Octobre est le mois des deux plus grands rassemblements religieux du Brésil

L’un se tient à São Paulo, l’autre à Bélem, tous deux vénèrent la vierge, il s’agit des deux plus grands rassemblements catholiques du pays. Près de trois millions de fidèles se rendent en ce mois d’octobre, pour une partie à la basilique de Aparecida, à 188 km de São Paulo, et pour l’autre à l’église de Nazaré, à Bélem, pour le fameux pélerinage du Círio de la vierge de Nazaré.

Question : ces rassemblements sont anciens, ce sont des processions ?

Bruno Guinard : au Brésil, celui du Círio de Nazaré date de 1793. Je dis au Brésil car cette tradition vient de la ville de Nazaré (Nazareth) au Portugal. C’est la même image de la vierge des deux cotés de l’Atlantique. A Bélem (Bethléem), c’est une image de cette vierge trouvée au bord d’un bras de rivière par un habitant, qui a déclenché cette dévotion à la fin du 18ème. Le Círio (qui veut dire le cierge) de Nazaré, rassemble chaque année autour de deux millions de fidèles et a lieu le second dimanche d’octobre. Le Círio de Nazaré se déroule en douze processions, à Bélem et dans ses alentours. La première commence le vendredi, mais la plus spectaculaire est la procession fluviale, ce sont des centaines d’embarcations, décorées et fleuries, qui rejoignent le port de Bélem. Puis le dimanche, la sortie de l’image de la vierge est le plus grand rassemblement de la procession. L’image de la vierge est placée sur un chariot qui est tiré par 7.000 personnes à l’aide d’une unique corde et pour un parcours de 3,6 km.

Bien plus au sud, dans l’Etat de São Paulo, la semaine du 12 octobre fait elle aussi l’objet d’une grande dévotion à la vierge. Cette fois il s’agit de Nossa Senhora de Aparecida (Notre Dame de l’Apparition), dont le culte ici date de 1717. Comme pour l’image de Bélem, c’est une statuette en terre cuite de Notre-Dame de l’Apparition qui a été trouvé par des pêcheurs dans la rivière. C’est cette image qui est adorée depuis cette époque à Aparecida, aujourd’hui municipalité, et où a été érigée un sanctuaire du même nom, qui, avec plus 142.000 m², est la seconde plus grande basilique catholique du monde (après celle de St Pierre, au Vatican). Elle peut accueillir pour la messe 45.000 fidèles et est visitée chaque année par douze millions de personnes. Le pèlerinage du 12 octobre accueille entre 400.000 et 500.000 fidèles.

basilique aparecida

La basilique de Aparecida

Question : c’est beaucoup moins qu’à Bélem, pourquoi ?

BG : on peut en effet se poser la question, surtout que Aparecida se trouve entre les deux plus grandes métropoles du pays, que sont Rio et São Paulo. Mais si on regarde le nombre de visiteurs par an, avec douze millions Aparecida présente un flux permanent de visites, ce qui n’est pas le cas à Bélem, dont le rassemblement autour de la vierge de Nazaré, se concentre sur le jour de la procession du Círio.

Question : quelles sont les différences entre ces deux dévotions ?

BG : il y a beaucoup de similitudes, d’abord entre les vierges ; les deux ont des histoires presque identiques, trouvées en pleine nature par des gens simples, alors qu’a priori ces images n’existaient pas au Brésil, les deux sont miraculeuses et font l’objet d’une très grande ferveur. Je crois qu’au niveau de l’intensité de la dévotion, il n’y a aucune différence, mais au niveau du « marketing », il est certain que c’est Aparecida qui se distingue, car elle est la Sainte Patronne du Brésil. C’est l’image pieuse la plus commune et la plus connue du pays. De plus, la basilique de Aparecida a été visitée par trois papes, Jean-Paul II (en 1980 et 1984), par Benoit XVI (en 2007) et enfin Francisco (en 2013). Sans compter Paul VI, qui s’était rendu sur le site en 1967, mais à l’époque la construction de la basilique actuelle n’était pas achevée.

Image de Notre Dame de Aparecida

Image de Notre Dame de Aparecida

Question : ces dévotions sont elles en perte de vitesse devant le recul de la religion ?

BG : si l’on compte le nombre de fidèles lors de ces grands rassemblements, on ne constate aucun recul de la participation à ces processions et pélerinages, bien au contraire. C’est indéniable, le Brésil reste une grande nation catholique, et cela malgré la montée de l’athéïsme. Il est très intéressant d’observer, que si la foi reste très forte, la participation aux messes est en revanche en constante diminution. Ça peut sembler contradictoire, mais il y a comme une « individualisation » de la pratique religieuse, on a la foi mais on préfère s’adresser directement à dieu, sans passer par l’église et ses prêtres. Par contre, lors de ces grands rassemblements, on va comme « ressourcer » sa foi, on va la renforcer auprès des autres, dans un mouvement de foi collective. On pense qu’en se rassemblant par milliers, et même par millions, la foi sera si immense qu’elle ne pourra qu’être entendue… et récompensée. Ce sont lors de ces grands rassemblements qu’on fait le plus de demandes, dans ces deux cas précis à la vierge, de guérisons le plus souvent. Mais on remercie aussi la vierge, pour ses grâces accomplies. Et comme dans beaucoup d’autres lieux de dévotions, on exprime aussi sa foi par la souffrance, la pénitence. Un grand nombre de fidèles se rend à Aparecida ou au Círio de Nazaré à pieds en venant de très loin, mais aussi sur les genoux, ou à quatre pattes, ou encore en portant de lourdes charges. Le recul de la religion catholique est donc plutôt un recul de l’église et de ses institutions, pas de la foi.

Question : les évangélistes sont en pleine expansion au Brésil, quelle est leur position devant ces grands rassemblements catholiques ?

BG : d’abord, la montée des évangélistes fait aussi partie des raisons du recul du catholicisme au Brésil (voir article sur ce blog). En revanche, leur présence et leur force n’a aucun impact sur les dévotions citées ici. Comme les églises évangélistes chassent essentiellement sur les terres de l’église catholique, elles se gardent bien d’émettre une opinion sur ces grands évênements annuels. Ça reviendrait à critiquer et à remettre en question la foi des croyants, ce qui ne serait pas bon pour son image. Les évangélistes restent donc neutres, et certainement aussi un peu jaloux, car eux n’ont jamais réussi à rassembler autant de fidèles à la fois.

Foule des fidèles dans les rues de Bélem

Foule des fidèles dans les rues de Bélem

Procession fluviale pour le Círio de Nazaré

Procession fluviale pour le Círio de Nazaré

Question : est-il facile pour un étranger de participer à ces rassemblements ?

BG : aucun problème, ce sont des moments forts de la culture brésilienne et donc des occasions assez uniques de s’y plonger, corps et âmes ! Si on ne craint pas les bains de foule et les bousculades, surtout au Círio de Nazaré, ce sont des moments qu’on ne pourra plus jamais oublier. Le pélerinage à Aparecida, est sans doute moins « pittoresque », car il se déroule aux abords et dans la basilique, un lieu de culte où tout est parfaitement prévu et organisé, ce qui n’enlève rien à l’authenticité de la dévotion ; mais à Bélem, tout se passe dans la rue. Par ailleurs, au Círio de Nazaré, le nombre et la diversité des processions successives est quelque chose d’unique au monde. Seul inconvénient, trouver où se loger à cette période !

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