Que boit-on au Brésil

 

On aurait tort de penser que le Brésil est un pays tropical écrasé de chaleur où l´on ne boit que des noix de coco glacées. Bien au contraire la consommation de boissons et les préférences locales sont bien plus variées qu´on ne l´imagine. Voici un petit topo sur les boissons préférées des Brésiliens, celles que l´on doit aussi goûter lors d´un voyage, car sans elles on aura pas vraiment connu le Brésil !

Les boissons les plus consommées au Brésil :

Si on met de coté le café, plutôt considéré comme un aliment, le top de la consommation c’est, pour les boissons alcoolisées, la bière et la cachaça (alcool de canne), et les sodas et jus de fruits pour les non alcoolisées. Il faut préciser que l’eau est la boisson la plus consommée, mais c’est très difficile à évaluer puisqu’en général on la boit à la maison et elle provient d’un filtre placé sur le robinet pour la purifier. Même en ville les Brésiliens achètent peu d’eau minérale, ou alors en grosse bombonne que l’on se fait livrer à la maison. Depuis quelques années, les eaux aromatisées s’installent sur le marché et semblent bien parties car leur consommation est en augmentation constante.

En ce qui concerne les sodas, leur consomation est à peu près équivalente à celle des jus de fruits, ces deux boissons représentent près de 40% des boissons consommées au quotidien. A noter que les jus de fruits frais ont la préférence sur les jus industrialisés, et cela s’explique d’une part parce-que c’est culturel de boire des jus de fruits frais. Aujourd’hui tous les Brésiliens ont un mixer à la maison pour se faire des jus frais, dans le passé, c’était l’employée de maison qui pressait les fruits à la main. Mais il y a aussi une question de prix ; les fruits frais sont abondants, variés et bon marché, de plus ils sont bien meilleurs pour la santé, ils passent donc avant les jus industrialisés. Mais on les consomme aussi beaucoup quand on est pas à la maison, soit pour accompagner un petit coupe-faim que l’on achète dans une lanchonete (petit établissement, entre bar et resto rapide), et bien sûr dans les casa de sucos, littéralement les « maisons de jus de fruits », que l’on trouve presque à tous les coins de rue dans les grandes villes. On consomme aussi beaucoup de noix de coco fraîches, qu’on appelle ici água de coco, que ce soit à la plage ou dans les petits bars. On estime à près 100 millions de noix coco fraîches consommées chaque année dans le pays. On les trouve même dans les restaurants, mais là elles sont souvent en conserve, la noix de coco fait donc partie, elle aussi, des habitudes alimentaires locales.

casa de suco

Une Casa de Suco à Rio.

D’autre part, comme un peu dans tous les domaines, il y a des modes pour les boissons. Pour les boissons industrialisées, alcoolisées ou non, il y a régulièrement des mégas coups de marketing qui sont capables de faire passer une marque au top de la consommation. Mais ça peut fort bien n’être que passager, et on trouve pas mal de fiasco dans ce domaine. Coca-Cola par exemple, s’est souvent cassé les dents avec des nouveautés, il n’a même jamais réussi à détroner le guaraná (voir en fin de texte), un soda local, il lui a donc fallu acheter des marques et fabriques locales pour étendre son business. La consommation de sodas au Brésil est de 90 litres par habitant et par an, c’est plus que la France avec 60 litres, mais loin derrière les Etats-Unis qui frôlent les 190 litres !

Pour les boissons fraîches par contre il y a des tendances parfois durable, c’est ainsi que depuis quelques années le fruit d’un palmier amazonien, le açaì, est très à la mode. On le boit en jus, parfois mélangé à d’autres saveurs, mais aussi en sorbet et même en aliment, sauces, desserts, etc. Tout comme le guaraná, lui aussi fruit amazonien, le açaí est entré dans les moeurs comme boisson énergétique et naturelle. Un autre exemple, est la caípirinha (voir plus bas) faite avec de la vodka, elle devient alors caípiroska, le kiwi y remplace souvent le citron, cette tendance a commencé dans les années 80/90 et a été définitivement adoptée.

Dans le sens contraire, les batidas (cocktails à base de cachaça), sont quelque peu démodées depuis les années 90.

Une des autres boissons les plus consommées au Brésil est la cerveja (la bière), elle arrive en tête des boissons alcoolisées devant la cachaça. Sa consommation est en constante augmentation au Brésil, elle est actuellement de 68 litres par habitant et par an, contre 30 litres en France. Le Brésil se situe donc à mi chemin entre les pays consommateurs moyens, comme la France, et les plus gros comme la République Tchèque (1er consommateur mondial) avec 144 litres, ou l’Allemagne avec 108 litres. Au Brésil la bière fait partie de toutes les fêtes, de toutes les soirées, de tous les évênements (carnaval, show, matches de foot, etc), on la consomme bien plus volontiers dans la rue qu’à la maison, en groupe plutôt qu’en solo. Le phénomène est national, même s’il est plus urbain que rural, il est étendu à toutes les couches de la population et à toutes les générations. Le plus gros consommateur local de bière est l’Etat de São Paulo, avec 39% de la consommation du pays. Le Brésil est aujourd’hui le troisième producteur mondial de bière, derrière la Chine et les Etats-Unis.

Au Brésil on consomme toujours la bière hyper glacée, légère, autour de 5% d’alcool, et blonde. Elle est associée aux plaisirs de la vie, à la virilité, aux chaleurs climatiques… et physiques, il suffit de voir les publicités qu’elle inspire (ci-dessous).

bières

Publicités de marques de bière, les stars locales du show business y sont associées.

Une dizaine de marques sont les plus vendues, au top desquelles Skol, Brahma, Antartica, Schin, Kaiser, Itaipava, Crystal, Devassa, Sol, et Bohemia. Ce sont des bières nationales, bien implantées dans tout le pays, certaines sont sous licence étrangère, comme la Skol avec Calsberg. Mais il existe de nombreuses marques moins connues et régionales, sans parler des bières importées. La bière est vendue en bouteille, en canette ou à la pression, dans ce cas on l’appelle chopp.

Parmi les boissons alcoolisées, juste derrière la bière on trouve la cachaça, avec 12 litres par an et par habitant. La cachaça est une vieille compagne des Brésiliens puisqu’elle est existe depuis le début de la colonisation. Elle est issue de la culture de la canne à sucre importée par les Portugais dès la seconde moitié du XVIe. La cachaça, tout comme le rhum, est donc un produit de la canne à sucre, la différence est que la cachaça est obtenue à partir du jus frais de la canne, alors que pour le rhum on fait cuire ce jus. Ceci dit, il existe aussi du rhum obtenu à partir du jus frais de la canne, c’est ce qu’on appelle le rhum agricole. La cachaça, dont le degré d’alcool varie de 38° à 48° selon la marque et la région, est très traditionnelle du nordeste brésilien ; c’est là que sa production a commencé à l’époque coloniale et où l’on continue de la boire à l’état pur, surtout en milieu rural. Ailleurs, on la préfère sous forme de coktails, dont les caípirinhas et batidas, mais on l’utilise aussi dans la cuisine (desserts, flambés, etc).

caipirinha

La fameuse caipirinha

La caípirinha, connue aujourd’hui dans le monde entier, est un cocktail à base de cachaça et de citron vert. Ce cocktail, qui est apparut il y a environ un siècle, aurait été inventé dans l’Etat de São Paulo par un fermier qui s’en servait pour soigner les grippes et les coups de froid. Depuis, la « petite paysanne » (traduction de caipirinha) a gagné les villes, et même le monde, sans parler des papilles de tous ceux qui visitent le Brésil. Ceci dit, au Brésil la caipirinha a quelque peu évolué, bon nombre de Brésiliens lui préfèrent aujourd’hui la caipiroska, c’est le même principe de cocktail mais la vodka y remplace la cachaça. Par extension, on remplace aussi souvent le citron par le kiwi, et avec de la vodka ça devient kiwiroska. Il y a comme ça un nombre presque infini de variantes.

Voici maintenant la recette traditionnelle de la caipirinha :

Dans un verre, de préférence rond et large, mettre l’équivalent d’un demi citron vert (s’il est petit un entier), coupé en petits morceaux. Ajoutez une cuillère à soupe bien remplie de sucre en poudre, faite macérer en écrasant légèrement les morceaux de citron avec un pilon. Puis ajoutez des glaçons jusqu’à remplir le verre et versez dessus 50 ml de cachaça, remuez le tout, voilà c’est prêt !

