L´île où vous n´irez sûrement pas passer vos vacances

queimada grande

Queimada Grande aurait tout d’une île paradisiaque, une végétation tropicale, des eaux bleues, des criques désertes à moins de deux heures de bateau des côtes de l’Etat de São Paulo. Mais l’île est infestée de serpents, de l’espèce la plus venimeuse du Brésil. Il y en aurait plusieurs milliers sur Queimada Grande, au moins un au mètre carré, ce qui en fait l’île ayant la pus grosse concentration de serpents venimeux au monde.

Queimada Grande n’a jamais été peuplée, et pour cause, tous ceux qui ont essayé sont décédés des morsures de la vipère jararaca-ilhoa (Bothrops insularis), le reptile le plus venimeux du Brésil. L’espèce est unique au monde, on ne la trouve que sur cette île. Il s’agit d’une sous-espèce de la jararaca continentale, bien connue au Brésil. Ces vipéridés sont chaque année responsables, à eux seuls, de 85% des morsures de serpent dans le pays, qui compte près de 60 espèces venimeuses. En matière de venin, la jararaca-ilhoa est encore pire que ses cousines du continent, il est cinq fois plus puissant ! Mais la vipère de Queimada Grande se distingue aussi par bien d’autres aspects. Par exemple, un très grand pourcentage de femelles possède des organes génitaux masculins, ce qui fait l’objet de plusieurs études, le phénomène, appelé parthénogénèse, n’étant pas fréquent chez les reptiles. Une autre particularité de la jararaca-ilhoa est son alimentation, celle-ci se nourrit exclusivement d’oiseaux, les mammifères étant totalement inexistants sur l’île, ou en ayant disparus depuis bien longtemps, peut-être même à cause des jaracacas. Comme il s’agit d’oiseaux, cette vipère chasse principalement dans les arbres. C’est aussi pour cette raison qu’elle a développé cette puissance de venin, car l’oiseau doit tomber immédiatement foudroyé, sinon il s’envolerait et irait mourir en mer, là où la jararaca-ilhoa ne s’aventure pas.

jararaca ilhoa

La jararaca ilhoa

L’espèce est l’une des plus étudiées au Brésil, car sa présence sur cette petite île de 1,5 km de long sur 500 m de large reste un mystère. On l’explique généralement par la montée des eaux. En effet, il y a environ 11 000 ans, l’île était une péninsule reliée au continent. Il n’y avait à l’époque qu’une seule espèce de jararaca dans cette région, celle que l’on trouve toujours aujourd’hui au Brésil. Séparée du continent par l’océan Atlantique, la jararaca insulaire a évolué différemment. Si sa cousine continentale peut atteindre 1m60, la jararaca-ilhoa n’atteint que très rarement la moitié, la taille la plus commune des adultes étant de 70 cm. Petite donc, mais bien plus dangereuse puisque son venin, comme on l’a vu, est cinq fois plus puissant que celui de la jararaca commune. Sa couleur aussi est complètement différente, alors que sa cousine a des tons plus sombres avec des taches allant de marron au noir, la jararaca-ilhoa est jaune tirant sur le doré, avec des taches marron clair (voir photo ci-dessus).

herpetologues

Quant à son alimentation, là aussi les différences sont frappantes. Si elle est variée chez la jararaca continentale, elle se limite exclusivement aux oiseaux sur Queimada Grande, puisqu’il n’y existe aucune autre espèce. Isolées après la montée des eaux, la jararaca-ilhoa a-t’elle exterminé les petits animaux eux aussi pris au piège, comme batraciens et petits mammifères ? C’est un des mystères qui persiste encore ; et si, comme le pensent certains spécialistes, cette espèce s’est retrouvée seule sur l’île, sans aucun autre animal terrestre, comment a-t’elle pu survivre au début et pendant toute la période d’adaptation et d’évolution ? Une chose est certaine, cette espèce a du changer ses habitudes de vie et de chasse. Si la jararaca du continent a des moeurs nocturnes pour chasser les petits rongeurs, celle de Queimada Grande, pour capturer les oiseaux, doit chasser de jour. Elle est donc devenue diurne et arboricole. Toutes ces différences font qu’une grande partie des scientifiques propose que la jararaca-ilhoa soit classée comme espèce à part entière.

Mais l’espèce survivra-t’elle ? Si l’on estimait sa population entre 3 000 et 5 000 individus il y a encore quelques années, aujourd’hui les études avancent le nombre de 2 000. L’espèce est protégée et les chercheurs placent des chip sur les serpents pour mieux en controler la population. Comme beaucoup d’animaux, la jararaca-ilhoa est victime du braconnage, les collectionneurs étant toujours prêts à payer très cher pour une espèce rare. C’est tout le paradoxe de la jararaca-ilhoa, elle est en quasi surpopulation sur cette l’île, qui est son unique habitat au monde, mais il s’agit d’un territoire minuscule, fragile et peu surveillé. Queimada Grande, connue aussi comme « l’île aux serpents », le restera-t’elle encore longtemps ? C’est pourtant cette mauvaise réputation qui a permis jusqu’ici de protéger la jararaca-ilhoa.

Itanhaem_SP, Brasil. Jararaca-ilhoa (Bothrops insularisIlha) na Ilha da Queimada Grande em Itanhaem, Sao Paulo. Golden lancehead (Bothrops insularisIlha) in Ilha da Queimada Grande in Itanhaem, Sao Paulo. Foto: JOAO MARCOS ROSA  /NITRO queimada

Jararaca-ilhoa et vue des côtes de Queimada Grande

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