Pororoca, la vague la plus longue du monde

vague pororoca

Dans le delta de l’Amazone, la Pororoca est un phénomène naturel bien connu des Brésiliens. Avec ses 3,5 km c’est la plus longue vague du monde, elle se forme lorsque les marées de l’océan Atlantique sont plus hautes, en mars et avril, période de pleine lune et de nouvelle lune, et se choquent avec les eaux de l’Amazone, elle aussi en période de crue. Les eaux douces du fleuve, qui s’avancent dans l’océan, parfois sur plus de 50 km, forment alors un barrage à l’océan, et c’est quand elles finissent par céder que se déclenche  la Pororoca…

Les habitants de la région du delta de l’Amazone connaissent bien la Pororoca, mot indigène qui signifie « grondement ». Depuis toujours ils y sont préparés, évitant de naviguer pendant le phénomène, puis retirant tout ce qui se trouve sur les berges (surtout le bétail), et en construisant leurs habitations sur de hauts pilotis. Cette vague peut en effet atteindre plusieurs mètres de hauteur, jusqu’à 6 ou 7 dans certains estuaires, et par conséquent provoquer des ravages. Car ce n’est pas uniquement l’Amazone qui est submergée, mais aussi un grand nombre de ses affluents et sous-affluents. C’est alors comme un tsunami qui s’avance vers les terres à une vitesse de 20 à 30 km/heure. Les 12 millions de litres par seconde que l’Amazone jette dans l’Atlantique sont chargés de boue, teintant alors les eaux de l’océan de ce ton marron si caractéristique de l’Amazone. Jusque très récemment, la Pororoca était une attraction touristique pour les Brésiliens, mais depuis quelques années, elle est devenue un des sites préférés des surfeurs. Ici, ils peuvent surfer sur la même vague pendant environ 30 minutes, alors que la moyenne en mer est de 8 secondes.

Si, avec une moyenne de 3,50 mètres, la Poroca n’est pas une vague très haute, c’est sa longueur et sa durée, plus de 30 minutes, alliées à sa puissance, qui en font un site privilégié pour les sports radicaux.

Voir cette petite vidéo de surf sur la Pororoca :

surf pororoca

Une discipline en pleine expansion, surfer sur la vague marron de la Pororoca

Depuis 1999, le Brésil organise un championnat national de surf sur la Pororoca, et c’est le Brésilien Rogerio Barros qui en détient le record de permanence sur la vague. En 2012 il est resté 40 minutes sur la vague en parcourant 11,8 km sur sa planche. Le championnat se déroule aux abords de la petite ville de São Domingos do Capim, dans le nord de l’Etat du Pará, car c’est le site le plus élevé pour observer les surfeurs. Cet évênement sportif attire chaque année des milliers de visiteurs, c’est l’occasion d’une veritable fête, où le Reggae est à l’honneur, elle se prolonge toute la nuit avec le spectacle de surf nocturne, les planches et les surfeurs sont équipés d’illumination.

surfeur pororoca

Les surfeurs en tenue de nuit pour la Pororoca

Mais le surf n’est pas le seul sport à profiter de la Pororoca., le kitesurf, le kayak, le stand up paddle et le bodyboard, font aussi partie des activités pratiquées lors du phénomène.

Pourtant, malgré tout l’intérêt que lui portent les surfeurs et autres sportifs, ainsi que les amateurs des grands spectacles de la nature, la Pororoca est menacée de disparaitre à cause des interventions de l’homme dans la région. En 2014, la Pororoca ne s’est pas produite dans l’estuaire du rio Araguari, pourtant un des sites privilégiés pour la pratique du surf et l’observation de la Pororoca, puisque c’est ici que ses vagues étaient les plus longues. Cette année, en 2015, le gouvernement a officiellement admis la fin du phénomène dans ce secteur du delta de l’Amazone.

En cause, trois facteurs : l’élevage extensif du bétail, ce qui, d’une part favorise la désertification des terres, avec la diminution des précipitations des pluies, mais aussi exige l’ouverture de canaux tout au long du fleuve pour abreuver les troupeaux.

D’autre part, l’irrigation mise en place pour alimenter en eau douce les fermes se trouvant à l’intérieur des terres. Et enfin, la construction de trois barrages sur le rio Araguari. Avec la rétention des eaux, le déversement des fleuves dans l’océan est moins abondant et surtout moins violent, hors, c’est ce choc qui provoque la Pororoca. Le gouvernement de l’Etat de Amapá, où se trouve le rio Araguari a bien promis de mener une enquête pour déterminer les responsabilités, mais tous les spécialistes sont d’accord sur le fait que ce processus est irreversible, il faudrait pour y remédier que l’on ferme les canaux d’irrigation et que l’on vide les trois lacs artificiels des barrages. Un processus bien trop couteux et irréalisable quand on connait les intérêts qui sont en jeu, dont ceux de l’Etat.

vue aérienne pororoca

Vue aérienne de la Pororoca

L’avenir de la Pororoca, dans tout le delta de l’Amazone, n’est donc pas assuré. A moins qu’il ne soit lié à celui des dauphins… Comme le veut la légende indigène de la région.

« Dans un passé très lointain, la jeune fille du chef Pirajuara, aimait s’assoir au bord de l’eau au coucher du soleil. Un soir, un homme vêtu de blanc est sortit des eaux et s’est approché d’elle. Ils tombèrent immédiatement amoureux et s’aimèrent pendant plusieurs jours, mais l’homme vêtu de blanc était en réalité un boto (un dauphin d’eau douce). Alors il repartit dans le fleuve. Mais quelques mois plus tard, la jeune indienne donna le jour à trois petits dauphins. Ne pouvant les élever, elle les remit au fleuve, très triste d’abandonner ainsi ses enfants. Mais un jour elle vit une énorme vague sur le fleuve, qui s’approchait vers elle, et de cette vague elle vit surgir trois dauphins qui sautaient et faisaient beaucoup de bruit et d’acrobaties. C’étaient ses enfants qui venaient lui rendre visite, et ils étaient si heureux qu’ils mettaient le fleuve en ébullition… Et chaque année à la même époque, les dauphins revenaient visiter leur maman, provoquant à chaque fois la Pororoca… 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *