S´installer au Brésil – Deuxième partie

Dans le texte précédent, nous avons vu la question des visas et de la carte de travail, ainsi que quelques données sur l´émigration. Ici, nous aborderons plutôt les aspects pratiques, les avantages et les difficultés d´une installation au Brésil.

 

Question : on a compris que le Brésil n’a pas une politique très définie  concernant l’émigration et qu’il existe de multiples visas, cela est-il un obstacle ou au contraire une porte ouverte pour ceux qui veulent s’y installer ?

Bruno Guinard : c’est un peu les deux à la fois, car si on répond vraiment aux critères et que l’on possède un contrat de travail en règle, on sera juste agacé par la lourdeur de la bureaucratie brésilienne, qui tarde toujours à délivrer les visas, et une fois sur place les documents permettant d’y résider et d’y travailler. En revanche, si on a pas de contrat de travail et qu’on part un peu à l’aventure, ça peut aider, disons qu’on gagne du temps pendant que l’administration « réfléchit » !

Le paradoxe du Brésil c’est la facilité à pouvoir y entrer, ce qui est déjà, il est vrai, un grand premier pas, mais une fois dans le pays, il est bien plus compliqué d’y rester légalement, il faut le savoir.

 

Question : y entrer facilement, tu veux dire que ses frontières sont très poreuses ?

BG : oui car on peut arriver au Brésil comme touriste en y entrant par n’importe quel aéroport international, ou poste frontalier, sans aucune difficulté. Les frontières terrestres sont, il est vrai, très poreuses, pour ne pas dire inexistantes. Il n’y a qu’à regarder l’immensité des frontières, qui s’étendent sur 15.719 km (sans parler des frontières maritimes), et qui sont partagées avec dix pays. Et bien pour une telle étendue, il n’y a que 23 postes frontières, soit un poste tous les 680 km, ça laisse de la marge pour passer sans se faire réparer. Bien entendu, la répartition des postes frontières n’est pas aussi mathématiques, elle se fait plutôt en fonction des échanges avec le pays voisin et de la situation géographique, ainsi des 23 postes frontières, 12 se trouvent sur les seules frontières argentines et uruguayennes. En région amazonienne, les postes sont inexistants et en général ce sont les fleuves qui séparent les pays. Autant dire que les frontières sont pratiquement incontrôlées. Même les postes frontières très fréquentés, c’est le cas de ceux qui relient des grands axes commerciaux, comme à Foz do Iguaçu (Brésil-Paraguay), ne font pas l’objet de grands contrôles, tout simplement car il y serait techniquement impossible d’y contrôler tout le monde. Les contrôles se limitent en général aux camions, parfois aux autres véhicules, mais les piétons ont le champs libre.

conduire brésil

 

Question : on arrive au Brésil, on a son visa et sa carte de travail, quelles difficultés peut-on rencontrer ?

BG : si on a pas un emploi préalablement négocié avec une entreprise, il faut se lancer sur le marché du travail local. Là bien sûr ça dépend beaucoup de la spécialité de chacun et de son niveau professionnel. Les grands techniciens et postes à haute responsabilité ont des bons salaires au Brésil, par contre les emplois moins qualifiés sont mal rémunérés si on les compare à des pays d’Europe. C’est à mon avis le premier obstacle, car à fonction équivalente, au Brésil il est beaucoup plus difficile de garder le même niveau de vie qu’en Europe.

De plus, on doit penser à souscrire une sécurité sociale privée, et si on a des enfants les frais de scolarité sont eux aussi très élevés. En revanche, si on a un poste important, surtout dans une grosse société, les salaires sont alors plus élevés qu’en Europe.

Par ailleurs, il y a de grandes disparités suivant les régions ou les villes, les conditions de vie ne sont pas les mêmes d’un endroit à l’autre, les salaires sont plus élevés dans le sud et le sud-est, de même que les services publics y sont de meilleure qualité.

Ensuite, l’autre difficulté pour un étranger est de s’adapter à la mentalité locale et à la relation au travail. On a toujours l’impression que c’est cool, car les gens sont en général très accueillants et chaleureux, mais les règles, les codes, les comportements et tout simplement la vision de la vie et la relation au travail sont très différents de ce à quoi un étranger est habitué.

Les conditions de vie et la relation au travail, sont à mon avis les deux points où un étranger peut rencontrer le plus de difficultés.

 

Question : peux-tu nous donner une idée des salaires et du coût de la vie ?

BG : c’est difficile car il y a des grandes différences d’une région à l’autre, de plus le Brésil est le champion du monde des disparités sociales. Pour donner un exemple, le salaire minimum, pour 44 heures de travail par semaine, est actuellement de R$ 788,00 (260 Euros au cours actuel), c’est le salaire de 40% des travailleurs brésiliens. Autant dire qu’avec ce salaire, on ne peut vivre que dans une favela, impossible de se payer un loyer ailleurs. Par contre, un manager dans une entreprise moyenne, peut gagner de dix à quinze fois le salaire minimum, un expert comptable ou un ingénieur plus encore. Pour vivre à un niveau où vivrait en Europe une personne qui gagne 2.000 Euros, il faudrait ici recevoir au moins trois fois plus. Mais encore une fois ça dépend où l’on vit au Brésil. Dans le nordeste par exemple, une employée de maison est payée au salaire minimum, mais à Rio elle perçoit au moins le double. Selon l’Institut Brésilien de Géographie et Sociologie, pour qu’une personne qui gagne un salaire minimum vive mieux, sans luxe mais en ayant accès à un meilleur logement, une meilleure alimentation, et de meilleurs services,  elle devrait gagner au moins 4 fois ce montant. On en est donc très loin.

Les meilleurs salaires au Brésil, sont ceux des grands chefs d’entreprise, les managers de haut niveau qui dirigent de grosses sociétés. Les politiciens aussi se taillent la part du lion, au parlement ils votent d’ailleurs régulièrement leurs augmentations de salaires, un député fédéral doit recevoir autour 30.000 Euros/mois, sans compter les innombrables avantages, et un conseiller municipal dans une ville comme Salvador, gagne 5.000 Euros/mois, presque 20 fois le salaire minimum !

Quant au coût de la vie, là encore c’est très variable, il faudrait prendre ville par ville, et même quartier par quartier mais d’une façon générale le coût de la vie est plus élevé qu’en Europe, surtout en ce qui concerne les loyers et les services comme la sécu privée, les écoles, les services de santé, etc, une visite chez le médecin coûte au moins 100,00 Euros, et si c’est un spécialiste ça triple. Bien sûr on a toujours le choix de la médecine publique, bien moins chère et même gratuite pour les porteurs d’une carte de sécu, mais les files d’attente et la qualité des prestations sont d’une réalité peu engageante.

Pour les produits de consommation courante, les prix sont à peu près les mêmes qu’en Europe, et il est intéressant de constater que ces produits sont en général moins chers dans les petits commerces que dans les supermarchés, ce qui surprend souvent les étrangers.

manger brésil

Question : et pour monter un business, quelles sont les difficultés ?

BG : ce sont les lenteurs et les incohérences administratives qui pèsent le plus, à la fois sur le moral, car il faut avoir une patience à toute épreuve, mais aussi sur les finances, car ici on arrive jamais à rien tout seul. Il faut donc s’entourer d’avocats, de comptables, de formalistes, etc, et tout cela coûte cher. Cela vaut pour la création et le fonctionnement de l’entreprise qu’on a créé.

Ensuite, il y a la question du personnel, qui n’est pas des plus simples. Tout d’abord, il y a peu de personnel qualifié, on fonctionne encore sur le principe du patron bienveillant qui se charge de tout, donc de former l’employé, et de lui concéder des bénéfices. Tout cela avec une législation du travail, elle aussi dépassée puisqu’elle date de 1940, et qui est très paternaliste. En gros l’employeur, même s’il obéït au pied de la lettre à la législation du travail, n’a guère de marge de manoeuvre, quoiqu’il fasse il aura quasiment toujours tort au regard de la justice du travail. Cela favorise d’ailleurs un véritable business, des avocats spécialisés proposent leurs services aux employés, surtout ceux qui ont été licenciés, moyennant un pourcentage sur ce qu’il obtiendront en assignant l’entreprise en justice. Le plus souvent, à partir de détails bien orchestrés par un avocat qui connait parfaitement les failles du système, et avec l’aide de témoins, eux aussi rémunérés au pourcentage, la justice du travail penche en faveur de l’employé, même si c’est lui qui n’a pas été correct.

