Les Nazis au Brésil (1ère partie)

Ce n´est un secret pour personne qu´à la fin de la seconde Guerre Mondiale de nombreux nazis se sont réfugiés en Amérique du Sud. Le Brésil faisait alors partie de ces terres d´accueil où ils ont pu s´installer, et où ils ont réussi à échapper aux demandes d´extradition et aux poursuites des agents secrets israëliens. Le plus connu de ces fugitifs installés au Brésil, fut l´ancien officier SS et médecin d´Auschwitz Josef Mengele. Le Brésil est toujours resté très discret sur ses relations avec les nazis, mais qu´en est-il vraiment, quel rôle a-t´il joué, et que reste-t´il du nazisme aujourd’hui´hui ?

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Pièce d´identité brésilienne utilisée par Josef Mengele qui a vécu au Brésil sous le nom de Wolfang Gerhard.

 

Question : pourquoi le Brésil était une terre d´accueil pour les nazis ?

Bruno Guinard : les nazis se sont intéressés très tôt au Brésil, bien avant la défaite allemande de 1945. On sait, qu´outre quelques épisodes épiques, comme des expéditions en Amazonie pour y effectuer des recherches génétiques sur les Indiens, ils entretenaient de nombreuses liaisons économiques avec le Brésil, surtout à partir de 1930, avec l´arrivée au pouvoir de Getulio Vargas,  président autoritaire et admiratif du facisme allemand et italien. A cette époque l´Allemagne était le premier partenaire économique du Brésil. Les nazis ont trouvé ici à la fois un contexte politique favorable, en tout cas jusqu´en 1942 (année où le Brésil se range du coté des Alliés), un pays qui regorgeaient de ressources naturelles pour leur industrie et leur alimentation, une importante communauté allemande sur laquelle ils pensaient s´appuyer pour divulguer leur idéologie et enfin, une société qui avait gardé l´esclavage dans ses racines, et des milieux conservateurs qui étaient prêts à épouser des idéaux racistes. Après la défaite allemande en 1945 et pendant les années qui ont suivi, certains nazis ayant échappés à la justice internationale, se sont tournés vers le Brésil, pays qui fermait facilement les yeux sur leur passé et vers lequel s´étaient organisés certains réseaux clandestins d´évasion.

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Journal brésilien faisant l´apologie du fascisme. On peut y lire en gros titre « Hitler et Mussolini vont pacifier le continent européen uni à l´Ordre Nouveau ».

En bas à gauche, un autre titre « La France disposée à déclarer la guerre à l´Angleterre ».

 

Question : et cela malgré que le Brésil se soit rangé du coté des Alliés ? 

BG : il faut bien comprendre que si le Brésil est resté neutre jusqu´en 1942, il ne s´agissait que d´une neutralité relative, car depuis 1930 le pays était gouverné par Getulio Vargas, ce président faciste. Le facisme existait au Brésil, en tout cas sous forme de partis politiques, et cela depuis les années 1920. Le plus important de ces partis facistes, le parti Ação Integralista, était alors le plus grand parti faciste au monde en dehors de l´Europe, avec plus de 1 350.000,00 membres. Jusqu´en 1937, un processus faussement démocratique fut conservé, mais les choses se durcissent quand, en 1937, Vargas impose un véritable régime ouvertement dictatorial, le Estado Novo, période qui ne se terminera qu´en 1945. Le Estado Novo supprime les droits civiques et la liberté de la presse, qui sous la censure est obligée de faire l´éloge de l´Allemagne d´Hitler et de l´Italie de Mussolini. Vargas fait interdire tous les partis politiques, y compris les partis fascistes.

Ce n´est qu´avec l´entrée des Etats-Unis dans la guerre en 1942 que les choses vont changer. Le président Roosevelt met alors la pression sur le Brésil pour l´obliger à se ranger aux cotés des Alliés, Vargas rechigne, mais Roosevelt menace d´envahir le Brésil, à contre coeur Vargas fini par déclarer la guerre à l´Allemagne et à l´Italie, puis dans la foulée est forcé de signer un accord pour fournir 45.000 tonnes de latex par an à l´industrie militaire alliée.

La guerre à l´Allemagne est déclarée, mais la sympathie de Vargas et des facistes brésiliens pour les nazis n´est pas morte. En 1945 Getulio Vargas est démis de ses fonctions par un coup d´Etat. Des élections sont organisées et c´est le maréchal Eurico Dutra qui les remporte. Mais le maréchal Dutra est loin d´être un démocrate, il a lui-même participé aux gouvernements successifs de Vargas et fut un des plus fervents opposants à l´alignement du Brésil auprès des Alliés.

Cette période d´après guerre, reste donc dans la lignée très tendancieuse de Vargas, et celui-ci, revient même sur la scène politique en 1951, où par un processus démocratique, il remporte les élections présidentielles.

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Affiche de propagande du parti integraliste « Le Brésil a besoin de toi ! », « En dehors de l´Intergralisme il n´y a pas de Nacionalisme ».

Question : cela veut dire que même en guerre contre l´Allemagne le Brésil continue à lui être favorable ? 

BG : pas le petit peuple brésilien, qui au contraire se révolte contre les émigrés allemands quand en réaction à la déclaration de guerre du Brésil, des torpilleurs allemands coulent des navires brésiliens non militaires, faisant des centaines de victimes civiles sur les côtes de Bahia. Indignée, la foule brésilienne s´en prend alors aux commerces des émigrés allemands (dont une partie sont juifs !). Dans un même temps, une opposition s´organise contre le Estado Novo de Vargas. Mais malgré cela, cette oppostion ne parviendra pas à neutraliser les politiciens d´extrême droite et les milieux conservateurs, qui resteront favorables au facisme et permettront la venue de nazis au Brésil après la guerre.

Question : c´est la période où les nazis sont poursuivis en Europe, quels appuis ont-ils effectivement reçu pour partir au Brésil ? 

BG : effectivement ils avaient beaucoup de monde à leurs trousses et l´Europe leur devint vite invivable. C´est pour cela que beaucoup se sont refugiés aux Amériques, pour la plupart clandestinement, mais pouvant compter sur des appuis des deux cotés de la route de l´exil.

On sait que certains nazis, principalement ingénieurs et scientifiques, ont été « contraints » par les grandes puissances de l´époque, comme les Etats-Unis ou l´URSS, de travailler sur des programmes de développement technologiques en matière d´armement, comme ce fut le cas pour les missiles, puisque les Allemands en étaient les précurseurs. Ces nazis, « réquisitionnés » par ces pays, sont passés par des réseaux étatiques qui organisaient leur contratation, dans le plus grand secret  bien sûr. Les autres, moins « intéressants », ou trop voyants, même si quelques uns sont restés en Europe dans la plus totale clandestinité, il ne restait que l´exil vers des pays moins regardant sur leur passé, dont ceux de l´Amérique du sud.

On sait que des sympathisants nazis s´activaient un peu partout en Europe pour les acheminer vers l´Italie, et notamment Rome, qui était la plaque tournante de ces départs. Des dignitaires de l´église catholique se chargeaient alors de leur obtenir des papiers, soit directement auprès du Comité des Réfugiés du Vatican, qui délivrait des documents avec lesquels il était facile d´obtenir un laisser-passer auprès des consulats sud-américains. Ces religieux complices, trompaient même la Croix Rouge Internationale en les présentant comme réfugiés humanitaires ! C´est d´ailleurs un évêque autrichien, Alois Hudal, installé à Rome, qui a organisé le départ de Adolf Eichmann vers l´Argentine. Un autre évêque, croate cette fois, Krunoslav Draganovic, lui aussi installé à Rome, était à la tête d´un réseau chargé de faire sortir les nazis des territoires récemment tombés sous contrôle soviétique (Europe de l´est). Selon certaines sources, ce réseau aurait permis la fuite d´au moins 5.000 nazis vers l´Amérique du sud.

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Marque d´une expédition nazie en Amazonie.

Question : quel intérêt avait le Brésil à recevoir ces nazis ? 

BG : au-delà des sympathies idéologiques de ses dirigeants, il y avait l´aspect commercial. Depuis les années 30 et 40, le Brésil était en plein développement industriel, pour arriver à un véritable boom dans les années 50 et 60. Les dirigeants brésiliens avaient un besoin vital de techniciens, d´ingénieurs, de chercheurs, et de main d´oeuvre qualifiée, ils pensaient donc que ces Allemands leur seraient d´une grande utilité, ce qui se vérifia d´une certaine façon, puisqu´on retrouve des nazis dans divers secteurs industriels brésiliens, dont les usines Volkwagen du Brésil où, dans les années 50, travaille Franz Stangl, ancien commandant des camps de Treblinka et Sobibor. A noter que ce nazi n´avait même pas pris la peine de changer de nom ! Retrouvé par Simon Wiesenthal, le célèbre chasseur de nazis, il a été déporté en 1967 vers l´Allemagne de l´Est, où il fut condamné à perpétuité pour la mort de 900.000 personnes. Mais il est un cas assez exceptionnel, puisque la plupart des nazis ont échappé à la justice.

Enfin, il est évident que ces nazis, forts de leur expérience dans la SS et la Gestapo, se soient rendus « utiles » auprès des dictatures sud-américaines dans leur chasse aux communistes et autres opposants. Des « coups de main » pour lesquels ces nazis étaient récompensés par des « faveurs administratives », comme le renouvellement de leur papiers, ou encore en faisant volontairement trainer les enquêtes et les dossiers de demande d´extradition. Tout le monde connait le cas de Josef Mengele, qui a vécu en paix au Brésil avant de  périr noyé en 1979, aux abords de la plage paradisiaque de Bertioga, sur le littoral de São Paulo, et ce n´est qu´à la chute de la dictature en 1985, que ses ossements ont pu être identifiés dans un cimetière près de São Paulo.

A suivre…

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