La cité fleurie de l’Amérique latine est au Brésil, mais elle est hollandaise

Située à 140 km de São Paulo, la communauté de Holambra, fondée en 1948 par des émigrés hollandais, est aujourd’hui la plus grosse coopérative de fleurs de l’Amérique latine. Elle représente à elle seule 40% de la production brésilienne, une réussite économique, et aujourd’hui touristique.

Question : pourquoi ces producteurs de fleurs hollandais au Brésil ?

Bruno Guinard : l’émigration hollandaise au Brésil est ancienne et ne s’est pas limitée à cette coopérative de producteurs de fleurs de Holambra (fusion des noms Holanda et Brasil). Dans le cas de Holambra, il s’agit d’un groupe de 500 hollandais, qui, fuyant les décombres de la Seconde Guerre Mondiale, ont obtenu des terres dans l’Etat de São Paulo, où ils se sont installés en 1948. Au début, ils ne pensaient pas produire des fleurs, ils élevaient du bétail pour faire des produits laitiers. Mais les vaches hollandaises n’ont pas résisté aux maladies tropicales, ils ont alors élevé des porcs et enfin des poulets, avant de se lancer au début des années 60 dans la production de fleurs et de plantes ornementales. C’est la Hollande qui a négocié avec le Brésil l’obtention de terres et l’entrée de ces émigrés, venant pour la plupart de la région de Brabant-du-nord ; le Brésil ayant posé comme seule condition que ces émigrés soient catholiques. Ce sont ces colons hollandais, et aujourd’hui leurs descendants, qui ont fondé et gère toujours la coopérative de Holambra. Cette colonie hollandaise a grandi, elle compte aujourd’hui 12.000 habitants, elle a obtenu le statut de municipalité en 1991.

Question : tu dis que l’émigration hollandaise est ancienne, elle date de quand ?

BG : l’émigration proprement dite commence en 1858, époque où le Brésil s’ouvre à l’émigration européenne. Elle a duré plus ou moins jusque dans les années 1960, avec une période très intense entre 1899 et 1940. Au total, on estime qu’entre 15.000 et 18.000 hollandais ont émigré au Brésil. Les premiers colons, au milieu du 19ème siècle, venaient de la région de Zélande. Ils ont émigré au nord de Rio, dans l’actuel Etat de Espirito Santo, où ils ont fondé une importante coopérative de producteurs de lait. Les Hollandais au Brésil sont aussi les fondateurs d’une des plus grosses sociétés de production de produits laitiers, que l’on trouve toujours aujourd’hui sur le marché, sous la marque Batavo. Les autres colons hollandais ce sont principalement installés dans les Etats du sud du Brésil.

Mais l’histoire des Hollandais au Brésil est encore plus ancienne, elle date de 1630, quand la Compagnie Hollandaise des Indes conquiert une partie du nordeste brésilien, dont Salvador de Bahia, pour enfin installer une colonie durable plus au nord, dans l’Etat de Pernambuco, dont le siège était à Recife, un territoire qui s’étendait jusqu’à São Luis dans le Maranhão. Même si cette colonie n’a duré que 24 ans, elle a profondément marquée l’histoire du nordeste brésilien. Les Hollandais y ont maintenu de prospères plantations et productions de canne à sucre et de tabac, sur un modèle que les Portugais ont essayé de reprendre après leur reconquête, mais avec bien moins de succès. La colonie hollandaise était alors commandé par Maurice de Nassau.

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Les premiers colons hollandais de Holambra

Question : on peut dire aujourd’hui que Holambra est un modèle économique ?

BG : c’est en tout cas une réussite, et pas seulement économique. Holambra fait aujourd’hui partie des dix premières villes du Brésil en qualité de vie, on y dénombre aucun homicide, aucun chômeur, aucune faillite, mais au contraire un taux de croissance très élevé, l’un des meilleurs taux d’alphabétisation du pays avec quasiment 100%, et un développement totalement planifié dont devraient profiter les générations à venir.

Question : et tout cela grâce aux fleurs ?

BG : les fleurs et plantes ornementales de Holambra sont en effet vendues et exportées dans tout le pays, et même au-delà, c’est son fond de commerce. Mais par ailleurs, Holambra gére et exploite tout ce qui tourne autour de son histoire, de son folklore, de ses installations et bien sûr du décor, car les champs fleuris c’est très spectaculaire. Holambra a donc très vite compris son potentiel touristique. Elle est ainsi devenue un important site touristique, sa proximité de São Paulo, la plus grande ville du pays (140 km), puis de Campinas (49 km), ville riche et industrielle de plus d’un million d’habitants, lui fournissent un flux régulier de visiteurs. On va à Holambra pour la journée, ou pour le week-end (car il y a des hôtels sur place), pour se dépayser et prendre un « petit bain d’Europe » ! Les descendants hollandais de Holambra ont tout prévu, outre les promenades dans les plantations et les serres, on peut assister à des danses folkloriques, déguster des produits locaux, et faire des achats dans les nombreuses boutiques, de fleurs et de plantes bien sûr, mais aussi de souvenirs, dont les sabots et les moulins sont à l’honneur. En plus de cela, Holambra organise régulièrement d’importants évênementiels, comme expositions de voitures anciennes, ou de machines agricoles d’époque, mais aussi sportifs, comme course de tracteurs et marathon, puis des foires, brocantes, des festivals musicaux et gastronomiques, des fêtes et défilés, dont celui des chars fleuris pendant le carnaval, des expos techniques, et la principale exposition florale du pays, Expoflora, qui a lieu chaque année en septembre et attire plus de 300.000 visiteurs. C’est l’occasion d’y découvrir la culture hollandaise, mais aussi tout ce qui touche au jardinage et paysagisme, des cours et des stands de démonstration sont prévus pour le public. C’est ainsi que tous les mois, il se passe quelque chose à Holambra !

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Champs de fleurs de Holambra

Question : tu as parlé de gastronomie, comment ça se passe ?

BG : Holambra a créé un « Parcours Gastronomique » dont les visiteurs peuvent profiter toute l’année, et non pas seulement pendant l’Expoflora. Treize établissements de Holambra, restaurants, mais aussi bistrots et brasseries, proposent des menus très variés qui, toujours avec une touche hollandaise, permettent de découvrir une immense variété de saveurs, indonésiennes, orientales, etc, une façon de rappeler que la Hollande a elle aussi parcouru le monde et en a gardé de nombreuses influences.

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Vue de Holambra

Question : comment peut-on s’y rendre ?

BG : le plus simple et le plus rapide c’est d’y aller en voiture, la route est bonne depuis São Paulo. Comme Holambra est une petite ville il n’y a pas de lignes d’autocars directs depuis São Paulo, c’est donc un peu compliqué pour qui ne connait pas. De Campinas par contre, il y a des cars qui passent par Holambra. Et enfin, en s’adressant aux hébergements sur place, il est possible de réserver des packages avec transferts. Les agences de tourisme vendent aussi ces packages et de nombreuses options sont proposées, surtout pendant les fêtes et autres évênementiels de Holambra.

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