Tout cela oblige l’employeur à essayer de réduire les risques, ce qui se traduit par de lourdes charges salariales, car sans aucune flexibilité au niveau des fonctions et de la répartition des heures de travail, il se voit obligé d’avoir beaucoup d’employés, non pas pour répondre à la masse de travail, mais tout simplement pour rester dans le cadre de la loi, que ce soit au niveau des fonctions (le cumul étant interdit) et des plages horaires (pleines de restrictions). Pour une grosse société c’est plus facilement gérable, car d’une part elle maintient un service comptable et juridique au sein de l’entreprise, et d’autre part parce-qu’elle a beaucoup d’employés et qu’il est ainsi plus facile que chacun reste dans la sa fonction. Pour une petite société, c’est carrément un gouffre financier, il faut donc bien peser tout cela avant de se lancer et surtout, il faut savoir que ce sont les petites entreprises familiales, celles qui utilisent le moins d’employés, car ce sont les membres de la famille qui travaillent, qui sont les plus rentables.

 

Question : tu conseillerais donc aux candidats à se limiter s’ils montent une affaire au Brésil ?

BG : s’ils peuvent vivre dans ce pays qu’ils ont choisi, par leur travail au sein d’une petite entreprise familiale, pourquoi s’embêter avec des tas de complications administratives, qui en plus coûtent très cher, et plein d’employés qui malheureusement sont une source permanente de tracas ? J’ai des tas d’exemple autour de moi d’étrangers qui ont monté des petites affaires familiales et qui sont très heureux des résultats, c’est surtout vrai pour des petits commerces, des restaurants,  des petits hébergements, des petites sociétés de prestations, etc.

formalité brésil

Question : c’est vrai qu’il y a aussi le choix de vie, tu peux citer quelques uns de ces exemples ?

BG : il y a effectivement plusieurs types d’émigrés, d’une part ceux qui viennent de pays plus pauvres, dans ce cas ils viennent chercher au Brésil de meilleures conditions de vie.

Puis il y a les professionnels, ou coopérants, qui viennent avec un contrat de travail pour un secteur bien déterminé. Enfin, il y a tous ceux qui viennent pour de multiples autres raisons, soit parce-qu’ils ont décidé de changer de vie, parce-qu’ils sont en couple avec quelqu’un du pays, qu’ils fuient la grisaille et l’hiver, etc, rarement les émigrés en provenance de pays développés viennent s’installer au Brésil pour une question d’emploi, il ont souvent une raison un peu plus glamour ! Voici quelques exemples d’étrangers installés ici, je les vois régulièrement et ils m’ont confié leurs raisons :

Claude, de Zurich, 55 ans et 12 ans de Brésil, est venu pour échapper à ses dépressions hivernales.

Delphine, de Nice, 39 ans et 17 ans de Brésil, est venue pour suivre son  mari franco-brésilien et cultiver des plantes tropicales

Dimitri, de Rabat, 79 ans et 40 ans de Brésil, est venu pour changer de vie.

Eloise, de Bruxelles, 30 ans et 3 ans de Brésil, attirer par la diversité raciale et culturelle, elle est venue en curieuse pour approfondir tout ça.

Georges, de Quito, 53 ans et 26 ans de Brésil, fou de musique brésilienne. Il est venu pour ça.

Gilbert, de Paris, 60 ans et 28 ans de Brésil, ancien danseur est venu s’installer par amour pour son compagnon bahianais.

Marco, de Rome, 55 ans et 6 ans de Brésil, ancien fonctionnaire des Postes, est venu pour monter un petit hébergement.

Nathalie, de Paris, 56 ans et 5 ans de Brésil, formatrice dans une grande compagnie aérienne, est venue au Brésil pour concilier qualité de vie et business.

Olivier, de Vienne (Isère), 53 ans et 25 ans de Brésil, a choisi ce pays pour sa joie de vivre, sa légèreté, et l’illusion d’y vieillir moins vite…

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *