calheiros, est lui aussi accusé de corruption dans l’affaire Lava-Jato. Et pire encore, c’est le vice-président Michel Temer, qui va assumer le pouvoir alors qu’il est lui aussi sous la coupe d’une demande de destitution, et qu’il était de toute façon en accord avec la présidente sur la gestion qui lui est reprochée aujourd’hui. Dans ce contexte, où des voleurs et des menteurs essaient d’en chasser d’autres, il apparait bien difficile de distinguer le vrai du faux. Ce qui est certain, c’est que le sort de Dilma est entre les mains d’hommes politiques bien pires qu’elles !

Affiche contre Dilma : « Dilma a trop dépensé et n’a pas respecté l’objectif fiscal. Ne pas respecter l’objectif fiscal est un crime de responsabilité. Constitution fédérale art. 85. Loi n° 1079/1950 art. 10

Affiche contre Dilma : « Dilma a trop dépensé et n’a pas respecté l’objectif fiscal. Ne pas respecter l’objectif fiscal est un crime de responsabilité. Constitution fédérale art. 85. Loi n° 1079/1950 art. 10

Question : l’impeachment aurait-il pu être évité ?

BG : il était dans l’air depuis longtemps, mais tant que le gouvernement avait des accords tacites avec le président de la chambre des députés Eduardo Cunha, celui-ci rejetait les demandes. Quand le gouvernement de Dilma l’a lâché en ne bloquant plus l’ouverture d’un procès contre lui dans l’affaire Lava-Jato, en représailles il a accepté de soumettre une demande de destitution de Dilma Rousseff à la chambre des députés, d’où le vote de ce dimanche. Comme on le voit, ce n’est pas un simple panier de crabes, ces crabes sont en plus des canailles ! Alors oui, la présidente aurait pu éviter cette destitution en remettant tout simplement sa démission. De cette façon, elle aurait gardé un certain crédit dans l’opinion en montrant l’image de quelqu’un qui ne s’accroche pas au pouvoir, se plie aux décisions des juges et de plus est à l’écoute des attentes de la rue (qui a souvent manifesté pour demander son départ) ; elle aurait aussi permis à son parti, le PT de Lula, de se présenter aux prochaines présidentielles avec plus de chances de l’emporter. Au lieu de ça, Dilma et Lula, ont essayé de s’accrocher au pouvoir par tous les moyens, achats de vote des députés, distribution de postes ministériels, nomination de Lula comme ministre, et tentatives de manipulation de la justice. Cette stratégie ayant échouée, l’impeachment était inévitable.

Question : quelle est l’ambiance de la rue au lendemain de ce vote ?

BG : le Brésil est partagé, bien sûr une partie de la population favorable au départ de la présidente, du PT et de Lula, a fêté le résultat du vote de dimanche, mais l’immense majorité des Brésiliens se demande où tout cela va mener le pays. En fait personne n’est réellement satisfait car le gouvernement qui pourrait assumer la relève dans les prochains jours est tout aussi contesté que celui de Dilma Rousseff. On craint que Eduardo Cunha, l’homme le plus détesté du Brésil en ce moment, parvienne encore à manipuler tout le monde et même se retrouver décisionnaire auprès du vice-président Michel Temer, son allié politique et complice dans la destitution de Dilma. Un tandem Cunha-Temer à la tête de l’Etat, c’est le cauchemar de tous les Brésiliens, ils sont donc très attentifs à ce qui se trame et l’on entend un peu partout des appels à manifester pour que tous ces oiseaux de mauvaises augures, y compris Renan Calheiros, Lula et tous ceux qui sont impliqués dans l’affaire Lava-Jato, disparaissent du paysage politique. La population va exiger leur jugement et leur condamnation, c’est ça la prochaine étape pour ce pays qui n’en peut plus d’être spolié et mal géré dans ce système de clientélisme et de corruption qui mine le pays depuis si longtemps.

Le trio infernal : Renan Calheiros, président du Sénat. Michel Temer, vice-président de la république. Eduardo Cunha, président de la Chambre des Députés. Un trio tout puissant qui pousse Dilma et le PT vers la sortie, un trio d’hommes impliqués et accusés dans les récentes affaires de corruption.

Le trio infernal : Renan Calheiros, président du Sénat. Michel Temer, vice-président de la république. Eduardo Cunha, président de la Chambre des Députés. Un trio tout puissant qui pousse Dilma et le PT vers la sortie, un trio d’hommes impliqués et accusés dans les récentes affaires de corruption.

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