Pour continuer avec les boissons, il faut parler du vin. Bien que loin derrière la bière et la cachaça, il arrive en troisième position dans la consommation des boissons alcoolisées au Brésil. Mais la tendance dans ce secteur est à l’augmentation, qui accompagne d’ailleurs l’amélioration de la qualité. Le vin est surtout produit dans le sud du pays, une région tempérée et qui a été peuplée par des Européens, dont des Italiens. Ce sont eux qui ont commencé la culture de la vigne dans le Rio Grande do Sul, puis les Allemands dans le Santa Catarina. On y trouve des vins rouges, des blancs, des rosés et des mousseux, mais pour ces trois derniers de nouvelles régions s’y sont lancées avec succès, dont Bahia, qui produit dans le nord-ouest de l’Etat des vins aujourd’hui reconnus dans tout le pays.

Il est intéressant de constater que si pour la bière le nombre de consommateurs masculins est plus nombreux, pour le vin c’est le contraire, les femmes l’associant à une certaine sophistication. Quant à la consommation nationale, elle est très variable d’une région à l’autre, le fort de la consommation se faisant dans les régions plus « européennes », comme le sud et le sud-est. Mais le Brésil reste un petit consommateur à l’échelle mondiale, avec 2 litres par habitant et par an, il est loin derrière ses voisins vinicoles sud-américains que sont l’Argentine, avec 22 litres, et le Chili, avec 14 litres, et bien sûr mieux vaut ne pas le comparer au premier consommateur mondial, la France, avec 44 litres par an et par habitant.

Enfin, je reviens sur le guaraná, cette boisson gazeuse d’Amazonie. Le guaraná est un petit fruit que l’on cultive en Amazonie et dans l’Etat de Bahia, le Brésil étant le seul pays de production. On le connait et le consomme surtout sous sa forme industrialisée de soda. Mais à la base c’est un fruit dont la graine réduite en poudre est énergétique car contient un taux très élevé de caféïne, bien plus que le café lui-même. En Amazonie, on trouve des jus frais de guaraná même dans les grandes villes, mais comme le fruit ne se conserve pas c’est surtout ses graines qui sont utilisées et commercialisées. Ce qui est intéressant avec le guaraná, c’est qu’il est aussi populaire et consommé que le Coca, comme je l’expliquais en haut de texte.

Il y a de nombreuses marques de guaraná, parfois uniquement régionales. L’une des principales, est Antartica,  comme la bière du même non puisque la marque lui appartient. Cette marque a même associé son guaraná au Champagne, en l’appelant guaraná champagne, mais ces deux boissons n’ont en commun que la couleur ! Coca-Cola possède lui aussi ses guaraná, et l’on trouve aussi les versions diet et light.

Au Brésil, il faudra donc goûter à toutes ces boissons, en allant doucement sur la cachaça et en se libérant le plus possible sur les succulents jus de fruits frais !

 

3 Comments

  • Cet article est intéressant, mais il ne dit pas où trouver les boissons alcoolisées en dehors de bars, bien entendu. Y a-t-il des débits d’alcool ou quelque chose comme la Société des alcools du Québec?

    • Bruno dit :

      Bonjour Danielle,
      Au Brésil il n´y a pas de restriction sur la vente d´alcool (sauf bien sûr aux mineurs), on peut donc les trouver dans n´importe quel supermarché ou magasin d´alimentation, il y a même des kiosques dans les aéroports surtout pour la cachaça. Si vous avez un lieu précis je peux vous trouver le point de vente le plus proche. Merci de votre demande.

      • Merci beaucoup, Bruno.

        Je dois me rendre à Tabatinga avec un arrêt forcé à Manaus pour la nuit.

        Connaissez-vous assez bien Tabatinga pour me dire où y trouver bière, vin et cachaça, bien sûr ?

        Oh, et en passant, mon partenaire de voyage devra-t-il se rendre au Pérou s’il veut essayer l’ayahuasca avec quelqu’un (chaman) sérieux ou si l’on trouve de tels chamans au Brésil ?

        Appelle-t-il l’ayahuasca du même nom qu’au Pérou ?

        Merci à l’avance !

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