Le rock amazonien fait une pause

Depuis 2003, le groupe brésilien Madame Saatan s’est illustré dans le rock local par la qualité de ses compositions et son originalité. Il est vrai que ce n’est pas tous les jours qu’on peut entendre un groupe de heavy metal amazonien,  et moins encore d’en voir jouer un les pieds dans l’eau !

Il parait que pendant le tournage du clip « Respira » (on voit sur la photo ci-dessus le groupe Madame Saatan les pieds dans l’eau boueuse d’un igarapé, typique bras de rivière amazonien), un caïman s’est lentement approché des rockeurs. On imaginait pourtant pas ça en pensant aux mystères de l’Amazonie, qu’un jacaré (nom local des caïmans) soit sensible au son du heavy metal ! Les perroquets, les toucans et les singes avaient quant à eux tout de suite pris la tangente, jugeant sans doute ces nouveaux voisins trop bruyants. Mais le jacaré est resté et s’est même vautré au soleil sur la berge voisine, semblant apprécier cette étrange nouveauté sonore… (disponible ici sur le lien ci-dessous).

http://www.vagalume.com.br/madame-saatan/respira.html

Les mauvaises langues ont eu beau dire que ce jacaré était sourd, aucun scientifique n’a pu jusqu’ici se prononcer sur les goûts musicaux de ces sauriens. De toute façon, le groupe Madame Saatan n’a pas fait que composer de la musique pour crocodiles, bien au contraire. Ce groupe, qui est originaire de Belém, capitale de l’Etat amazonien du Pará, a eu un parcours plutôt envieux pour un groupe de rock, dans un pays où la MPB (musique populaire brésilienne) et la samba sont indémodables, et dans une ville où règnent la musique traditionnelle, indigène, et les rythmes des Caraïbes. Bien sûr Madame Saatan n’a pas fait la carrière internationale de Sepultura, un autre groupe de rock brésilien, du Minas Gerais. Il n’a pas non plus vendu 20 millions d’albums comme ce fut le cas dans les années 80/90 de Legião Urbana (dissout en 1996).

Mais quand même, Madame Saatan a fait de plusieurs tournées nationales, a participé à de nombreux festivals et a sorti 3 albums (O tão do Caos en 2004, Madame Saatan en 2007 et le dernier Peixe Homem en 2011), pas si mal pour un groupe amazonien. Un des grands spécialistes du rock au Brésil, Alex Antunes, a même dit que Madame Saatan « est un parfait groupe de heavy, de ceux qui ont bu à la source du hard, du metal classique, du thrash et du hardcore ».

Fondé en 2003 à Bélem, le groupe comptait sept intégrants à ses débuts, la chanteuse Sammliz, le batteur Wagner Nugoli, le bassiste Vince, le guitariste Ed Guerreiro,  le bassiste et choriste Ícaro Suzuki,  le guitariste Zé Mário et le batteur et choriste  Ivan Vanzar. Ces trois derniers ayant quitté le groupe il y a quelques années. C’est que malgré son succès le groupe n’a pas pu éviter l’éclatement, comme cela arrive souvent avec les groupes musicaux. Ícaro Suzuki (un nom qui ne s’invente pas !), a quant à lui été victime d’un commissaire de police qui conduisait en état d’ivresse (qui a dit que la police devait montrer l’exemple ?!). En octobre 2012, le commissaire de la police civile de Bélem, Carlos Alberto Nascimento, au volant de sa voiture, a fauché sur un trottoir de Bélem le pauvre Ícaro Suzuki (l’histoire ne dit pas la marque de la voiture !) qui rentrait paisiblement chez lui. Pris en flagrant délit pour conduite en état d’ivresse, le commissaire de police a payé une caution pour resté libre (et continuer d’exercer), quant à Ìcaro, cassé en mille morceaux, il a préféré se retirer du groupe… On a découvert plus tard que le commissaire de police n’avait jamais entendu parler de Madame Saatan, et que de toute façon il n’appréciait pas le heavy metal. Comme quoi en Amazonie, il est parfois préférable de jouer pour les jacarés !

 

Madame Saatan, de gauche à droite Sammliz,  Vince, Ed Guerreiro, et Wagner Nugoli

Madame Saatan, de gauche à droite Sammliz, Vince, Ed Guerreiro, et Wagner Nugoli

 

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